EXTRAIT DU REGISTRE DES DELIBERATIONS
Séance (lu. jpudi x'7 juillet 100'*
L;i S('ance est (luvcrlc à deux heures, sous l;i pr(''si(lrnce d(! M. Marlilh', présidciil.
Etiii(Mit présciils : M.NJ. Lr IMvaiii. Dcshiiyrs. Mi-intiias. (loah'laiil, Pouché, Huaii. Nicul. !>(> Dt'ponsifM', Lullicn.
M. Ui président s'exprime en ces termes :
(< Messieurs.
" Vous av(V- (oiis j)rés(Mits à l;i nuMUnire les ('ViMienKMds malheiu'eux dont l;i ville de Brest a ('lé' L> théâtre. L'industrie et le comm(»rce ont été particulièrement touchés par les grèves nombreuses qui se sont succédé pendant plusieurs mois. Tiràce à l'énergie, au sang-froid de notre sous-préfet et aux mesures de sécurité qu'il a su prendre en temps opportun, de grands malheurs ont été certainement évités. Je pense que le moment est venu de lémoigner à M. Tourel toute la gratitude du commerce et de l'industrie de l'ai'roiidissenKMit. dont nous sonunes lt>s rt>présentants; en consiMpienci». Je soumets à votre appréciation la délibération suivante :
IG
« La cliumbrc do conimerce de Brest, reconnaissanlc, saisi I
« avec empressement Toccasion qui lui est offerte pour féliciter
« M. Tourel de la dislinclion dont le gouvernement de la Répu-
« blique vient de Ttionorer en le nommant chevalier de la Légion
<« d'honneur, juste récompense des nombreux services qu'il a
« rendus à la région, et lui adresse en même temps l'expression
« de sa vive sympathie. »
Cette délibéralion est approuvée à runoiiimiié et la citambie charge son président de la transmettre à M. le sous-préfet d(> Brest
Pour extrait conforme :
Le pré skient, Mahfille.
Puis, ce fut le tour de M. Eolland, président du tribunal de commerce, qui donna lecture du deuxième document :
ErVtrait du registre des délibérations du tribunal de commerce de terre et de mer, séant à Brest, département du Finistère, du vingt-huit juillet mil neuf cent cinq,
Les membres du Iribiuial de connnerce de terre et de mer de l'arrondissement de Brest se sont l'éunis dans la chambre du (Sonseil, en réunion extraordinaire, le 28 juillet 1905, à deux heures d ] l'après-midi.
Etaient présrnis : MM. Alexis Rolland, i)résident ; Ernest HoUey, juge ; Eugène Berréhar, juge ; Auguste Salaûn, juge ; Pierre Grouan, juge ; Jean Corrigou, juge suppléant ; Charles Bastit, juge suppléant.
La séance déclarée ouverte, le président prononce l'allocution suivante :
« Messieurs.
« J'ai cru de mon devoir de vous réunir, aujourdliui, pour vous faire savoir que le gouvernement de la République vient de nommer M. Tourel, sous-préfet de Brest, chevalier de la Légion d'honneur, et que l'Union des syndicats commerciaux, industriels et agricoles de l'arrondissement de Brest a eu l'heureuse pensée de lui offrir un souvenir de sympatliie et d'estime en reconnaissance des éminents services qu'il a rendus à la population tout entière pendant les périodes difficiles et trovi- ])lées que notre malheureuse région a traversées dans le coui-ant de cette année, alors que. sans exagération aucune, nous pouvons dire qu'elle était livréa à l'anarchie la plus complète.
« Le souvenir dont il s'agit, consistant en une œuvre d'art, sera remis demain soir.
« J'ai i)ensé que les membres du lrjl)unal de connnerce, représentants autorisés des commerçants de rarrondissement de Brest,
pourraient proliter de ce moment pour adresser à notre souspréfet l'exprrssion de leur vive sympathie et de leurs sentinents les plus reconnaissants.
<i Je vous propose donc, messieurs, d'adresser un exemplaire le la présente délibération à M. le sous-préfet. »
Suivent les signatures :
Rolland, président; Holley, Berréil\r, Sâlaun et Grouax, juges; Corrigou et Bastit, juges suppléants.
Pour extrait conforme:
Le greffier, G. Delaporte.
Pour terminer la cérémouie, M. Pitou, conseiller ►énéral, parrain du nouveau elievalier, prononce me allocution i^leine de cœur et débordante d'afection :
Vous m'avez donné une grande marque d'affection en me hois'ssant comme parrain, dit-il ; j'en sens d'autant plus le prix jue u'autres étaient certainement plus qualiliés pour guider vos Dremiers pas dans la Légion.
C'est la seconde fois que cet honneur m'échoit. Il y a deux ans, i'épinglais la croix des braves siu* la poitrin(3 d'Autret, le palron lu canot de sauvetage d'Audierne, à qui tant de marins bretons loivent rexi.stence.
Aujourd'hui je décore im second sauveteur. Que votre molestie me pardonne, mais nous avons le droit et le devoir de lire à tous combien vous avez contribué, dans des circons- ,ances récentes, à ramener le calme dans les esprits troublés, en sauvegardant ù. la fois les intérêts de l'ouvrier et du patron..
Ainsi donc, voici un sotis-])rcfcl dccorc sur la (l(^nande de toute la ])artie saine d'une ville de (luatrerin,iL>t niilh^ ann^^, — non seuleincMit décoré, mais >fliciellem(Mit (rlici/r et r( nicrcir ])ar les re])résen- :ants les ])lus autorisés de cette population.
Appi'ouvé et récom])ensé j);ir son i>(nivernement, mcoura.ué et soutenu ]n\v ses administrés, le sousnéfet Tourel, dont Tieuvre d'assainisseinent n'était i)as terminée à ce moment, nou^ l'avons \u d'autre
part, coiitiuua et parvint, sous la direction bienveillante et eonrai;eii!!«;e de son chef direct, à mener à bien ce qu'il avait connnencé.
Au mois de mai IDOG, il ferme la lîourse du Travail — (exemple qui fut suivi en 11)07 par M. Clemenceau.
Puis, soudain, (pielques semaines après, il est mis en disponibilité, ■sine die.
M. Tour(4 eut déshonoré l'administration préfectorale par (|uel([ue crime de droit commun (pi'il n'eût pas été Iraité avec plus de rigueur !
A un jour d'intervalle, il suivait son préfet dans une disgrâce (jue le président du conseil avait promis devoir être tv m para ire, — mais qui dure encore...
Cette double iniquité indigna lellement tous ceux qui avaient vu à l'œuvriî M. Collignon et M. Tourel que, sous la pression de l'opinion publique tinistérienne, sénateurs, députés, conseillers généraux et d'arrondissement durent se rendre à Paris, afin de demander à M. Clemenceau une explication et des réparations légitimes.
Le président du conseil répondit Iv la délégation bretonne cette r-hos^e énorme, mai'^ nbsolument autlienti(]ue :
— Tourel ? Collignon ?... Je vous avoue que je n'ai jamais vu leurs dossiers... Je verrai et vous promets de réparer...
Telle est l'histoire véridique des deux administra teurs du Finistère. Nous l'avons intercalée dans ces pages pour servir à l'édification des fonctionnaires, qui y trouveront certainement des enseignements utiles.
Mais, u'est-il i^as vrai que, comme nous le disions LU début de ce chapitre, le métier de Tacrobate mar- ■hant au milieu des œufs, les yeux bandés, sans 'craser b^s co([uill(\s, est plus facil(\, de beaucoup, |ue celui des i)réfets et d(^s sous-préfets sous le proonsulat clemenciste ?