‹ Une ville sous le régime collectivisteChapitre 11 sur 32 · V\ PATRON? : AUX EXPLOITEURS · texte numérisé non relu

V\ PATRON? : AUX EXPLOITEURS

Vous avez la graisse, Tondez les brebis,

vous n'aurez pas la peau. ne les écorchez pas.

Camarades,

Depuis trop longtemps, on travaillait à Brest presque pour rien. Les salaires étaient trop infinies pour une ville (le cette importance, les journées trop longues.

Mais le mouvement syndical s'est étendu, fortifié, et les ouvriers en général ont pris conscience de leur misère et de leurs droits.

Métallurgistes, lioiilangers, cochers, boucliers et similaires, employés et ouvriers de la Compagnie du gaz, garçons de café, coiffeurs, tailleurs, employés de tramways, cuisiniers et similaires, pâtissiers, garçons de magasins et de toutes sortes, bonnes et nourrices, typos, ouvriers des produits chimiques, charbonniers, travailleurs de la campagne, couturières, brossières, blanchisseuses, repasseuses, modistes, etc., en un mot, ouvriers et ouvrières de toutes corporations, l'occasion ne se présentera pas deux fois : tant pis pour vous si vous la laissez passer I

Augmentez votre salaire, diminuez vos heures de travail I

Le citoyen Bousquet est revenu. Il importe (1(^ ranimer les énergies. Le délégué de la (\ (î. T. opère le samedi 11 mars :

Le proverbe est juste, s'écrie-t-il. On dit : TiMii roinm»' iiii Breton. »

Vous Oies tèlus, camarades, je vous en félicita.

Ati ! oui, camarades. Bousquet était à Brest, il y a un an.

A cette époque, il y avait du bruit dans la ville. Les boulanjfers étaient en grève.

Ils ont obtenu satisfaction, puis les patrons Vs ont obligés, malgré eux. à reprendre le travail de niut.

Ils recommenceront, cependant, et lundi, j'en ai obtenu la promesse formelle du secrétaire général de leur syndicat, ils viendront se joindre î\ nous.

Bousquet ne s'en ira pas de Brest avant que les ■. mitrons •> ne travaillenl de jour.

Tout le monde doit lui 1er à présent.

A Paris, nous luttons aussi, malgré la garde ré-pulilicain»'. ipii est la garde-chiournie de la classe capitaliste.

Je dis que le camarade qui rentrera, ce soir, à la maison, el qui verra .sa femme et ses enfants p'eurer. parce qu'iLs n'ont rien à manger, je dis que cp cariiaradc a le droil d'aller prendre un pain chez le boulanger.

— l.SR —

[/animal (li'ft'nd sos ]»<'fi(s. l'homino a le droil do dt'feiidro sos (MifanKs.

Si. raiiiai'adt^s. jtDur obtenir cp quo vous avez demandé, il fani, doseendre dans Ja riio. Bousquet sera à votre tête, et, si je suis otiligé de partir à I^aris dans trois ou quatre jours, il y a des délégués de la Confédération du travail prêts à venir me remplacer.

La Confédération du travail ne veut pas que des prolétaires .soient battus et les protégera tant qu'elle pourra.

A la suite de ce beau discours, une manifestation s'orçanise. Les maisons des entrepreneurs Cabiocb et Salaun sont assiéi>ées par les orévistes. Les dragons sont lai)idés. L(^ lieutenant-colonel Villers, major de la .garnison, est accueilli par une grêle de cailloux lorsqu'il se présente dans la rue Turenne, on, depnis plus d'une beure, la troupe est engagée.

\a' 12 mars (^st un dimancbe, mais les grévistes, (pli réclament pourtant le repos bebdomadaire, re- 1 commencent les manifestations de la veille. Payant d'audace, l'agitateur Bousquet pousse à l'action directe. Il engage les ouvriers accourus au meeting dominical à ne tenir aucun compte des mesures de sécurité i)rises par le sous-préfet Tourel, qui « tôt ou tard sera révoqué pour son attitude vis-à-vis des travailleurs ». C'était une propbétie, bêlas I

Puis, aussitôt après, ce fut encore l'émeute décbaînée à travers la ville. Des cavaliers et leurs cbevaux sont blessés. Des coups de revolver sont tirés. L^ne vingtaine d'arrestations sont opérées. Parmi les délinquants se trouvent des jeunes gens d( (juinzc» ans, mais aussi des bommes ayant atteint la (quarantaine.

Le lendemain, les orateurs babitués de la P>ourse dn travail constatent avec désespoir que quelqu(^s camara<b»s commencent a fifuiclicr... (irave déconverte ! D'antre V<^^'U ii"^ tcmtative généreuse est

fcùtc ])ar M. Tourel, sous-préfet, qui a convoqué les patrons et les présidents de syndicats ouvriers dans son cabinet, en vue d'une entente. Serait-ce la fin de la fête ? Peut-être.

