Sur cette part, voir Doumergue, ÏV, pp
2. Théodore de Bèze, De prœdesiinationis doctrina et vero usa (Tractaliones theologicœ, III, p. 403, éd. de 1582). — Victor Monod, Foi et Vie, 1909, pp. 645-646,
gloire de Dieu, et déposer en quelque sorte pour sa justice, les cris éternels des damnés. Tel fut le Dieu de Genève au dix-septième siècle, et il importait aux docteurs de Genève qu'on ne le leur changeât pas.
Révéler ce Dieu-là, et l'enseigner, et le faire redouter: tel devenait peu à peu, au cours du dix-septième siècle, le seul objet de l'Académie calvinienne. La Genève du seizième siècle, avec les Estienne, avec Casaubon, avait été dans une certaine mesure un centre d'humanisme ; au dix-septième siècle, la théologie règne sans partage, et son règne est une dictature terrible. C'est une théologie qui ne se développe point, qui ne s'enrichit point, qui s'isole de tout mouvement intellectuel. Depuis qu'Henri IV, en France, a donné la liberté au protestantisme, c'est à Paris, à Saumur, à Sedan, beaucoup plus qu'à Genève, que la pensée protestante s'épanouit, se diversifie, se nuance, se corrige de ses primitives âpretés, s'essaie en systèmes nouveaux1. Genève au loin surveille: ce seul mot : nouveauté, lui fait peur.
Les théologiens de Genève furent informés, dès le premier quart du dix-septième siècle, qu'aux Pays-Bas s'étaient insinuées un jour
1. Voir Ritter, les Années climatériques des Eglises protestante el catholique de Genève, Î535~i907t p. 7. (Genève, 1915).
dans les esprits, par l'enseignement d'un certain Arminius, quelques doctrines qui rendaient Dieu moins dur, l'homme moins esclave, et la prédestination moins fatale. Ils dépêchèrent à Dordrecht, en 1618, les plus illustres d'entre eux, Jean Diodati, premier traducteur de la Bible en langue italienne, et Théodore Tronchin, pour rendre témoignage en faveur du vrai Dieu de Calvin; et tout en môme temps, de Genève même, leur président Bénédict ïurrettini, dans une lettre qu'en leur nom il écrivait au Synode, comparait les Remontrants — c'est le nom qu'on donnait aux Arminiens — à des voleurs qui se glissent dans un incendie pour faire main-basse, et revendiquait le droit absolu des articles de la Foi à « rester immuables au fond du trésor d'une bonne conscience1 ».
Les deux messagers de la lointaine Genève furent les maîtres du Synode : à leur voix, l'hérésie arminienne fut condamnée, et Théodore Tronchin remercia les Etats Généraux de Hollande d'avoir « fait connaître à toute l'Europe l'uniforme consentement de la doctrine qui est dans les Eglises réformées et fermé la bouche à la calomnie qui leur reproche à faux la diversité des doctrines2 ». Mais cela ne suffisait pas
1. Budé, Vie de Jean Diodati, théologien genevois, 1576-1649, p. 118 (Lausanne, 1869).
2. Sayous, Histoire de la littérature française à l étranger depui s le commencement du dix-septième siècle, I, p. 175 (Paris, 1853).
aux théologiens de Genève : une fausse doctrine, à leurs yeux, relevait du glaive. Tandis que les théologiens étrangers affectaient de s'effacer lorsqu'on discutait si le gouvernement des Provinces-Unies devait châtier ces hérétiques, Tronchin et Diodati, sans crainte de s'immiscer dans les affaires juridiques d'un pays qui n'était pas le leur, se prononcèrent pour le châtiment1. Le vote qu'ils obtinrent eut pour conséquence lointaine la décapitation de Barneveldt : « Les canons de Dordrecht , déclai ait Diodati, ont emporté la tête des Remontrants ~. » Il fallait que ceux qui n'avaient pas voulu croire à la dureté du Dieu souverain connussent la dureté des hommes.
Plus ombrageuse que la Hollande, qui, dès 1630, commença de tolérer l'arminianisme, Genève, elle, continua de veiller; elle dépêcha Turrettini au synode d'Alais, en 1620, pour préserver de l'arminianisme les réformés de France3 : et lorsqu'entre 1635 et 1637 un théologien de Saurnur, Amyraut, se mit en quête d'un moyen terme entre la doctrine d'Arminius et celle de Calvin, Genève le condamna4. Et comme elle sentait le péril toujours latent, un