‹ Une ville sous le régime collectivisteChapitre 19 sur 32 · TABLEAU DE LA GRÈVE LE MERCREDI 15 NOVEMBRE · texte numérisé non relu

TABLEAU DE LA GRÈVE LE MERCREDI 15 NOVEMBRE

Cherbourg. — Effectif totaL 4.000 ; nombre de grévistes : eliiff'res officiels, 350 ; chiffres de la I>ourse du Travail, 1.100. — Nombre d'entrées : chiffres officiels, 3.644 ; chiffres de la Bourse du Travail, ))».

Brest. — Effectif total : 4.995 ; nombre de grévistes : chiffres officiels, 900 ; chiffres de la Bourse du Travail, 3.000. — Nombre d'entrées : chiffres officiels, 4.035 ; chiffres de la Bourse du Travail, 1.995.

Lorient. — Effectif total, 4.603 ; nombre de grévistes : chiffres officiels, 2.624 ; chiffres de la Bourse du Travail, 3.100. — Nombre d'entrées : chiffres officiels, 3.979 ; chiffres de la Bourse du Travail, 400.

Rochefort. — Effectif total, 2.600 ; nombr(^ de grévistes : chiffres officiels, 1.764 ; chiffres de la Bourse du Travail, 2.600. — Nombre d'entrées : chiffres officiels, 836 ; chiffres de la Bourse du Travail, 250.

Toulon. — Effectif total, 6.500 ; nombre de grévistes : chiffres officiels, 5.900 ; chift'res de la Bourse du Travail, 6.880. — Nombre d'entrées : cliiffres officiels, 600 ; chiff'res de la Bourse du Travail, 120.

hidret. — EffcnHif total, 1.180 ; nombre de grévistes : chiff'res officiels, 81 ; chift'res de la Bourse du Travail, 1.100. — Nombre d'entrées : chiffres officiels, 1.699 ; cliiffres de In l»oiirse dn TrnAail,

— i>Ol> —

Guéri(/nj/. — Effectif total, 783 ; nombre de gré- A'istes : cliilfres officiels, .319 ; chiffres de la Bourse (lu Travail, 1.200. — Nombre d'entrées : chiffres officiels, 4()4 ; chiffres de la Bourse du Travail, 200.

RiirJJc. — Pas de grévistes.

En somme, si la situation était très sérieuse, elle n'était heureusement pas aussi grave que le disaient h^s meneurs de la C. G. T. et leurs amis des Bourses de Travail.

Afin de répondre, sans doute, à l'argument fantaisiste (1(^ l'adjoint Vibert, reproduit plus haut, le vice-amiral Péphau avait mis la question au point dans un ordre ({ui avait été affiché aux portes des différents ateliers :

I*ai* ordre (Jii iiiiiiisti'e do la .>farine.

\.v A k'c-aniiral coiiiiiiaiidaiit en chef. i)réfet maritime.

llappelle aux ouvriers de l'arsenal la eireulaire minislérielle du 14 courant, les prévenant que les j»révistes seront considérés comme ayant rompu eux-mêmes le contrat qui les lie à l'Etat, qu'ils seront rayés des contrôles et perdront tous leurs droits à être réadmis.

Par mesure d'extrême bieiiAeilIance. il attendra jusqu'à demain matin 16 novembre pour relever les noms de ceux qui n'auront pas i*epris le travail.

Sioné : PEPHAU.

Les grévistes, cette fois, comprirent ce qui les attendait. Ils sentaient bien, du reste, que l'opinion n'était ])as, n'avait jamais été avec eux. Leur député, M. Isnard, devenait subitement un adversaire forcené des gréviculteurs :

« Sur (i.OOO ouvriers du port de Bresl. il y aura 500 grévistes. »

Il y a (juinzo jours que je Y\\\ dif nu président du eonseil, écrivait-il.

L'événement m'a donné dix fois rais(jn.