Le mardi 14 mars, une première entrevue se tient dans le cabinet sous-préfectoral. Le 15 et le 16, nouvelles entrevues. Enfin, le 17, au matin, la population apprend avec une joie bien compréhensible qu'un traité de paix vient d'être signé entre les parties, (jue l(\s chantic^rs sont ouverts et que, partout, la besogne^ va reprendre.

Quel résultat ])ra tique avait donc été obtenu après de si longs jours de grève ? Il suffit de lire les ])ro('ès-verbaux de conciliation ])our se rendre» com])te de leur peu d'iinportance. Le travail aux ])ièces n'était pas supprimé ; il était simpleuuMit stipulé qu'il ne pourrait être donné à l'ouvriiM' (( (prindividuellement et sur sa demande. » Or, il semble bi(»n qu'il en avait toujours été ainsi. Quant aux salaires, les ouvriers eux-mêmes demandèrent plus tard à leurs entrepreneurs de reprendre» les anciens tarifs, plus aA^antageux et plus rémunérateurs que ceux qu'ils prétendaient avoir conquis.

Le résultat, nous le verrons en d'autres chapitres, ce fut la détresse commerciale et industrielle pour l)(»aucoup de ])atrons. Pour le i)lus grand nondn'(» des ouvriers, ce fut la misère plus noire.

Le spectacle des événements dont la ville de lîrest fut le théâtre éveille naturellement certaines véfiexions d'une ])()rtée générale. Ce n'est ])as aux orateurs de la lîourse du travail (|u'il faut demander (le dégager la ])hiloso])]iie ih' la grève, car si ]\)u doit s'indigner des violences (|ni l'ormeni h*

fond (le leurs liaranoues incendiaires, on peut non moins justement s'attrister en constatant à quel ])oint l(Mir manquent le sens des réalités iiratiques et le véritable esprit politique. Nous connaissons leur théorie ; elle consiste en ceci : l'ouvrier est misérable, et il l'est par la faute des capitalistes, l>ersouniliés par le patron, ([ui l'exploitent et le frustrent du léjiitime lU'oduit de son travail.

On pourrait contester la première de ces affiruuitions en invoquant les statistiques les plus consciencieuses qui établissent que, pendant la deuxième moitié du XIX^ siècle, les classes laborieuses ont vu leurs salaires presque doubler par rapj)ort au coût de la vie, tandis que la rémunération des capitaux ne cessait de décroître. Mais, sans nous arrêter à ce premier point, nous voudrions rechercher quelle est la nature des relations des ouvriers avec leurs patrons et comment, de la nature de ces relations, se dégagent les moyens les plus efficaces d'améliorer la condition des ouvriers.

Il suffit de la plus superficielle observation des faits pour constater que l'ouvrier et le patron ne sont pas deux rivaux perpétuellement en guerre et dont l'un ne peut s'enrichir que de ce qu'il enlève à l'autre. Ce sont, au contraire, des collaborateurs, associés pour rendre aux consommateurs certains xservices dont la rémunération est constituée par le prix de vente des produits fabriqués. Le contrat (jui lie le patron et l'ouvrier n'est pas une sorte de contrat de servage temporaire, mais un véritable contrat d'association.

Sans doute, des difficultés peuvent s'élever entre

des associés an sujet de la répartition des bénéfices. Mais loin d'être normales, inhérentes à l'essence même du contrat, comme le prétendent les agitateurs ouvriers, ces difficultés ne peuvent être ([u'accidentelles, car la mésintelligence entre les associés serait fatale à la réussite de l'entreprise, et le patron qui la provoquerait en s'arrogeant la i)art du lion dans le partage des bénéfices de Tassociation irait à l'encontre de ses intérêts les plus évidents. Il est d'ailleurs facile à chacun des associés de faire des sacrifices dans l'intérêt de l'entente commune lorsque l'association est prospère et donne de larges bénéfices ; les difficultés ne surgissent que lorsque l'affaire venant à péricliter, les profits deviennent insuffisants pour rémunérer convenablement les apports de tous les contractants. Le meilleur moyen d'assurer la paix sociale en satisfaisant à la fois patrons et ouvriers est donc d'assurer la prospérité de l'association qu'ils constituent.

Du prix de vente des produits fabriqués par l'association, une fraction est d'abord employée à solder les frais généraux de l'entreprise, c'est-à-dire les frais de surveillance, de comptabilité, d'achat des matières premières, d'entretien, de fonctionnement (^t d'amortissement de l'outillage. C'est la fraction du prix d(» vente qui n'est i)as absorbée i)ar ces déductions qui constitue^ les bénéfices de l'association (H (pii sert à rémunérer d'une» part le ])atron, (]ui a])i)orte la clientèle, l'ontilhige, ses facultés de dii'ectiou et d'iuil intive, d'autre part les ou- A'ri(M's, (|ui fourniss(Mit la uiain-d'o'uvre. Plus les frais généraux seront réduits, ])lus les bénéfices à répartir entre le patron et l'ouvrier seront considé-

rablos. Lc^s ouvriers ont donc intérêt à se prêter à rai)pli(ati()ii (!(' toutes les mesures propres à réduire les frais «généraux. Par exemple, ils doivent être favorables à l'application du travail aux pièces, qui simi)liiie la surveillance du patron et intéresse l'ouvrier à ])r()duire économiquement. Ils ne doivent pas s'opposer à l'emploi des machines, qui est un des moyens les plus efficaces de réduire les frais i>énéraux de ])r()duction. Sans doute, le développenu^nt du machinisme peut produire des crises passaj>'ères pénibles pour ceux qu'elles atteignent directement, mais l'abaissement du prix de vente qui en résulte a pour effet immédiat d'imprimer à la consommation un élan <iui n{^ tarde pas à ouvrir de nouveaux débouchés à la main-d'(euvre.

