Monïubr, Genève et ses poètes, 2e édM D
184 UNI- VILLK-LGLISE : GENEVE
L'habitude qu'avaient les jeunes gens d'aller parfois servir sous les enseignes du roi de France, accélérait l'évolution des esprits et des mœurs1. Sur les coteaux avoisinants, de riches villas commençaient de s'étaler : par leur artistique ordonnance, par les fêtes qui s'y donnaient, elles démentaient ces dédaigneux distiques de Voltaire sur Genève :
On y calcule et jamais on n'y rit; L'art de Barème est le seul qui fleurit2.
Mais elles attestaient, en tous cas, que la prospérité à laquelle l'art de Barème avait conduit certaines familles les induisait à des tentations de faste, qui cherchaient un accommodement avec les ordonnances du Consistoire, et qui savaient le trouver3.
Au-dessous de cette caste patricienne, caste intègre et savante, qui se réservait les magistratures, et qui confisquait peu à peu pour elle et pour ses gendres les chaires môme de l'Académie4, les citoyens genevois, — ils étaient 1.300 à peu près — formaient une caste à leur façon, qui ne tenait plus à élargir ses rangs :
1. Galiffe, Notices, II, p. 379. Addison, Works, II, p. 162, disait qu'on discutait si les Genevois avaient gagné ou perdu au commerce des réfugiés français (Vreeland, op. cit., p. 113).