G.vutier, VIII, p
familles destinées à jouer, dans la Genève future, un important rôle scientifique, politique, théologique, littéraire, industriel1. Huit ans après la révocation de l'Édit de Nantes, on estimait que sur 16.100 habitants, la ville de Genève possédait 3.300 réfugiés 2.
De par la volonté du Grand Roi, la messe avait eu droit d'asile à Genève, chez son Résident; mais en dépit de sa volonté, Genève maintenait droit d'asile, chez elle, pour quelques milliers de proscrits, et bientôt elle allait faire construire, sous leurs regards émus, ce temple de la Fusterie, qui leur rappelait exactement, par son ordonnance architecturale, le temple deCharenton, détruit sur Tordre de Louis XIV3. Ces deux épisodes, dont le premier marquait une défaite des Genevois, le second une défaite du grand Roi, étaient, en définitive, pour l'esprit de générosité politique, une double victoire.
Il était politiquement dangereux d'incarner la Réforme, en face du Grand Roi : Genève le savait, elle vivait dans les transes ; allait-elle devenir ville française, comme Strasbourg4? Les
1. Galiffe, Notices, III, pp. 132, 204; IV, pp. 16, 197; VI, pp. 127, 466.