Il est intéressant (h^ faire remarquer, à propos des crises industrielles qu'amène l'introduction de nouveaux procédés de fabrication, combien les ouvriers trouvent avantage, dans des circonstances difficiles, à appartenir à des établissements dont les directeurs ont su adopter à temps les nouveaux procédés et éviter ainsi la ruine ou la décadence. Les ouvriers I ])(Mivent alors se féliciter, non seulement de ce que l(Mir ])atron est intelligent et avisé, mais encore de (•(^ qu'il est sufiisamment pourvu de capital — ce capital si nmltraité par les orateurs de réunions publiques — sans lequel il faudrait renoncer à transformer un outillage démodé. Aucun exemple ne saurait mieux faire ressortir la solidarité étroite qui li(^ l^atrons et ouvriers.

S'il faut déplorer que les préjugés des ouvriers, soigneuseuuMit entretenus par ceux qui vivent de l'exploitation de ces ouvriers, leur fassent trop sou-

vent aceiuiillir Sciiis eiïii>re.s«eineut, ou iiiêuie avec iiiKî hostilité déclarée, les efforts de leur i)atron pour réduire les frais généraux de production, au grand bénéfict3 de l'association commune, on ne sautait trop sévèrement condamner les agitateurs qui osent conseiller aux ouvriers d'employer contre leur x>atron l'arme odieuse du sabotage, consistant à gaspiller les matériaux, à mettre en œuvre ou à commettre des malfaçons voulues. xVutant et plus qu'au patron, c'est à eux-mêmes et à leurs camarades d'atelier que ces camarades sans scrupules portent préjudice, puisque les matériaux mal enij^loyés et les salaires payés inutilement représentent une perte sèche pour Tassociation.

Nous ignorons si ces réflexions vinrent à l'esprit des ouvriers brestois pendant les ([uinze jours de r(q)()s plus ou moins volontaire (ju'ils avaient consacrés à discuter leurs revendications professionnelles. Il est permis d'espérer que les plus sensés d'entre eux les auront faites, et s'il en était ainsi, ou pourrait pres(|ue dire de la grève qui venait de se terminer : (( A quelque chose malheur fut bon. »

Avant de clore le récit d(^ cette deuxième série (1(1 grèves, nous croyons intéressant de r(q)ro(luir(' le jugenumt l'endu, le jeudi 23 mars, par le tribunal civil — jug(MHent (pii établit nettement la res])()usar bilité d(îs villes en nuitière de dégâts causés par h's grévistes au i)réju(lice de particuliers. \^)îci ce juge- UHMit ap])elé à faire jurisprudence, (lui i)(>urra êlre inv()(|ué dans la suite, lorsiiue, à Tc^xeiuph' dr ceMe (h' Jîrest, une munici])alité (iuel('on(|ue favorisera rémeiile on inêine ne ])ren(lra pas h's mesures indispensables à hi garantie des propriétés privées :

— I-ii —

ALUmrIu nu'il n'es! pas conlesté pur les parties en cause que,' dans la nuit du IG au 17 juin 1904. un attroupement, formé par des dockers en grève, a jeté à ^a mer une grande partie des marcliandises qui avaient été déchargées le 16 du vapeur Brestois^ appartenant aux défendeurs Ghevillotte frères, armateurs, sur le quai du port de commerce de Brest ; que le déchargement aurait été effectué, dans la journée, sous la protection de la police municipale ;

Que, dans la nuit, trois agents de police seulement étaient de service au port de commerce et que, par conséquent, il n'existait qu'une forc(^ absohunent insuffisante pour s'opposer au pillage des marchandises déposées sur les quais :

Attendu que la municipalité de Brest, qui avait fait protéger le déchargement du vapeur Brestoïs contre la violence des dockers en grève, n'ignorait pas la surexcitation des grévistes dans la journée, surexctation qui devait s'accroître dans la soirée sous l'effet des harangues v-olentes prononcées dans l'édifice municipal mis à leur disposition ;

Attendu que l'attroupement a été constitué vers onze heures du soir par les grévistes sortant dudit établissement pour se rendre au port de commerce où ne se trouvaient que trois agents de police, ainsi qu'il a été dit précédemment ;

