‹ Une ville sous le régime collectivisteChapitre 4 sur 32 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Les élections de 1904. — Composition du Conseil municipal socialiste. — 22 fonctionnaires sur 36 conseillers

Le résultat du scrutin municipal du S mai 1904 donnant la victoire définitive à la liste socialiste-collectiviste, fut une surprise pour ceux-là seuls qui n'avaient pas noté au jour le jour, depuis quelques années, les progrès incessants de l'idée révolutionnaire propagée méthodiquement par le syndicat rouge des ouvriers de Tarsenal et autres groupements politiques et adoptée, rapidement, par la masse besogncMise (1).

A vrai dir(^, les candidats que le hasard des conciliabules secrets ou des meetings bruyants avait mis en présence, étaient venus au combat électoral, les uns pleins d'une confiance stupéfiante en hnir bonno étoile bourgeoise, les autres pleins d'ardeur comba" tive mais sans grand espoir de succès.

Les candidats ré])ublicains, commerçants, industriels, médecins, homme de loi, retraités de la

(1) En IDOC», on ooinplail 2.'i.r)8i asHislôs, sur une imimlalion [otale de 85.294 âmes — soit 71.103 pour la population st^dentaire, cL l'i.lol pour la population llollanle.

marine ou de la guerre avaient pour la plupart fait partie du précédent conseil municipal, — nuiis leur liste était décapitée par la disparition de M. Charles Berger, maire sortant, qui ne sollicitait pas sa réélection. De plus, et comme ils refusaient absolument même d'entrevoir la possibilité d'un échec ils n'eurent aucune organisation préalable. Il semblait qu'il ne manquât pas un bouton de guêtre à leur fourniment électoral, si profonde était leur assurance, si complète leur tran(iuillité. Il faut reconnaître que la coutume était établie d'agir ainsi, ou plutôt de ne pas agir. Auparavant, la liste formée par les républicains lors de cha(|ue renouvellement municipal passait comme une lettre à la poste, sans concurrence sérieuse, sans l'ombre d'un péril. Pourquoi n'en eut-il pas été ainsi, cette fois ? Pour quelle raison ce qui s'est toujours fait ne se fera-t-il pas encore ? On connaît la formul'3.

Et il se produisit ceci, c'est qu'endormis sur les lauriers qu'ils n'avaient point (^ncore cueillis, les républicains laissèrent passer l'heure du réveil et n'entendirent pas le bruit fait aux abords de leur trop tranquille demeure.

Durant que les républicains nml renseignés s'assoupissaient de la sorte en un fâcheux farniente tout s'agitait autour d'eux.

Le contraste était frappant, dès les premiers jours de la période électorale, entre l'activité fébrile des socialistes, leur hâte d'assembler les foules en leur; 5 réunions multipliées dans tous les quartiers, la violence de leurs discours, la fureur de leur combat et la quiétude béate des républicains.

D'un côté, c'était le mouvement perpétuel, la ma"-

che, la course ; de l'autre, Fimmobilité, le désir immodéré du repos et de la i)aix.

De plus, les républicaius commettent, dès le début de la période électorale, la lourde faute de se diviser. Au lieu ^Vune liste, ils en forment deux. Après la défaite, les candidats des deux listes se rejettent mutuellement la pierre. En réalité, les responsabilités demeurent égales, car, en présence du péril menaçant, le moyen le meilleur est toujours l'entente et cette entente devient surtout indispensable lorsque les mêmes intérêts sont en jeu. Or, devant l'effort socialiste, la défense bourgeoise doit être une. C'est de la prudence élémentaire.

La question cléricale, agitée à tort et à travers, à une époque où elle devrait être reléguée au tout dcMixième plan, fut, au fond, le seul motif de scission entre les républicains, — ceux-ci tenant à passer pour des parangons d'anti-cléricalisme et refusant toute alliance avec des candidats soupçonnés de (luelque accointance avec le parti catholique, — ceux-là, trop obstinés peut-être dans leur résolution de passer outre et de tenter quand même les chances d'un combat plein d'imprévu. Le grand, le suprême princi])e de la défense sociale contre l'invasion révolutionnaire prévalut au second tour, mais il fut trop tard : les troupes dispersées, désorientées, ne surent pas marcher au feu et beaucoup de ])artisans d'? l'ordre, i)ar un calcul absurde, passèrent à l'ennemi collectiviste, pensant que de l'excès du mal sortirait le bien. Ceux-là payèrent eux-mêmes et tirent \)i\yov cher à leurs concitoyens cette aberration électorale.

