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Monniep. Genève et ses poètes, 2* éd., pp

Dès 1669, un jeune philosophe cartésien, Chouet, que Louis Tronchin, son oncle, avait fait venir de Saumur à Genève pour enseigner la philosophie, répondait aux pasteurs qui voulaient lui faire signer le formulaire qu'il ne connaissait rien à ces questions; il s'engageait, simplement, à n'enseigner rien de contraire1. Cet exemple, et l'ascendant que Chouet conquit bientôt à Genève par ses travaux de physicien, de naturaliste, d'alpiniste, donnèrent courage à ceux qui avaient besoin d'aide. En refusant de signer un formulaire au sujet duquel il déclarait n'avoir pas d'opinion personnelle, Chouet avait implicitement revendiqué pour sa conscience de protestant, sinon le droit de négation, — c'eût été trop audacieux encore, — du moins un droit de réserve. Et le personnage qui s'était permis cette attitude devint peu à peu recteur, magistrat, diplomate au service de la République. La porte que, d'accord avec Louis Tronchin, il avait ouverte ainsi dans l'édifice de l'orthodoxie, devait, quelque temps encore, être obstruée par la ténacité de certains pasteurs, mais elle ne pouvait plus être complètement refermée; la brèche était faite. Hors de Genève, partout dans le monde protestant, les esprits s'affranchissaient; les conséquences de

1. Bldé, Jean-Robert Chouetj pp. 75-78 (Genève, 1899). — Borgeaud, ï, p. 409 et suiv.

l'individualisme réformé s'étalaient avec fierté, non comme des accidents, mais comme un naturel épanouissement, comme la sanction normale de la liberté conquise. La célébration publique, à Genève, d'un culte luthérien régulier était autorisée en 1700; celle d'un culte anglican, en 1712 !. Il fallait qu'en matière de dogmes comme en matière de rites s'introduisît peu à peu la liberté. Si la théologie de Genève fût demeurée une geôle, un pays comme la Grande- Bretagne eût pu ne pas continuer à envoyer à Genève ses fils de famille, pour y étudier.

C'est ce que comprit, à la fin du dix-septième siècle, Jean Alphonse Turrettini. La destinée de ces illustres familles genevoises voulait que le fils sapât l'œuvre du père. Louis Tronchin avait esquissé des gestes décisifs pour faire circuler à travers l'Eglise ces courants d'air que son père Théodore détestait; et les tendances mômes qu'avait suivies François Turrettini pour la rédaction du fameux consensus devaient trouver dans son propre fils, Jean- Alphonse, un victorieux ennemi. Les « variations » de la Réforme, comme disait Bossuet, semblaient ainsi se symboliser dans les variations mêmes de ces hautes lignées théologiques, où les générations successives ne se ressemblaient entre elles que par l'intégrité et la piété.

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