J'njoute que, sur ces 500 grévistes, il y en a i50 qui n'avaient iiullc envie de faire grève et qui reprendront leur triivaii demain.

— Ml —

Il faut que l'on sache que. depuis deux années, non seulement dans le Syndicat du port, mais aussi dans ceux des ouvriers civils, l'élément anarchiste s'est intronisé et qu'à force d'audace une minorité de citoyens, dits «< d'action directe », fortement appuyée par la Bourse du Travail et la Confédération générale, a pu dicter ses lois, apporter un trouble profond dans l'organisation sociale des syndicats, les détourner de leur but professionnel et en faire des foyers de révolte contr,^ les pouvoirs publics.

De là. les provocntions. los réunions publiques à jet continu et le désordre.

De là, le malnise (jui pèse sur notre grande cité et qui a déjà causé bien des ruines.

C'est assez î

Je dois prendre mes responsabilités.

Oui, cela doit fmir î

Ce qui est fini, c'est raiicien député de Brest.

(V qui n'est pas encore fini, mais finira le jonr où la marine sera commandée, c'est l'agitation révolutionnaire dans les arsenaux et, en particulier, dans celui de Brest.

Certes, la grève de 1905 échoua, au bout de trois jours, comme avait éclioué cellc^ de 1904. Obéissant à l'ordre d(^ l'amiral Péphau, les grévistes, (Jui avaient commis la lourde faute d'écouter l'excitateur A^ibert et l(^s orateurs de la C G. T., reprenaient, le 1() au matin, le travail, qu'ils n'auraient jamais dû abandonner — parce qu'ils n'en avaient pas le droit. ^Fais il faut noter ceci : le ministre de la Clarines en dépit de ses communiqués d'api)arence énc^*gi(|ue, man(iua absolument de résolution et d'i^sprit gouvernemental. En présence d'une givve générale, (jui ])oiivait être à certains égards assimilée à une désertion, il eût dû exigea' la innitrée sur Tlieun» de tous les révoltés, et ["(exiger sans aucune i)romesse, même» la ])lus vagu(\ lîien que non militarisés, les ouvriers des ai'senanx sont des -ouvriers-

soldats. Il est inadmissible qu'ils puissent, à un moment donné, jeter bas l'outil et interrompre l'œuvre de préparation de la défense nationale. Or, M. Thomson accepta, avant la rentrée des grévistes à Tatelier, des conciliabules avec les délégués des ports. Il fit entrevoir qu'il était disposé à l'indulgence. C'était pousser trop loin la bonté.

Cette deuxième alerte eut, d'ailleurs, son dénouement devant la Chambre, où un débat très vif s'engagea le vendredi 17 novembre. Interpellé par MM. Allard et Ferrero, M. Thomson réédita et développa fort éloquemment les termes de sa circulaire aux ouvriers :

Les ouvriers peuvent-ils aller proférer des injures contre rautorité, jusque sous les fenêtres d'un amiral? s'écria-t-il sur un ton d'indignation sincère.

Dans une circulaire récente du ministre de la Marin?, le droit disciplinaire des préfets maritimes est défini :

« En principe, il ne doit pas s'exercer en delioi's de l'arsenal ; en ce cas, l'autorité militaire ne doit intervenir qu'après le jugement des tribunaux civils. Le droit disciplinaire est reconnu exceptionnellement au préfet maritime, lorsque celui-ci juge sa responsabilité engagée. »

Dernièrement, à Brest, des paroles injurieuses, des outrages ridicules et odieux ont été proférés contre les autorités marilimes par des ouvriers des arsenaux. Le syndicat reconnut que cela était exact.

Il avait déclaré précédemmeni, aux membres de la commission extrajparlementaire, qua lorsque l'ouvrier a donné ses huit heures à l'Etat, il est libre de ses actes et de ses paroles. La commission protesta. {Très bien! très bien!)

Voilà quel était l'état d'esprit à Brest.