Attendu que la ville de Brest, pour échapper à la responsabilité qu'elle encourt par l'application de l'article 106 de la loi du 5 avril 1884, cour de Rennes. 6 décembre 1904, prétend à tort que les défendeurs Ghevillotte frères, avertis de leur côté de l'état d'esprit des grévistes, auraient dû prendre des mesures spéciales pour garantir leurs marchandises contre le pillage ;

Attendu que 'e législateur a ni's à la charge des municipalités le soin d'assurer la sécurité publique, qu'il les a rendues responsables des dommages résultant des crimes ou délits commis à force ouverte ou par violence, sur leur territoire, par des attroupements ou ras.semblements. soit envers des personnes, soit envers les propriétés publiques ou privées :

Attendu que par l'article 108 de la loi du 5 avril 188 i. les communes ne peuvent s'exonérer de cette responsabilité qu'en établissant qu'elles ont pris les mesures en leur pouvoir pour prévenir les attroupements et en faire connaître les auteurs, et non en établissant que les citoyens n'ont pas pris -es mesures suffisantes pour défendre leurs personnes et leurs biens ;

Attendu que cette thèse serait, d'aileurs, des plus dangereuses pour l'ordre public et aboutirait aux pires catastroplies si chacun en était réduit à organiser la force armée pour son usage particulier et pour défendre ses biens ;

Attendu que, dans ces conditions, la seule question que présente le litige est de déterminer le dommage et de dire quel sera le règlement à intervenir entre les parties :

Attendu qu'au moment où les marchandises ont été jetées à la iiK'r, elles étaient à quai, au compte des défendeurs Cheviilottc

Trères, en ce sens qu'ils en étaient responsables cuninie transporteurs, le destinataire n'en ayant pas pris livraison et n'ayant pas été mis en demeure de le faire ;

Attendu que la ville de Brest n'a pu établir qu'elle avait pris les mesures en son pouvoir pour prévenir l'atlroupement qui a occasionné le dommage ; qu'ainsi les demandeurs Chevillotte frères justilient qu'ils ont été, par suite d'un cas de force majeure, dans l'impossibilité de livrer au demandeur les marchandises qui ont é(é enlevées des quais par les grévistes et jetées à la mer ;

Attendu qu'ils sont, en conséquence, déchargés des obligations de leur contrat de transport ;

Que le propriétaire des marchandises transportées à ses risques a, dès lors, une action directe, comme d'ailleurs toute personne lésée. (Sourdat. Traité de la responsabilité, tome II, n** 1.390, page 649, 5*= édition;, contre la commune responsable, justement mise en cause par les défendeurs ;

Attendu qu'il n'est pas contesté que sur les vins portés sur la facture Darcin, expéditeur, 1.792 litres seulement étaient restés à bord et ont été livrés au destinataire ; que la différence de 7.160 litres représente une valeur de 2.531 fr. 70 ; que, d'autre part, douze fûts vides contenant ces vins ont une valeur de 600 francs :

Attendu que sur les vins facturés par Constantin Cadet, 7.411 litres ont été livrés au destinataire, le surplus de 11.115 litres valant 3.110 fr. 20 et les 18 fûts vides 720 francs :

Attendu qu'au total les marchandises non livrées valent 6.963 fr. 90;

Attendu que la ville de Brest prétend que le demandeur Benoit ne devait point laisser pour compte au transporteur les marchandises jetées t\ la mer et sauvetées, sous le prétexte qu'elles étaient avariées par leur séjour en mer ;

Que le préjudice eût été moins important s'il en avail pris livraison pour les écouler dans son commerce, sauf à réclamer une indemnilé de dépréciation ;

Allcndu que le destinataire, aux termes du contrat de transport, n'était point tenu de prendre livraison de marcfiaiidises avariées, «pii avaient cessé irrégulièrement d'être entre les mains du Iranspoi'tenr :

Attendu qu'aussitôt après le pillug»' du IC) juin li's parties nnt provoqué, par la voie d'un référé, une expertise et la nomination d'un consignalaire. qui a fait vendre les marcliandises avariées ;

Attendu cpie la vente des marchandises avariées a «'té réalisi'e, que le montant net de cette vente, étant de 2.27() fr. 71. d(>vra être déduit des sonnnt's dues par la ville de lirest au (ItMuandtMn' Benoît, qui est fondé à retenii' sur les 4.159 francs, produit brut de la vente, les lionoraires du conunissair»'-i>riseur. des experts, les fr;iis de sauvetag(\ les frais de réf«''rt'' et tous ct'ux faits pour IKii'VtMiir à l;i veiit(> ;

— 1 ili —

Alleiidii qu(j celui-ci juslille d'un préjudice s'élevanl à (>.î)()3 fr. 90, non compris les intérêts depuis le 17 juin 1904 ;

Alloiulu (lu'il y a lieu de lui allouer aussi, à litre de supplément de dommages-intérêts, les frais de mise en cause du transporteur, faits à bou droit, puisque la preuve du cas de force majeure lui incombait ;

Par CCS motifs :

jMet les (Icfeiideiirs Chevil lotte frères hors de cause, sans dépens :

Condamne 31. le maire de la ville de Brest, es qualité, à payer au demandeur Benoît la somme de 6.963 fr. 9 0, avec les intérêts au taux légal du 17 jviin 19 04 ;

Dit que le montant net de la vente des marchandises effectuée ])ar M" Barbedienne, commissaire - priseur, 2.2 7 6 fr. 71, sera déduit de la somme due ;

Condamne M. le maire de la ville de Brest, es qualité, en tous les dépens, y compris, à titre de supplément de dommages-intérêts, ceux faits j^ar et contre les défendeurs Chevillotte frères et ceux déduits du montant hrut de la vente ;

Rejette le surplus des conclusions.

