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CHAPITRE IX

La ville de Brest vouée à la ruine

Nous avons; vn, dans le chapitre précédent, quelle situation était faite aux contribuables condamnés, pour leur malheur, à subir les fantaisies coiiteuses d'un conseil municipal ennemi du travail, ennemi du capital et de l'épari^ne.

Il nous reste à montrer l'action néfaste de l'administration des citoyens révolutionnaires, d'abord sur les finances juibliques, puis sur la umrche des a tf a i res part icul ières.

11 est de notoriété, il est établi i)ar des pièces do compta1)ilité déposées aux archives de l'hôtel de ville que le jour où les socialist(^s s'emparèrent de la direction des services, un crédit abstdumc^nt libre de 402. S42 fr. 88 avait été laissé dans la caisse municipale par l'administration i)récédente — celle que présidait rh()n()ral)le ^l. r>(»ru:er.

Le 8 mai lî)()4, la situation l>ud«:étaire de la ville était exactement la suivante :

Excédent des recettes de rexercico

1903 805.810 fr. 31

Dépenses en,uaj::ées et m ni payées. . . . 402.î)07 43

l>"()ù 1111 excédent réel des recettes «le 402.S42 fr. 88

Aiienn des membrevS de la nouvelle municipalité ne savait, à ce moment, lire un l)udi>et. Aussi, avec un aplomb stupétiant, le citoven-maire aftirmait-il, en son discours de prise de possession, n'avoir trouvé dans le coft're-fort confié à ses soins (pie la somme minime de 11. 2(30 fr. 16. Il fallut toute une campagne de presse i)our rectifier cette erreur probablement volontaire et dont le but était facile à deviner.

Le maire socialiste i)renait ses précautions. Il ne voulait pas que, dans la suite, et au moment où il serait appelé à rendrx^ ses comptes devant ses électeurs, on puisse l'accuser d'avoir compromis les intérêts de la cité et gaspillé l'argent des contribuables.

Or, c'est d'un document officiel daté de 1904 que le chiffre de 402,812 fr. 88 est extrait, et c'est aussi d'un autre document officiel (chapitres additionnels au budget de 1907) <]ue nous extrayons le 7Wta hcnc que voici :

N.-B. — // y a Heu d'observer qu'il n'est plus possible de faire état de l'excédent de recettes de 27.734 francs qui figure au règlement du budget primitif de 1907y aitemlu que la diminution des produits de l'octroi s'accentuant chaque mois, l'on peut prévoir actuellement une moins-value d'environ 30.000 francs sur les prévisions budgétaires de 1.360.000 francs.

Le maire,

AUBERT, Victor.

Ainsi donc, la municipalité collectiviste, qui avait

trouvé, h son arrivée, un boni de plus de 450.000 francs, avoue, par la plume et sous la signature de son chef, qu'elle a mené la barque à ses mains confiée au milieu des récifs du déficit et de la faillite. Cet aveu, dépouillé de tous artifices, fut publié au milieu de Tannée 1907. >v^^us savons que, depuis, le déficit est allé croissant et que les tiroirs sont maintenant vidés à fond. Le samedi 17 août 1907, le citoyen conseiller 31asson s'écriait en réunion publique :

— Eli bien ! oui, nous devons Favouer : la caisse est vide I Nous ne pouvons plus entreprendre aucun travail. Nous n'avons plus qu'à démissionner !...

On nous dispensera de fournir des preuves autres que celles-là ; elles suffisent amplement à la manifestation de la vérité financière.

L(^ déficit étant établi, rt^ste à chercher de quelle façon il s'est produit, et quelles en sont les causes. ( 'e ne sera pa s t à c h e b i e n d i f fi c i 1 (\ •

Le premier soin d(^s édiles fui, nous l'avons déjà dit, de soigner l(Mir ])opularité. Non contents d'augmenter tous l(\s salaires des ouvriers et (Muployés municipaux, ce qui eût été assurément nu'4*itoire si les ress()urc(^s budgétaires l'avaient permis, ils ne se firent aucun scrupule d(» s'administrer, (mi la i)ersonne du maire, des émoluiiu'uts annuels sérieux : 10.000 francs ])our frais de r(q)résentatiou, voyage ot divcu's. Dés la i)remiér(» anné(\ de» juillet à décembre» 1904, ils votaient ])our ])rés de veut mille francs de dé]KMises nouvelles et uotoinMuent imi)roductiv(»s. La lîonrsc du Travail r(H*evait un ])remier don de (•iiH|uanl<' cl un uiiih' Iraucs. Ou rdév»' dans code»

lîKMuo ])éi-i()(](^ ])onr près de cinq mille francs de frais (1(^ v()yaj>e, soit \)(n\v les membres de, la municipalité, soit ponr l(^s (léléii,nés aux différents congrès (( sociaux ». L'adjoint an maire (xonde s'en va à Rome — ])onr(]noi pas an Japon ? — afin de représenter la ville de lîrest à la fête de la Libre- Pensée... ("était nn lionnenr, certes, ponr les l>restois, d'être rc^présentés an ("apitoie par nn oisean d'nn anssi bean l)lnmai>'e, — mais ce déplacement ccnita nn i)en clier ponr ce qu'il rapporta...

Lorsqu'on leur reproche la dilapidation des deniers publics, l(\s collectivistes répondent victorieusement que leurs actes sont toujours inspirés par le désir d'améliorer le sort des prolétaires. Cet argument semblera bien faible lorsqu'il sera brandi pour justifier un voyage à Eome. Mais passons et voyons un i^eu de quelle façon ces amis du peuple servent les pauvres gens.