C'est dans ces conditions que l'ouvrier Pengam fit ime conférence antimilitariste. Le préfet maritime, l'amiral Pépliau, a jugé que la présence de Pengam à l'arsenal offrait des dangers, et il l'a exclu pour un mois.

Les orateurs de la Bourse du travail ont proféré des outrages. grossiers contre les autorités maritimes. Jamais ils n'ont adresséj un démenti aux journaux qui les ont reproduits.

M. Thomson apprit à la Chambre l'existence cVune Fédération qui, de Toulon, où elle siège, peut, d'un moment à l'autre, lancer un ordre et suspendre instantanément les travaux de la défeuvse nationale.

Après une intervention de M. Rouvier, président du conseil, qui dénia le droit de grève aux ouvriers des arsenaux, la Chambre approuva les déclarations du gouvernement h la majorité formidable de 455 voix contre 80.

Au cours de cette mémorable séance, M. Camille Pelletan lui-même désavoua catégoriquement ses amis du Syndicat rouge — ceux qui, en 1903, le portaient en triomphe dans la gare de Brest...

Au mois de septembre 1906, M. Thomson, étant venu il Brest, reçut une délégation de ce syndicat — preuve qu'il vivait encore, le syndicat I et qu'il n'entendait pas du tout mourir. La scène se passait le jeudi 20. Bourré de bonnes intentions à l'égard des ouvriers de l'arsenal, le ministre accueillit donc, à la préfecture maritime, les délégués du Syndicat l'ouge. Le secrétaire général, le citoyen Muller, le ])rit tout de suite de très haut avec M. Thomson. En présence de M. Louis, directeur des constructions navales, il soutint chaudement, a])puyé par tous les camarades présents, le droit pour l'ouvrier de faire entendre toutes ses revendications à n'im- ])orte qui et dans les termes les ]dus catégoriques.

— Les ouvriers des arsenaux sont nbsolunuMit surmenés I s'écria le citoyen ]\[ull(*r.

— Surmenés ? ne put s'empêcher d(^ protester le uiiiiisti'e, et vous n(^ faites (^ue huij luMires de

piéseiirc ! Alors (pie nous avons chez nous des ouvriers aussi bons qu'à Tétran^iïer, nous voyons ce spectacle (ju'eii France nos constructions neuves (IcMuandent \u\ T(^nips beaucoup plus long. Je répète que vous ai)partenez à un des arsenaux où l'on travaille le ])lus. En admettant que vous travailliez aux pièces, vous conviendrez (|ue le surinenage dont vous parliez tout à l'heure ne peut exister avec la journée de huit heures. Si vous arriviez à vous faire des journées de six et sept francs, ce serait intéressant. Quand on a mis en pratique le traA^ail à la tâche, on a mal fait, parce que l'on a partagé la surproduction entre l'ouvrier et l'Etat. Il faudrait laisser le surplus à l'ouvrier, l'Etat gagnant j)ar la rapidité de la production.

^f. Mullrr. — Si l'augmentation du salaire provient du surmenage, nous aA'ons tout à perdre au changement.

Dans l'industrie ])rivée, les ouvriers travaillent comme de vérital)les brutes pour faire gagner aux patrons des vingt et trente mille francs.

Un délégué. — Ne craignez-vous pas les abus avec le travail à la tâche ou aux pièces ?

Est-ce qu'un travail ne sera pas accepté par un surveillant lorsqu'il sera bien avec un ouvi'ier et refusé lorsqu'il en voudra à un autre ?

M . 71i(jtns()if. — Les alnis sont à craindre avec le système actuel. A^ous vous en plaignez, d'ailleurs.

.)/. Mu Ile}'. — Nous préférons A-oir h^ salaire augmenter .s(tnH •surproduction,

M. Thomson, qui paraît très énervé de voir toutes ses pro])ositions repoussées avec obstination, tire un téh'^gramme de sa ])oche et lit :

Le camarade Ijcvy, employé de commerce, délégué de la Coiilédératioii j^éiiérale du travail, vous dira {îour qui ou nous vole, pour qui ou nous tue, à qiu)i servent les casernes et les assassinats : couniieut nous empêclierons les boucheries humaines.

