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Heyer, pp. 43-48. — Gaberel, III, pp

siècle1, n'avait pourtant pas assisté sans tristesse aux premières victoires de Jean-Alphonse ïurrettini :

Prenez garde, prophétisait-il, on vous ôte la formule : « Ainsi je pense ; » puis on enlève les mots : « Ainsi j'enseigne, » et l'on dit qu'il faudra se contenter de ceux-ci : Je n'enseignerai rien de contraire. Sans doute à présent on ne veut plus rien au-delà. J'appréhende pour la suite; je vois que les exhortations seront inutiles; on attaquera le synode de Dordrecht, les confessions de foi. Je crains l'établissement de l'arminianisme et je redoute même des choses plus graves; les esprits du siècle sont extrêmement portés à la nouveauté 2.

Les pronostics de Pictet avaient pu retarder l'œuvre de Turrettini, mais ils ne l'avaient pas effrayé. Il avait attendu, peut-être, que Pictet fût mort, pour porter aux formulaires le dernier coup de sape, mais c'est d'une main tranquille et sûre qu'il Pavait asséné. La Genève où on lisait Locke, où l'on éditait le dictionnaire de Bayle3, ne pouvait garder à tout jamais des formulaires qui devaient nécessairement, au nom du principe même de la Réforme, se présenter comme dépourvus de toute autorité di-

1. Borgeaud, I, p. 529 et suiv. — Astony Rochat, la Théologie chrétienne de Benedict Pictet (Genève, 1879).

2. Bldé, Vie de Benedict Pictet, théologien genevois, i655-172b, p. 41 (Lausanne, 1874). Cf. Rittkr, Alliance libérale, 5 mars 1881, lettre de Turrettini à Le Clerc (13 juin 1724) sur les tendances de Pictet.

3. Sur la façon dont le Conseil en 1713, permit une édition clandestine de Bayle, voir Roget, Étrennes genevoises, \\ pp. 191-200, et Masson, I, p. 6.

vine : ces entraves humaines méritaient leur sort.

En fait, sur leurs ruines définitivement amoncelées, une autorité subsistait encore, à côté de celle de la Bible : le catéchisme de Calvin, qui, deux fois la semaine, s'expliquait toujours dans chacune des trois paroisses de Genève1. Mais si la Compagnie déclarait qu'il contenait la « substance de la doctrine, » elle ajoutait qu'il n'était « pas égalé à l'Évangile » et qu'on n'était « pas forcé de le suivre en tout2 ». Ainsi s'affirmait dans l'Église de Genève, très audessus de l'ascendant dogmatique de Calvin, lé principe de la liberté d'interprétatiôfi de l'Évangile : l'heure était proche où ce principe allait balayer l'auguste opuscule de Calvin. Déjà en 1709, la liberté des catéchismes dans les écoles avait été adoptée3; et le dix-huitième siècle ne s'achèvera pas avant que la Compagnie despasteursde Genève, tenant comptedel'esprit public, ait installé un catéchisme à peu près déiste aux lieu et place du catéchisme calvinien 4.

Avec Jean-François Turrettini, ouvrier responsable de ces prochaines et lointaines nouveautés5, s'inaugurait à travers le dix-huitième

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