Nous ne saurions trop engager tous nos lerteurs, non pas s(Mil(Mii(Mit ceux de lîrest, umis .'eux des ai-

très villes, à suivre de près la genèse de cette cri^e abominable. Tel cas semblable peut se présenter demain chez eux, dans leur cité. Qu'une fois i30ur toutes, ils renoncent aux classifications mesquines, aux querelles de famille à famille, aux nuances trop multipliées, et qu'ils se disent ceci : c'est qu'en face d'une armée révolutionnaire, il faut aligner une armée d'ordre, bien unie, bien compacte et que ce n'est pas avec un bloc fêlé d'avance que l'on pourra jamais entamer un bloc sain, solide, résistant, tour d'une pièce comme l'est toujours le bloc socialiste au moment d'une lutte électorale quelconque.

Voici donc, d'après les documents, de quelle façon, s'ouvrirent les hostilités électorales avant le premier tour de scrutin municipal du dimanche 1^' mai 190J: où deux listes républicaines étaint opposées à une liste socialiste :

A la dernière séance du conseil sortant, qui eut lieu le 21 avril, M. Charles Berger, maire, saluait en termes émus ses collègues et disait à ceux qui allaient affronter de nouveau les chances du combat :

(( Vous pouvez, sans crainte, briguer les suffragas de vos concitoyens. Ils ont vu que vous avez beaucoup travaillé et ils sauront reconnaître vos services en vous accordant encore une fois leur confiance. ))

Ce (( sans crainte » était le mot d'ordre. Personne ne craignait, ne préAwait un échec qui semblait à tous impossible. La liste, à laquelle 31. Berger prédisait un succès certain, prit l'enseigne de (( Liste de concentration Républicaine ». Elle fut complète à

36 noms dès le i^reiuier jour. Son programme, pas méchant, s'inspirait de la confiance ambiante. Il parut le 24 avril. Rien de particulier ne s'y trouvait concernant le danger du moment. Les signataires parlaient des travaux accomplis par la municipalité sortante et de ceux à entreprendre par la municipalité future. Au point de vue politique une seule phrase, celle-ci :

(( Profondément et sincèrement républicains, nous avons choisi dans la grande famille républicaine des personnes d'opinions connues et éprouvées, écartant tous ceux qui pouvaient être suspects de réaction et de collectivisme. »

Le 2G avril, deux listes nouvelles apparaissaient : L'une se disant : (( rcpuhlicaine progressiste des intérêts commerciaux et démocratiques » était composée de 24 noms seulement. Les candidats se proclamaient respectueux de toutes les convictions et résumaient leur idéal politique dans cette phrase du Président Loubet :

(( La République a ses origines dans les conceptions les plus hautes de la conscience et elle ne peut pas démentir ses origines. Tolérante, respectueuse de toutes les croyances, amie de la libre discussion et de la libre pensée, passionnée pour la justice et pour la liberté, gardienne infaillible de la loi, de l'ordre public, elh' est le gouvernement du pays par tous et pour tous. »

On le voit, la liste de coneentriiliou républicaine

et la liste républicaine progressiste étaient bien faites pour s'entendre. Elles avaient, certainement, le même idéal politique, étaient composées des mêmes éléments, car on trouvait dans Tune comme dans l'autre des avocats, des médecins, des commerçants, des propriétaires. Le malheur fut que cette chose si i-'imple ne fût comprise par personne — sauf cependant par les agitateurs socialistes du cru qui aperçurent tout de suite la bonne affaire.

En effet, le jour même, une troisième liste, celle-ci comprenant également 24 noms, venait solliciter les suffrages des électeurs : c'était alors, et ce n'était que la Liste d'action répiMicaine et sociale. Il n'y avait dans cette enseigne rien de terrifiant ; mais, au dessous, apparaissaient immédiatement les promesses les plus alléchantes :

l"* Création d'nne Bourse de Travail ;

2" Relèvement de tous les salaires ;;

?>"" Gratuité des fournitures scolaires ;

4" Suppression de la taxe mobilière pour tous les loyers de 200 francs et au-dessous.

5" Présentation dans les congrès municipaux des revendications ouvrières, etc., etc.

Tout cela était nouveau... L'énoncé seul de ces (( réformes » eut dû donner à réfléchir aux candidats des deux autres listes. Ils pensèrent que le spectre de la Bourse du Travail suffirait seul à éloigner les électeurs des candidats de l'action républicaine et sociale. En quoi ils se trompaient.

Voilà donc les programmes connus. La bataille est engagée. Chacun a pris position. On sent, dès le début, que la lutte est circonscrite entre deux partis et non entre trois : le parti républicain d'ordre, et le

parti collectiviste affublé d'un faux nez et caché sous le masque de 1- action républicaine et sociale.