Depuis plusieurs jours, s'étalaient sur les murs (le lîrest des affiches de la Bourse du Travail, conviant les ouvriers du port à une t»rande réunion antimilitariste.

i^e télégramme lu par M. Tliomson était un extrait de cette affiche, émanant pour une bonne part du Syndicat rouge du port.

J/. Thomson (continuant). — Croyez-vous (pie, lorsfiu'on est attaché à la défense nationale, il y ait intérêt à réi)andre ces idées ?

Un délégué. — Il n'est pas interdit de défcMidre ses idées.

M. llioin.son. — Croyez-vous (jue vous êtes attachés à une (ïMivre de boucherie I (Jue faites- vous (piand A'ous construisez des bâtiments ?

Un délégué. — Nous travaillons pour notre alimentation (sic).

.][. Tlioinson. — A'ous êtes attachés à \uu' (euvre (h' (k'^'ense nationale. C'est votre honneur. (}uand on a riionneur (h» travailler à hi (h'^fcMise d'un ])ays, il faut se ])énétrer de la graiKhMii* de sa tâche.

M. Miil/cr. — Tous h's meud)res du rarhMiieul ne c()m])rennent i)as la (hM'ense uationale de hx nwme façon. 11 y eu a <|ui ne se gênent i>as ])our ((uubattre ce (|ue nous j)i*oposez.

M. Thomson. — (^ue l'on prolesic contre (h's guerres (h» coiupiêle, nous sommes d'accord. (Ju'uue (euvre de (h'^fense nationale soit ])rés(Mit(''e couiuic uu assassinai, ce n'est j^is admissible.

Je vous dis (jue vous, ouvriers, comme moi, ministre, uous sommes attachés à une œuvre de défense nationale et que votre mérite^ c'est celui-là.

Un délégué. — Un cheval qui n'a pas d'avoine ne marche pas très bien.

M. Thomson . — Vous avez raison. C'est pour- (|uoi, tout en vous laissant la responsabilité de votre comparaison peu respectueuse, je vous demande de m'aider à augmenter votre avoine.

Le dialogue prenait une tournure très vive. Le ministre congédia poliment ses ouvriers et, pour leur témoigner son mécontentement... accorda un jour de congé payé à tout le personnel. Bon père de famille, M. Thomson (1), — mais pas cfief du tout. Evidemment, il ne s'attendait pas à pareille réception. On lui avait tant dit sur tous les tons ((ue la presse réactionnaire et bourgeoise exagérait les choses, — on lui avait tant répété que de vulgaires plumitifs, à court de copie, étaient, seuls, instigateurs des mouvements révolutionnaires qui agitèrent Brest et l'arsenal et que, sans ces coupables inventeurs de fausses nouvelles, jamais il iK^ se fût ])roduit ni grève, ni émeute, ni rien qui ressemble à un Iroubki (j[uelconque !

Et maintenant, si l'on ne brise plus les vitres, on ne continue pas moins à comploter contre la patrie, \ derrière les volets clos. Le mode d'action adopté désormais ])ar les socialistes est moins tumultucHix, mais il n"(^st ])as moins dangercMix [)()ur la chose i)Ublique, au contraire.

(1). Au mois d'avi'il 1907, M. Tlioiiisun clôfidail (ju'il y avait lieu de payer intégralement au citoyen Mulbr, comme s'il les avait passées à l'arsenal, les dix journées que cet ouvrier avait consacrées au congres des Associations des ports, à Paris.

L'état d'esprit est le même, — s'il n'est pire.

Allez doue parler de la Patrie, de la Eépublique, le Tarmée, du devoir des citoyeus devant l'invasion, à des gens qui vous tiennent un langage couine celui du citoyen Muller !

