‹ Une ville-égliseChapitre 82 sur 121 · Barbey, loc. cit., p · texte numérisé non relu

Barbey, loc. cit., p

4. Hiïter, MmeGuyon et Genève {Être une s chrétiennes, 1891, p. 142).

]6S UNE VILLE-EGLISE î GENÈVE

nève, s'en allait entendre la messe dans cette chapelle, et « demander à Dieu la conversion de ce grand peuple ». Et certain protestant de France qui s'installait à Genève en 1686 notait avec tristesse que « le culte des idoles et de Bellial se faisait tout publiquement le dimanche dans la chapelle de M. le Résident, à la grande indignation des citoyens et bourgeois qui n'enduraient qu'avec la plus vive peine la raison d'État et ses terribles exigences1 ».

C'était là une première victoire remportée par le roi de France sur un siècle et demi de traditions. Il tenta bientôt d'en remporter une seconde. Un jour de 1685, s'animant contre les protestants de son royaume du même esprit dont Genève, deux siècles et demi durant, fut animée contre les catholiques, le Roi de France commit la lourde faute de les condamner à quitter, soit leur foi, soit leur patrie; et parmi ceux qui préférèrent le second sacrifice, de longs cortèges se formèrent qui, fièrement et tristement, s'en vinrent à Genève, pour y trouver asile. 11 en arrivait parfois 35o dans une même journée ; du 25 juillet au 1er septembre 1687, ils affluèrent au nombre de plus de 8.000. Genève dépensait à peu près 500 écus par mois, pour subvenir à leurs plus urgentes

1. Charles du Bois-Melly, Mémoires d'un fugitif (1686) suivi du Journal de Genève pour la présente année 1690, p. 101 (Genève,

misères1. Mais Louis XIV prétendit exiger qu'ils s'en allassent plus loin, que Genève ne fût pour eux qu'une étape. Pour la première fois un pouvoir étranger voulait empêcher la cité genevoise d'accueillir ceux qui expiaient en un cruel exil le crime de prier comme elle priait elle-même. Et l'on ne pouvait résister ouvertement à cette puissance-là, qui donnait l'ordre au gouvernement de Gex d'interdire l'exportation du blé à Genève, si Genève ne cédait pas. Trop de monde, trop d'attroupements, grondait sans cesse le résident de France. Genève, par arrêté du 17 octobre 16852, fit partir, avec un certain éclat, pour les villes suisses, ou bien pour l'Allemagne, un grand nombre de réfugiés; d'autres, qu'on put cacher à la vigilance du Résident de France, et à qui l'on évitait même, souvent, de donner un billet de logement, demeurèrent secrètement, et peu à peu prirent racine. Parmi ces Français que Louis XIV, après les avoir privés de la patrie de leurs pères, ne put arracher à Genève, cette patrie de leur âme, le Languedoc expédia les Claparède et les Eynard; le Dauphiné, les Audéoud; les Hautes-Alpes, les Fazy; le Vivarais, les Barde et les ancêtres du célèbre pastelliste Liotard; le Piouergue, les Vieusseux : toutes

1. Weiss, Histoire des réfugiés protestants de France, II. pp. 186 et suiv. (Paris, 1853).

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