De plus, alors que les deux listes républicaines étaient composées des éléments constitutifs ordinaires et normaux, celle des collectivistes apjDaraissait nimbée de l'auréole fonctionnariste.Sur vingt-quatre candidats, 13 étaient fonctionnaires de l'Etat en activité, et quelques autres fonctionnaires en retraite.

Le jeudi 28, alors que les candidats républicains continuaient d'attendre le scrutin d'un cœur serein et ignorant Tinquiétude, les collectivistes commençaient leurs réunions publiques. Ils se montraient agressifs :

Le citoyen Aubert qui, bientôt, devait être mairi d(» Brest, fait valoir du haut de la tribune que lui et ses amis sont seuls à réclamer la création de la Bourse du Travail ;

Le citoyen Goude, commis de Tarsenal, celui-là mêriie (|ui, bientôt, deviendra adjoint et se rendra illustre par de mémorables exploits, s'écrie : « que la lutte qui vient de s'ouvrir est celle du travailleur contre l'exploiteur, son éternel ennemi » ;

L(» citoyen Vibert, ouvrier de l'arsenal, prévoyant ses destinées prochaines de premier adjoint au maire, dit textuellement ceci :

(( Tous ceux qui ne voteront pas pour moi sont libres d'agir à leur guise. Je ne tiens pas à être conseiHer... Je m'en f... pas mal î (sic). Je suis et je rest(^ révolutionnaire. C'est dans ces conditions qui je nu» ])résente. »

On vit aussitôt s"nvan('(M* nci-s 1ji tribii]i(\ le (h'']Mité

radical socialiste, M. Isiiard, pour lire une déclaration invitant tous les électeurs à faire triompher les citoyens Aubert, Goude et Vibert — lequel parle si correctement I

L'apparition de M. Isnard en ces circonstances était un signe des temps. Oublieux, à ce moment, de tous les services électoraux que lui avaient rendus les républicains, le député Blocard marchait contre eux, résolument. 11 j)révoyait le succès socialiste et, déjà, se ménageait de solides appuis dans la place. Par sa main complaisante, le radicalisme ouvrait encore une fois les voies au collectivisme.

L'heure du scrutin approche.

Les réunions socialistes se multiplient. Il y en a chaque soir.

L'avant-veille, la veille, et le matin même du 1" mai, des meetings bruyants et nombreux sont tenus.

La tribune sert de tremplin aux candidats ardents de la liste socialiste.

Le commis de marine Mornu, s'écrie:

(( En nous élisant, en nous faisant entrer à FHôtei de Ville, ce sera la fin du régime de la calotte, du règne du « Gésu ».

Le candidat ■Mornu semblait, lui aussi, faire de la question cléricale le pivot de la politique collectiviste.

Or, à la vérité, et la suite le démontrera surabondamment, c'est surtout, c'est uniquement la question 'bourgeoise qui préoccupe les candidats de l'action républicaine et sociale. De telle sorte que, alors

que par i^eur du cléricalisme, les républicains d'ordre se dévorent entre eux, les collectivistes déclarent que le seul moyen d'en finir avec la calotte est de se débarrasser, d'abord, des républicains I

L'ironie est ici plutôt amère.

Le résultat du premier tour de scrutin allait être un sévère avertissement, une déjà dure leçon.

Les résultats en furent les suivants :

Liste de concentration républicaine

MM. Allain (Louis) 3.529 voix

Bergot ^Jean-Marie) 2.899 —

Bothcrel fFrangois) 2.848 —

Bourdeau (Paul) 3.255 —

Brunelat (Pierre) 3.174 —

ClausEC (Jean' 2.912 —

Clavier (Charles) 3.26G ■-

Gréach (Auguste; 3.232 —

Daniel (Aimé) ; 3.313 —

Daudin (Georges) 2.907 —

Ûemillier (Ernest) 2.955 —

Déniel (Paul) 3.540 —

Dumont (Paul) 3.375 —

Dupuis (Joseph) 2.976 —

Gargam f Armand) 3.122 —

G-rall (Edouard; 3.247 —

Grall (Jean-Louis) 2.597 —

Guézennec (Eugène) 3.323 —

Hélot ^Adolphe; 2.964 —

Lacroix (Alfred) 2.953 —

iiaunay (François) 2.902 —

Laurent (Edouard) 3.156 —

Le Caër (Hyacinthe) 3.008 —

Léon (Jean) 2.980 —

Lullien (Eugène) 3.376 —

Marécal (Eugène; 2.999 —

Moisan (Gustave) 2.997 —

Nény (Sébastieni 3.438 —

Omnès (Louis) 3.073 —

Paillet lOllivier) 3.255 —

Piton (Alain) .3.576 —

Pochard (Augustin) .- 3.I2<) —

Rolland (Alexis) 3.497 —

Rolland (Louis) 3.024 —

Rolland (Jean) 3.224 —

Vardon (Jean-Baptiste) 3.172 —

Liste républicaine progressiste des intérêts commerciaux et démocratiques

Bodet (Louis) 2.277 voix.