Ainsi donc, non seulement les citoyens sont pillés, mais, puisque les demandeurs sont contribuables, ils se remboursent à eux-mêmes une partie des dommages-intérêts alloués par le tribunal civil. Le maire de Brest était condamné, mais c'est renseinble des contribuables qui pava les frais de la casse. A ce compte, et bien que les villes soient, en telle occurrence, rendues responsables, les municipalités collectivistes, révolutionnaires et anticapitalistes, peuvent impunément favoriser rémeute et Faction directe.

Après les grèves de 1904, les habitants de lîrest avaient eu quelques mois de répit. Après celle de 1905, une réelle lassitude s'empara des ouvriers et la fête du Premier Mai se ressentit de cet état d'âme de la classe prolétarienne. Elle fut peu brmante.

Dans l'arsenal même, sur 6.000 ouvriers, 435 seulement chômèrent. Une petite représentation fut donnée aux )niHtants dans la salle de Venise, où, en présence de nombreux spectateurs, le drapeau tricolore fut foulé aux pieds, puis servit de mouchoir à l'un des interprètes du drame antimilitariste. Et ce fut tout...

Arrivons maintenant au Premier Mai 1906 et aux événements importants décisifs qui marquèrent cette x^^i'iode de déclin, de réelle déchéance pour les agitateurs de la Bourse du Travail. Xe pou- ^ant tout rappeler, nous sommes obligé de négliger certains faits (|ui se produisirent dans l'intervalle et qui rappelèrent aux Brestois l'existence de l'officine révolutionnaire. Les membres du comité, entretentis pour la plupart aux frais des contiibuables, essayèrent i)ar tous les moyens de fomenter des troubles, d'organiser de nouveaux désordres, atin, sans doute, de gagner leur salaire municipal. Deux fois, ils réussirent : ce ftit en novembre 11)04 et m novembre 1905, épocpies aiix(iuelle^ éclatèrent les grèves des arsenaux — niais le plan (le ce livre c()m[)ortant une étude spéciale d(» l'arsenal, nous parh^'ons de ces événements dans les [)ages (lu chapitre A'I.

l.(^ comité (h' l;i lîourse du travail ])réparait (hî h>ngue iiiîHii hi (( tète >> du l'reuiier Mai !!)()(). Elle (h'vait être la revanche des défaites passées ! Les êk'ctions légishitives n'allaient-elles pas fa\()riser un luouvcMuent de la rue ? A la veille du st-rutin, le gouverniMuent oserait-il montrer ûos soldats en armes contre les travailleurs ? Le ministre de la marine, M. Thomson, venait, par une circtilaire tout

au luoius inutile et plutôt maladroite, d'autoriser les ouvriers de Tarseual à chômer ce jour-là.

Comme l'agitation gagnait, le préfet du Finistère n'hésita pas. 11 prit, dès le 28 avril, un arrêté interdisant toutes les manifestations, toutes les réunions, tous les cortèges sur la voie publique et prescrivant que les rassemblements qui se formeraient ou tenteraient de se former seraient dispersés par la force sans autre avertissement.

C'était net, catégorique. Les amateurs de tapage étaient prévenus.

Des troupes arrivent de toutes parts, et la ville, encore une fois, est transformée en camp retranché. Le 29, un meeting se tient à la Bourse du Travail. La vue des soldats bivouaquant sur les places pul)li(iues a surexcité au plus haut point les orateurs qui essaient par leurs discours incendiaires de galvaniser leurs auditeurs. Un individu, nommé Cessou, (lui se donne comme ouvrier du bâtiment, déclare (( qu'il faut que Ton envoie à l'hôpital au moins la moitié des hussards et les trois quarts des chevaux à la boucherie hippique ». Toutes les allocutions sont de ce style — mais on sent que les paroles sonnent creux, que les leaders révolutionnaires prêchent un ])eu dans le désert. A la sortie de la réunion, malgré les excitations à l'action directe les ])lus caractérisées, les ouvriers esquissent à peine une légère tentative de protestation. Ce n'était pas encore pour ce jour-lii (jne l(\s hussards seraient envoyés à l'hôpital...