Ahuri, on l'eût été à moins, M. Thomson avait saisi le prétexte de la conférence antimilitariste innoncée pour le soir même, et il s'était élevé en termes énergiques contre toute participation des )uvriers de l'Etat à la propagande organisée en France par le citoyen Lévy, avec l'aide de la Confédération et de toutes les Bourses du Travail.

Cette propagande, on en connaît le but : détourner de l'accomplissement du devoii* militaire tous ?eux que la loi appelle sous les drapeaux, englober lans le mouvement les femmes elles-mêmes, épouses, mères, sœurs ou hancées, de façon à agir i)lus efficacement sur l'esprit des soldats. Et le citoyen Lévy ex])liquait, le soir même, à ses auditeurs (( pour qui on nous vole, pour qui ou nous tue, à IHoi serrent les easernes et les assassinats, eoni- )nent nous enipêeherons les houeheries humaines ».

l>ien vainement, ^1. Thomson avait (enté de faire •omprendre à m(\ssieurs les dék^gués du t^yndicat *()uge ce que pareille campagne avait d'oditnix, alors |ue, (juoi (ju'c^n disent les sycoi)liantes de i'interna- ;ionalisnie, la l'^rancc, entourée (rcnncniis avides 3t voraces, csl Iji senh' nation où l'internationalisnic tlenrissc si vigoureusement, — alors (jne, 1(* tons côtés, malgré les assni'ances ])jiciti(|n('s les )lns éIo(|uentes, les armements se continuent, s*ac- 'l'oissent, se dévelop])(Mit à l'infini (^f transformiMit, ion ])lns scnlemcnl riMiropc, mais le monih' cnlicr

vu un vaste caïui), où retentit sans cesse le cliquetis (les armes I

l*eiue perdue.

MM. les délégués souriaient aimablement, et l'un d'eux répétait sans cesse, d'un ton narquois :

— Nous n'avons pas assez d'avoine^ î (^uand un clieA'al n'a pas son picotin complet, il ne marche pas.

Eh bien ! puisqu'il s'agit d'avoine, c'est-à-dire de ])itance, ce qu'il faut dire, ce ({u'il faut crier sur tous les toits, ce qu'il importe de répéter sans cesse à ces pauvres égarés, c'est (^ue si le picotin (jue leur sert la Képublique leur semble insuffisant, celui (jui hnir serait offert demain, i)ar le tyran victorieux, par l'envahisseur de nos frontières, serait (^ncore bien plus maigre, bien plus réduit.

(\î ne s(^rait même idus de l'avoine, ce serait du foin ou de la jj^iiHe que l'étranger vainqueur et maître de la Francci dégénérée, i)ourrie, décomposée par le socialisme révolutionnaire et internationaliste, donnerait à manger aux esclaves qui, n'ayant l)as voulu se battre pour défendre leur pays, seraient traités comme des bêtes de somme.

Voilà ce que M. Thomson pense, et ce ([ue nous, pensons aussi. Et c'est pourquoi l'attitude de! messieurs les délégués du l^yndicat rouge a i)roduiti sur tout le monde une déplorable impression.

Api)réciant cette entrevue, le Temps publiait ui tvrtich^ véhément contre l'incroyable attitude^ de^ iléléiiués du svndicat :

Le iiiinisre de la Marine, écœuré à i)on droit, a essayé de lei faire comprendre l'absurdité et l'indignilé de leur coiiduilo. Il n'j a pas réussi.

Les délégués du syndicat lui ont répliqué froidement que criacun avait le dro't de défendre son opinion.

Pour ce qui est de défendre la patrie, ce n'est pas sur eux qu'il faut compter.

En vérité, une pareille situaiiun est-elle tolérable ? La Chambre la tolérera-t-elle plus longtemps ? Se décidcra-t-elle entin à prendre les mesures nécessaires à la sécurité nationale ?

Et depuis — comme le disait M. Charles Dupiiy — la séance continue.

Tout récemment, le 16 mars 1907, le S^-ndicat du port organisait un meeting inniv protester contre une punition inHigée à vingt-deux ouvriers de la direction d'artillerie.