Ainsi, les socialistes brestois, reprenant une idée depuis longtemps mise en avant par d'autres, instituèrent la (Goutte de Lait. On sait en quoi consiste ce service : fournir du lait gratuitement aux mères nécessiteuses dont le sein est tnri. Dans toutes les villes où il fonctionne, le résultat est excellent et les dépenses sont largement compenséc^s par les bienfaits répandus parmi les familles si intéressantes de la classe ouvrière, où les enfants sont parfois, souvent, nombreux. L'abus en tout est nn défaut, même dans l'exercice de la solidarité quand il prend sa source dans les soucis électoraux, quand il est inspiré surtout par les calculs politiques. A Brest, cela fut évident dès les premiers jours, la municipalité, en servant du lait aux nourrices sèches, avait pour

but principal de boire celui de la popularité à lari;es lampées. Et il 8e produisit ceci, c'est qu'au lieu de FG borner à secourir les mères incapables de donner le sein à leur progéniture, les municipaux encouragèrent l'allaitement artificiel au point que les médecins les plus autorisés protestèrent en des écrits publics et dans les journaux spéciaux (1). Mais il y eut mieux. Et ici encore nous empruntons nos chiffres aux documents municipaux. Le projet de budget pour 1907, à l'article Goutte de Lait, porte les chiffres suivants, qui sont fort instructif.; :

OEiivre de la Goutte de Lait Sd.OOO [nnœs

\ Frais d'administration . . . 18.000 — ^^^^^^^' f Lait distribué Î7.000 —

A tout liomme de bon sc^is, nous posons ceUe question : est-il admissible (jue, jjour distribuer dixsept mille francs de lait, une administrât i«>n soucieuse d'épargner l'argent de hi communauté dépense la somme fantastique de dix-huit mille francs? Que l'on confie le soin de cette distribution au premier comm(U'(;ant venu et l'on v(4*ra quel parti il saura tirer de la somme d(^ 35. 000 francs mise à sn disposition. La ])r()i)orti(*n de c(* budget de la ciui- 1 ité devrait être renversée de la fa(;ou qxw voici : lait distribué, 30.000 francs au moins ; frais d'adm'iiistration, 5.000 francs. Et ce serait déjà fort 'oea.l comme dépens(»s administratives ! Donner ihi IjiL le ]}lus ])<)ssible, et consacrer le moins d'argent pi^ssible aux frais indispensables, voilà (itielle serait la

(1) Dociour Vnrinl. fnndalrur do la iluxillv de Lnïl de Ucllovillo.

raison... 3Iais ce procédé ne permettrait pas de douiier satisfaction aux clients électoranx et de créer de petites sinécnres an i)rotit des frères et amis...

Une antre anivre dont les mnnicipanx étaient très fiers, fnr vvUi' des CaraA'anes scolaires. Ancnn père de famille ne saurait être, sans forfaire an devoir hnmanitaire, l'ennemi de ce qne Ton appelle la Caravane scolaire, ("est excellent lorsqne c'est organisé par des gens vraiment amis de l'enfance pauvre et désireux de procurer quel(iue distraction réconfortante et salutaire aux écoliers et aux écolières dont les parents n'ont pas les moyens d'aller aux bains de mer ou en villégiature dans les bois et sur la montagne. Or, ici encore, l'abus fut criant. Le crédit prévu était de 10.000 francs pour chaque année. Dès le début, les municipaux opérèrent une sélection jalouse dans le choix des heureux bénéficiaires. Ils s'ingénièrent à éloigner de leurs parties de plaisir des enfants très pauvres et très intéressants pour ne faire profiter de rau1)aine que la fine fieiir révolutionnaire. Ainsi, la prcnnière annéi.*, la raunicipalité avait indi(iué comme lieu de séjour de la caravane la jolie et pittores(|ue plage du Trez-Hir.

L'endroit était merveilleusement choisi. Sur le bord même de l'Océan, la campagne revêt tous ses charmes les plus appréciés de verdure, de fertilité et de bon air salubre. l^oint d'agglomération. (2uel([ues bourgeois cossus, seuls, se partagent les terrains disponibles sur lesquels des villas confortables et deux ou trois hôtels ont été construits. Dès (}ue les ]îetits protégés de la municipalité furent arrivés, c(^s bourg(H)is eurent fini de dormir tran{iuillemenr leur sommeil de u repus », comme disait l'adjoint

Vibert. La Caravane leur servit soir et luatiu des ïiitcniationalc variées, et les baigneurs égarés en ces parages étaient invariablement salués par les chants de :

Tous les bourgeois à la lanterne.

Ah ! ça ira I ça ira ! ça ira !

Tous les bourgeois^ on les pendra !

Il nV a pas encore de lanternes au Trez-Hir, et c'est fort lieuriMix, mais ra alla si bien (^ue les liabitués de ce pays ont demandé énergi(iuement (^u'on les débarrassât à jamais de cette jeunesse turbulente. L(\s enfants ne prolit aient pas seuls de la Caravane et c'est là qu'apparaît encox'e une fois Fesprit prati- (jue des révolu! icmnaires briNstois. Durant (]ue les petits i^rolétaires se repaissaient de (luebiue maigre brouet Spartiate, les délégués du constMl municii)al s'installaient à la table bien garnie du Grand Hôtel voisin.

l^n collectionneur a bien voulu nous communiquer l(^s menus d'une fête donnée au Trez-Hir, le S août 1904, en llionneur de la Caravane scohiire.

Le m(Miu ([('^^ j)cli(s prolétaii'os était celui-ci :

Soiipo aux lontilSos llai'U'ots ISdMil' bouilli PrlKt' bière

Celui des mendn'cs du conseil iminicipal consoii)manl an (îrand llolcl indiiinait la «lilïérciice des apjuMits.

— ^.j8 — JA' VU ici :

Apéritifs divers

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