Nous voi<'i au 30 avril. C'est la veille de la Grande Journée. La Bourse du Travail est en effervescence. A huit heures du soir, plus de o.OOO ouvriers s'en-

tassent dans le liall de la Société de gymnastique la Brcstoise. Voici un échantillon des harangues prononcées devant ce peuple houleux :

Que les mouchards qui sont ici pour répéter à rinfùme Golli- ^non, qui a été l'organisateur des troubles, que Finfâme CoUignon, dis-je, sache bien, par la bouche de tous les mouchards qui m'entourent, que si Ton fait violence aux travailleurs, ils ont assez d'énergie pour employer les mômes armes que l'on tentera d'employer contre nous. (Applaudissements. A bas la calotte !)

Oui, la calotte, camarades, n'existe pas seulement sous le chapeau de Tecclésiastique, du curé ou de l'évoque ; la calotte est sous le képi du soldat, du gendarme, du flic.

Il faut pendre la calolt.>, toutes les calottes, la calotte capitaliste surtout, qui paie toutes les calottes réunies.

La société pourrie que nous voulons détruire, est-ce qu'elle n'est pas soutenue par le flic, le gendarme, le mouchard?

Ces paroles étaient sorties de la bouche du v:itoyen Rouiller, secrétaire général de la Bourse du rravail — un gaillard qui, entretenu aux frais des contribuables par faveur spéciale du conseil niuui- ['ipal, tenait à montrer qu'il était bien tJic riglit iiKDi in tlic riglit place. L'infâme préfet Collignon, ^u le A'erra bientôt, n'était pas homme à se laisser intijiiider i)ar un pareil langage...

A la sortie, dans la nuit, les liussards doivent charger à plusieurs reprises pour disperser des bandes (rénergumènes (jui, enivrés d'éloquence, veulent i])solument chanter la (Jannagiiolc.

Comme ])ar liasard, les (h>ckers se trouvaient en grève le Premier Mai. Aussi sera-ce leur dra])eau iKMr, Kend)lable à un drap mortuaire, qui phinera îui-(k*ssus (h's foules durant toute lu journée. On l'apercjoil une ])remière lois à un meeting matinal tenu, comme celui de la veille, (hms le hall de la Jhcsloisc. l^emaniuons (|ue ce meeting est présidé par l'adjoint Vibert.

A la sortie, comme des boiiseulades se produisaient et comme les dockers voulaient exhiber quand même leur drapeau noir, qui est saisi par la police, le préfet intervient. L'adjoint Yibert s'avance vers M. Collignon et lui demande de tolérer la manifestation ; mais le préfet lui réplique :

— Je ne puis admettre, monsieur Vibert, que cette ville soit constamment, depuis deux ans, en état de révolution. Je ne tolérerai ni cortège, ni chants, ni bannières... Dites à vos amis va que je viens de vous dire et (lue mon arrêté sera resi)ecté à tout prix. Si vous aviez été tout à Theure, vous, monsieur Vibert, dans le groupe qui entourait le drapeau des dockers, vous seriez maintenant arrêté et écroué...

M. Collignon était indigné au plus haut point de 4| l'attitude des municipaux brestois. L'adjoint Yibert fut, ce jour-là, sur le i)oint d'être arrêté. Devant la résolution du i>réfet, il se retira, penaud.

Le reste de la journée se passa en meetings, où les adjoints Yibert et Goude apparurent et i^arlèrent leur langage ordinaire de haine et de violence.

En somme, cette journée du Premier Mai 190G avait été x>lntôt un échec pour la Bourse du travail, dont l'étoile rouge commençait à pâlir. Ce résultat était surtout dû aux mesures énergiques, aux résolutions inébranlables prises d'un commun accord par IM. Collignon, préfet du Finistère, et par son actif collaborateur, M. Tourel, sous-préfet de Brest, que l'émeute ne trouva jamais au dépourvu.

Le comité de la Bourse s'efforçait cependant de

faire croire à un mouvement de grève générale qui, en fait, n'existait pas. Le nombre des auditeurs qui, le 2, le 3 et le 4 mai, se rendirent aux réunions annoncées toujours à grands coups de grosse caisse, diminuait sensiblement. Les discours des agitateurs n'en étaient que plus odieux. Nous renonçons à les reproduire. Il y en a trop, et quand nous aurons dit que, depuis le président de la Eépublique jusqu'au dernier des patrons brestois, en passant par MM. Clemenceau et Briand, tout ce qui représente en France ou à Brest une parcelle d'autorité fut traîné abominablement dans le ruisseau, nous aurons suffisamment dépeint la situation au moment où va se produire un coup de théâtre inattendu.

Le vendredi 4 mai, en effet, vers midi, les Brestois virent une chose singulière : un peloton de gendarmes à clieval était venu cerner la ]>ourse du Travail, durant que le commissaire de police pénétrait dans le sanctuaire. Il y avait évidcmiment du nouveau. Les excitations des révolutionnaires avaient enfin réveillé la justice qui, comme toujours, avait dormi, depuis deux ans, du plus profond sommeil.

Au cours de la période si troublée que nous venons de suivre jour par jour, les occasions d'intervenir judiciairement n'avaient pourtant pas manqué.

