‹ Une ville-égliseChapitre 80 sur 121 · Sayous, op. cit., I, pp · texte numérisé non relu

Sayous, op. cit., I, pp

la plus fine théologie, » veillaient jalousement au maintien de cette lisière. Bossuet les regardait, d'un œil curieux, se mêler de ces choses d'en haut : « c'est un pur acte de foi ordonné par l'autorité séculière, commentait-il ; c'est à quoi se termine la Réforme, à soumettre l'Eglise au siècle, la science à l'ignorance, la foi au Magistrat 1 ». Et comme le magistrat se tenait aux écoutes, on n'osait plus, dans les chaires de théologie, parler librement; elles perdirent, peu à peu, plus des deux tiers de leurs étudiants; et c'est seulement dans le secret de leur maison que les théologiens les plus affranchis osaient distribuer à certaines oreilles, courageuses elles mêmes, une doctrine plus large2. En 1674, quelques échos de ces réunions occultes parvinrent à la conférence des cantons évangéliques de la Suisse, et François Turrettini, de Genève, fut chargé de rédiger, avec plusieurs autres, une formule nouvelle, qui s'imposerait, en Suisse et dans Genève, à toute âme réformée3. Ce Consensus de 1678 ajouta son poids aux formulaires précédents; il maintenait que la médiation du Christ ne s'était

1. Bossuet, Histoire des Variations, livre XIV, 2* éd., IV, pp. 117-119 (Paris, 1691).

2. « Les esprits, écrivait Bayle, sont dans une aussi grande aliénation, quoique cachée, que jamais » (Bayle, Nouvelles Lettres, I, p. 19 : Bayle à son père, 21 septembre 1671).

3. Montandon, op. cit., pp. 95-104. Texte du Consensus dans Gaberel, III, pp. 496-511.

Cliché Boissonnas.

THÉODORE TRONCHtN (1582-1657) Auteur inconnu.

Appartient à M. Henry Tronchin à Bessinge (Genève).

point exercée pour tous les hommes, mais pour quelques-uns seulement. Le savant Le Clerc dénoncé par les théologiens de Saumur, se vit dans la nécessité d'émigrer », et c'est en Hollande qu'il s'en fut inaugurer sa grande œuvre de journaliste, qui aurait pu honorer Genève : ainsi l'exigeait le souci genevois de la correction théologique. Souci tenace et soupçonneux qui surveillait les élans mêmes de l'hospitalité : lorsqu'après la révocation de l'Édit de Nantes de nouveaux pasteurs français viendront a Genève, ils devront signer le Consensus"-.

Le principe de cet autoritarisme religieux avait été posé au synode de Dordrecht, par les théologiens de Genève, en ces termes singulièrement expressifs : « Lorsqu'il s'assemblera de plusieurs pays des pasteurs pour décider selon la parole de Dieu, ce qu'il faudra enseigner dans les Eglises, il faut, avec une ferme ïonfiance, se persuader que Jésus Christ est ivec eux, selon sa promesse. » Le Genevois lu dix-septième siècle devait croire que le Christ avait assisté le synode de Dordrecht, •omme le Savoyard son voisin savait, d'une oi sûre, que le Christ avait assisté le Conile de Trente; il devait admettre qu'

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