L'api)el affiché à cette occasion se terminait comme suit :

Fût-on c-olonol d'artillerie, vice-amiral ou ministre on n'a pas le droit de fouler aux i)ieds les règles les plus élémentaires de la justice.

Les ouvriers de toutes les directions de l'arsenal ont A cœur de montrer que s'il existe entre la classe galonnarde et le jwuvoir bourgeois des liens de solidarité intime, il existe aussi chez eux des moyens de proi)agande et d'agitation à outrance dont ils n'hésiteront pas à se servir.

La solidarité ouvrière, assise sur le bon sens et la raison, inspirera i)lus de conliance au peuple juge que la solidarité bourgeoise, qui ne peut être licelée que par des liens pourris.

Vive la solidarité ouvrière! A bas les conspirations bourgeoises !

liCS consi)irateurs se nomment :

lîAUDlX (Louis-Léonce), lieutenant-colonel d'artillerie.

PEPHAU (Jacques-Théophile), préfet du 2*" arrondissement maritime.

THOMSOX (Gaston), ministre démocrate de la Marine.

I/amiral l'éphau n'iiésita pas à riposter par l'ordre suivant, communi(|ué à tout le ])ersonnel de l'arsenal :

— l>ll> —

Brest, le 1(3 mars 1907.

Le vice-amiral commandant en chef, préfet maritime,

Vu raflichc injurieuse pour les autorités maritimes, apposée sur les murs de Brest par le Syndicat des travailleurs l'éunis.

Décide :

A partir de la réception du présent ordre, toutes relations, soit écrites, soit verbales, seront rompues entre les diverses autorités maritimes du 2" arrondissement et le L'onseil d'administration dudit syndicat.

PÉPHAU.

Quel(jués jours après, le 21 mars, le syndicat, qui ne perd jamais une occasion d'injurier Tautorité maritime, ])renait texte de la catastrophe de Vléna \)i)\\v publier un nouveau papier — celui-là tout siml^lement odieux :

Lr riinsc'if, d'atJinhùstraCion du Si/ndicat de Varsenal, réuni en iissciublce de bureau le W mars 1007, proteste eontre la dernière rircukiire adressée au port de Brest par le minisire de la Marine.

}[. T/wmson. dans cette circulaire, invile les ouvriers de Varsrn(d à souscrire pour les fainilles des victimes de rivnn, et. pour les ohlâger à verser leur obole, fait faire celte souscription au\ guichet de paie par les chefs-ouvriers payeurs, sous le contrôle des surveillants des compagnies.

De tels procédés sont d'une basse mesquinerie. La marine a le devoir de venir en aide aux familles de ses victimes, mais si les siv millions d'économies qu\i faits le mi-\ nistre sur le budget de l!)06 ne peuvent suffire pour les dédommager, le déficit ne saurait cire comblé par les prolétaires des (irsciKiii.r. qui déclinent toute responsabilité dans les assassinats capdaHstiques. (t-iic.)

AssimiJei* TaflTcnix accident de V/riid à un assassinat (( ca])italisti(iue », c'était bien, n'est-ce pas? la réédition de la théorie sur l(»s (( boucheries humaini^s )) (|ue ](\s déU\i»ués avaient reveudi(]uée (h'vant 3f. Thomson.

L'amiral Tépliau tut plusieurs lois cous[)ué, tout

:!omme sou prédécesseur Mallaruié. Aussi, au mois l'août suivant (1907), découragé, comprenant qu'il ui était impossible d'enrayer le mouvement révoutionnaire et antimilitariste, parce que mal ou insuffisamment soutenu par son ministre, le x^i'éfet lemanda-t-il sa mise à la retraite anticipée.