Après avoir excité les soldats à rindisci])line, poussé les malheureux travailleurs dans la voie du sabotage et d(^ l'emjmisonnement systématique des ])ourg(M)is, on était allé ])lns loin.

Les mesures d'ordre étant très rigoureuses, les révolutionna ii*(^s ne ])()iivant euA'ahir les chantiers et les at(»liers ])()ur débaucher les ouvriers par la force, <lcs menaces individnc^lles fnr(Mit adressées aux ])a-

trons qui ne voulaient pas plier devant rultimatum (le la Bourse du Travail, aux ouvriers qui ne voulaient pas abandonner Toutil.

Dautre part, des actes de sabotage de pain avaient été signalés aux autorités.

La chancellerie, mise au courant de tous ces faits, crut qu'elle ne pouvait plus rester inactivp.

Elle informa le procureur général à Rennes d'avoir à suivre de près le mouvement révolutionnaire de Brest et de réprimer tous les actes contraires aux lois.

Dans la nuit du 3 au 4 mai, des instructions arrivèrent au parquet de Brest.

M. Denier, procureur de la République, saisit M. Leray, juge d'instruction, des faits délictueux reprochés à un certain nombre de révolutionnaires.

Le juge d'instruction lança immédiatement sept mandats d'amener contre :

CONCHES (Jules-Marie), JiO ans, se disant préparateur de pharmacie à la Bourse du Travail de Paris ^ né à Nérac, détaché à Brest par la Confédération générale du travail ;

ROTTLLiER (Jules), 32 ans, né à Saint-Mars {Sarthe), demeurant rue Kérivin, à Brest, secrétaire général de la Bourse du Travail de Brest ;

Le Tréhuidic (Jean-]\[arie)^ //5 ans, né à Douarnenez, ancien adjoint au maire, secrétaire du syndicat du bâtiment, concierge de la Bourse du Travail ;

De:meule (Henri), né en 1862, demeurant rue Saint-Malo, ouvrier au port, V orateur anarchiste bien connu des réunions publiques ;

Beauperin (Louis), J/2 ans, demeurant JjS, Grand'- Rue, afficheur de la Bourse du Travail ;

BiHAN (Faoïi), menuisier, qui, le i®"" mai^ mit un revolver sous le nez cVun officier de hussards, et qui se cachait depuis :

Cessou, V ébéniste que Von vit pérorer dans toutes les réunions en poussant à Vaction directe.

Lorsque la nouvelle fut connue en ville de cet acte (l'énergie, une joie profonde s'empara de la population. On ne pavoisa pas, mais ce fut tout juste.

A quatre heures de l'après-midi, les perquisitions étant terminées à l'intérieur de la Bourse du Travail, les sept individus arrêtés furent conduits à la prison du Bouguen sous bonne escorte d'agents de police et de gendarmes, pendant que le colonel d'infanterie coloniale Beaujeux recevait Fordre d'occuper militairement le local désormais assaini où, depuis deux nus, se fomentaient les complots contre la société, contre le patronat, contre Tarmée, contre le bourgeois, contre le gouvernement, — contre tout le monde.

Le soir, les socialistes esquissèrent une sorte de meeting de protestation, mais les menaces proférées ne franchirent pas l'enceinte murée du hall de la Brestoise, que la municipalité s'était empressée de mettre à la disposition des gréviculteurs comme Bourse du Travail provisoire.

Le 5 mai, les organisateurs de meetings étaient obligés de constater que personne ne venait plus h leur appel. L'ère des agitations grévistes était terminée. Elle ne s'est jamais rouverte depuis. Donc, la fermeture de la Bourse du Travail avait été un acte vraiment méritoire et ce sera Téternel honneur de ISl. Oollignon, préfet du Finistère, et de iNf. Tourel, souslu'éfet de lîrest, d'en avoir assuré l'exécution.

Après deux ans et plus d'agitation révolution-

naire, après doux ans do rniiios accumulées par la faute des uiêmes, après deux ans d'outrages sanglants adressés à l'armée, à la République, au préfet, aux ministres, — le gouvernement s'était décidé à colïrer les tristes individus que la municipalité avait complaisamment logés dans un immeuble de la ville ; le gouvc^rnement s'était aussi décidé à occuper militaiiement cet antre d'anarchie et de i)ropagande par le fait, qui s'appelle la Bourse du Travail !

Il y avait mis le temps, le gouvernement I

Cette opération chirurgicale eût gagné à être entreprise plus tôt.

Les mesures de défense sociale n'auraient pas dû en rester là. L'œuvre d'épuration n'eût été complète que si la municipalité, du numu^ coup, avait été dissoute. Les motifs ne manquaient pas à qui eût eu ](^ courage de frapper.

Dix fois déjà, la municipalité et le conseil municipal avaient été pris en flagrant délit d'illégalité et de mauvaise administration ; dix fois, les municipaux étaient entrés en conflit violent avec l'administration supérieure, et nous avons vu le préfet du Finistère menacer publiciuement l'adjoint Yibert de le faire colïrer.

