Heyer-, p
5. Borgeaud, I, p. 543: « Lorsque mourut J. A. Turrettini, en 1738, la Genève moderne était née. »
siècle un cortège de pasteurs genevois, singulièrement différents de ceux qui cent ans plus tôt, à Dordrecht, brandissaient Tanathème. Le temps n'était plus où Théodore Tronchin prenait à Genève, dans Saint-Pierre, la lumière de Dieu, s'en allait la porter en Hollande, en foudroyait ceux qui ne s'en voulaient pas laisser éblouir, et puis rentrait à Genève , ayant enseigné le monde, et n'y rapportant rien de plus que la vérité intégrale qu'il en avait emportée. UnTurrettini, un Jacob Vernet, étaient des hommes qui avaient voyagé pour apprendre quelque chose, pour trouver hors de Genève un surcroit de culture et pour en faire profiter Genève1. C'était là une attitude très neuve. Elle les amenait à se rendre compte que l'on pouvait acquérir, sur Dieu et sur les hommes, certaines notions qui ne s'acquéraient point à Genève. Avec eux, Genève intellectuelle cessait de se suffire à elle-même. Elle ne considérait plus seulement les autres peuples comme des écoliers qui venaient à elle ou qu'elle allait gronder chez eux; elle estimait qu'auprès d'eux on pouvait prendre des leçons. L'intelligence du peuple de Dieu sentait désormais avoir besoin des autres peuples, pour se former elle-même. Les pasteurs de Genève n'étaient jadis accueillants que pour leurs élèves; ils devenaient accueillants pour
1. Sur les voyages de Jacob Vernet, voir Borgeald, I, pp. 550 et suiv.,et sa biographie par Budé (Lausanne, I8u:-*i.
des idées qui tôt ou tard devaient les maîtriser eux-mêmes. L'orgueil fléchissait, s'apprivoisait; mais était-ce encore Genève ? Le peuple de Dieu, sans orgueil, était-ce encore le peuple de Dieu?
Sur ce peuple, création plus métaphysique qu'historique, où la suppression du sacerdoce romain avait paru sanctionner la complète égalité des hommes devant Dieu, régnait de plus en plus souverainement un patriciat de plus en plus fermé, au-dessous duquel s'échelonnaient, d'étage en étage, toutes sortes d'inégalités. De 1600 à 1775, les deux cent trente-deux personnes qui firent partie du Petit Conseil appartenaient à quatre-vingt-dix familles {. Le despotisme parfois était tel qu'on vit au dix-septième siècle le fils d'un syndic, âgé de seize ans, faire partie des Deux Cents, et qu'au début du dix-huitième, on comptait jusqu'à huit membres d'une même famille dans les conseils2. Du moins au dixseptième siècle les mœurs de ce patriciat étaientelles demeurées fort simples : il n'était pas rare, à ce moment-là, qu'un jeune noble fût apprenti ; un de Tudert, par exemple, famille apparentée