Nous croyons avoir mis sous les yeux du lecteur es éléments essentiels d'appréciation en ce qui con- •erne la situation morale des arsenaux, et notamment de celui de Brest. Il n'entre pas dans le ca- Llre de cet ouvrage d'exposer les conséquences de 'indiscipline et de l'insubordination au point de rue de la production matérielle. Des spécialistes )nt mis les choses au point à cet égard. Voici, par 'xemple, relativement au prix de revient, quelques •liilf res extraits du rapport du comité d'examen les comptes des travaux de la marine et reproduits la us le cours d'administration à l'école supérieure [le la Clarine (année 1003), tome 2, page 110 :

Pour poindre un canot Berthon (petit canot en loile jour toi'pilleuc) : 73 fr. 92 de main-d'œuvre.

Pour réparer une baleinière do 8 ni. 50 : 208 journées le travail s'éhîvant à 060 fr. 00 et 350 fr. 51 de mainrijL'Uvre, soit 1.010 fr. 07, non compris les dépenses indivises (ces dépenses s'élèvent en moyenne au tiers du inonauL des ]'«'parations'. Le i)rix api)i'oxinial il" d"une balrilière' neuve est d'environ 800 fr.

Pour répar<M' une plat<' (petite (Mubaical ion sans cjuille^ : )5 journ«H\s de travail, soit 220 fr. 89, non compris les déjenses indivises. Le prix d'une jjlate est d'environ 250 fi'.

Pour i'éi)arei' trois ])lianls. il a l'tr (Muployt» 23 journées, ^(^it (»0 IV. 27, non ('(tiniii'is les (if'pciises indivises.

Poui' iM'pai'ci' une lance en cuivi-e et un fanal de compas lu J)u(j(uif/-Tr(>uiit, il a été emi)loy(' 352 journées. La dépense totale, non compris les dépenses * indivises, s'est '^Uîvée h 1.022 \'v. 39. Le i)rix d'un fanal de compas neuf l'sl (!(> 12 \'i-. el celui d'une lance 9 fr. 50. Total. 21 IV. 50

L'iuspecteur ,i;éuéral de l"' classe^ M. Grasset, coustatait, eu juin 11)07, dans l'arsenal de Toulon, « (ine les ouvriers repirdent leurs niaeliines (jui tournent sans matière à ouvrer, que les A'oies et les tcu-re-pleins sont remj)lis d'oisifs qui s'éparpillent à la vue des eontrôknirs, et que la surveillance paraît à peu près nulle. »

A Brest, le même insp(H'teur a remarqué un peu plus d'activité (1), mais si l'on veut arriver à un rendement utile, il fatidra nécessaireuient rétablir l'esprit de discipline et ensei<>ner le respect du galon.

L'anarchie, quand elle n'est pas vigoureuseuient matée, fait de rapides ravages. A lîrest, on a vu, au cours de l'année 1907, cette chose énorme, invraisemblable, d'tine révolte à l'établissement des pul)illes de la marine I Ces enfants, élevés aux frais de| l'Etat, avaient apporté de chez eux des germes d'insubordination. Ils se mtitinèrent, insultèrent leurs chefs et letirs surveillants. Il fallut sévir et en licencier dix-huit.

Sur le bras d'un futur matelot âgé de douze ans, le médecin découvrit avec stupeur un tatouage ainsi conçju :

3Iort aux vaches ! A bas les galonnés !

Ce gamin avait dû être élevé par quelque membre du Syndicat rouge du port de guerre, — et il commençait un peu tôt sa carrière révolutionnaire.

Nous le répétons, et ce sera la conclusion de ce

(1) Le 28 août 1907. M. Luuis, direcleur des constructions navales à Brest, félicitait dans une note ofticielle le personnel ouvrier employé à la construction de VEclgar Quinet.

lont>' chapitre, il est temps de réagir contre la propaj>'ande révolutionnaire et antimilitariste entretenue dans les arsenaux par les Bourses du Travail. Un peu de résolution et quelque esprit de suite dans le commandement suffiront à cette besogne salutaire, parce que le mal n'est pas encore assez généralisé pour être incurable.

Il suffira d'amputer les membres gangrenés. T'est afPnire de chirurgie ministérielle.

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