C'est la municipalité qui avait fondé la Bourse du Travail. La respcmsabilité de la création d'un pareil foy(^r d'agitation révolutionnaire^ remonte tout droit au maire, aux adjoints et aux conseillers munici- ]mux. La dissolution de cette assemblée révolutionnaire cnit été la suite logi<iue de l'acte énergique du 4 mai 1006.

Comment le gouvernement a-t-il ])u tolérer que la vilh^ de Brest fût dépourvue pendant deux ans d'une

compaguie de pompiers régulièrement constituée et régulièrement parée ?

Comment a-t-il pu supporter que les contribuables fussent obligés de paver des émoluments aux grévi- /•ulteurs de la Bourse du Travail ?

Comment le gouvernement n'a-t-il pas compris qu'en autorisant certains ouvriers de l'arsenal à injurier continuellement leurs chefs, il manquait à tous ses devoirs ?

Comment, enfin, lui a-t-il fallu deiix ans de continuel scandale et de continuelle provocation pour se décider à sé^ir ?

La réponse à toutes ces questions nous fut fournie le 1^' juillet suivant, lorsque M. Clemenceau, par une double mesure injustifiable, par un caprice, frap])a de disgrâce le préfet du Finistère et le sous-préfet de lîrest.

Ces deux fonctionnaires éminents, intrépid(^s, furent victimes de leur dévouement à la Iiéi)ubli<|ue. Nous leur consacrerons dans une autre partie de cet ouM-age les ])ages ()ui leur sont du(*s.

Le 1^'' juillet, M. Collignon et M. Tourel étaient mis en disponibilité. Le 3 juillet, les portes de la prison du lîouguen s'ouvraient et les agitateurs de la Bourse du Travail étaient remis en liberté. Leur nombre s'était accru dei)uis le 4 mai. Huit autres individus avaient été incarcérés sur nuindat d'arrêt dii juge d'instruction Lerav. Ainsi, ai)rès deux mois de ])rison préventive, la clef des (•liaui])s était délivrée à cc^s (]uinze inculpés cpii, du rest(\ ne fureni jamais traduits devant aucun tribunal, el (*ette libération soïfectuait à l'iieure même (m'i les sauveitrs de l'ordre (ju'étaient le préfet el le S()us-])rêfet de lîresi éljiieiu disiiraciés.

Or, une simple remarque s'impose : ou les gréviculteurs étaient coupables de quelque délit, et il fallait les poursuivre, soit devant la juridiction correctionnelle, soit devant la cour d'assises ; ou ils étaient innocents, et M. Clemenceau, pour combler la mesure de bonté, eût dû leur distribuer de sérieux dédommagements. Nous avons suffisamment établi, par la reproduction même de leurs discours, leur entière culpabilité, et l'ordonnance du juge d'instruction Leray l'authentifia surabondamment. Nous laissons au lecteur le soin de conclure.

Mais, malgré M. Clemenceau, la Bourse du Travail avait bien reçu le coup de la mort des mains de MM. Collignon et Tourel.

Aux approches du 14 juillet 1907, son comité essaya de bluffer en répandant par la ville des placards antimilitaristes et révolutionnaires où les citoyens étaient conviés à organiser une manifestation nocturne à l'occasion de la retraite aux flambeaux du 13 et à se munir de sifflets pour la revue du lendemain.

L'effet de cette proclamation in extremis ne se fit pas attendre. Le successeur de M. Tourel à la souspréfecture de Brest, M. Fontanès, enjoignit au maire de prendre un arrêté supprimant la retraite et interdisant toutes les réunions publiques annoncées pour le 14 juillet. Afin d'assurer l'exécution la plus stricte de cet arrêté, une compagnie d'infanterie fut envoyée à l'intérieur de la Bourse du Travail qui, encore une fois, fut occupée militairement !

Il n'était pas banal de voir ainsi, à un an de distance, et presque jour pour jour, M. Clemenceau ordonner au représentant de son gouvernement de prendre des mesures identiques à celles qui avaient

déterminé le même ministre à frapper iniquement le prédécesseur de M. Fontanès î

1/ incohérence de M. Clemenceau n'est peut-être jamais apparue plus clairement que dans les inci- (l(^nts brestois des années 1900 et 1907. Xous mettons au défi tel devineur de rébus, si malin qu'il puisse être, de nous expliquer i)ourquoi ^I. Tourel, souspréfet de Brest, fut disgracié le 2 juillet 1906, alors ([u'il avait exécuté les mêmes ordrn^s que ceux donnés le 13 juillet 1907 à son successeur, ^I. Fontanès, dans les mêmes circonstances et contre les mêmes perturbateurs.

Xous avons terminé l'histoire de la Bourse du TraA'ail de ]>rest. Cet établissement existe toujours à l'état d'institution municipale, — mais il n'est guère» j)lus fréquenté que par quelques rares « militants )). Le jour est prochain, nous l'espérons, où il s(M'a fermé et où il ne restera i:>lus que le souvenir de sa malfaisance.

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