Borvo (H^^'nri) 1.843 —

Bossé (Hippolvte) 2.157 —

Castel a'i<.'n"f^') l-^-'^^ —

Bardis (Joseph) 1.905 —

Béthieux 1.8C0 —

Erard (Alexandra) 2.263 —

Feillard (Ernest) 2.57G —

Fonferrier (Alexandre) 2.040 —

Gautier (Victor) 1.213 —

George (François) 2.892 —

Guiavarch (Albert) 2.143 —

Houdart (docteur) 2.234 —

Kernéis (Louis) 2.179 —

Langlais (Martial) 1.808 —

Le Cloirec (Théophile) 1.832 —

Le Guen (Hippolyte) 1.8G0 —

Lyaudet (Hippolyte) 1.787 —

Pilvin (Tanguy)^ 2.011 —

Rochaix (Narcisse) 1.819 —

Taillefsr (.lean-Baptiste) 1.858 —

Thésée (Victor 2.322 —

Liste d'action républicaine et sociale

Aubert 4.220 voix

Brillât 3.672 —

Fouquet 3.u27 —

Goude 3.G57 —

Grosset 3.638 —

Hirlam 3.491 —

Jeannic 3.522 —

Kermarec 3.673 —

Le Tréhuidic 3.605 —

Le Bras 3.587 —

Le Ray 3.501 —

Lescouarch 3.463 —

Moigne 3.580 —

Martin 3.521 —

Masson 3.738 —

Mornu 3.649 —

Novincc 3.674 —

Omnès 3.548 —

Rouzaut 3.514 —

Thoury 3.527 —

Tillet 3.605 —

Toullec 3.526 —

Vibert 3.870 —

Vauthier (Edmond) 3.73i —

Le ballottage était générai.

La stui)eur des Brestois fut grande lorsque, le matin du 2 mai, ils constatèrent que le citoyen Aubert tête de liste arrivait bon premier sur les 84 jouteurs de la veille. Le socialiste l'emportait de (U4 voix sur le candidat le plus favorisé de la liste de concentration républicaine qui était le docteur Piton — un nouveau venu dans la politique considéré comme le meilleur appoint de x>opularité de ses compagnons de lutte.

Le citoyen Aubert, ouvrier horloger, de barbe vénérable, n'en croyait probablement pas ses yeux, et la fortune électorale, venant ainsi sur le tard, le surprendre agréablement, trouvait en lui le champion de la rencontre décisive qui allait se livrer le 8 mai sur le dos des républicains.

Ces derniers n'auraient, désormais, plus qu'une seule liste à présenter. En effet, dès le h^ndemain, du premier tour, le;^> journaux publirJcMit ra\is suivant:

(( Les candidats de la liste rrpuhlicainc progressiste des intérêts eonnncrcian.r et démocratiques re- )ncrcient hioi sincèrement les nomhi'ca.r électeurs qui les 0)it honorés de leur confiance en /".'.t donnant leurs suffraf/es à l'éiection du f^ mai.

Le comité a décidé de ne pas présenler de liste au scrutin de hnUottage de dimanche prochain. »

("était court. Mais l'un d(s^ candidats le plus en vue de la liste progressiste, ]\I. Feillard, avocat, lequel avait obtenu 2.^ûi\ voix, complétait ce désisti^ ment trop laconique^ par une lettre j)ubli(iue en date «lu vendredi (> mai, dans huiuelle il disait ceci :

J:!n )ne présentant dans la liste républicaine procjressistc, j\il voulu apporter mon concours aux affaires communales avec mon adhésion absolue aie prograinme de la Fédération républicaine.

Personne n- ignore que le grand parti des républicains progressistes est eu opposition bien nette avec la politique du bloc ministériel.

C^cst donc créer une équivoque fâcheuse, bien plus, me mettre en contradiction avec mes précédentes déclavations, que de venir affirmer qnen face de la liste républicaine ministérielle, je puis m- abstenir.

Devant le péril qui nous menace, je tiens, au contraire, à affirmer que, par principe, je voterai pour la liste de concentration républicaine, et j^ invite les électeurs qui m^ont honoré de leurs suffrages à suivre mon exemple.

La liste républicaine ministérielle à laquelle le progressiste M. Feillard faisait allusion était la liste socialiste devenue ministérielle par suite de l'adiiésiou solennelle du député radical Isnard (^ui, sentant le bon vent venir, s'était rallié au camp Aubert, était devenu candidat, à son tour, et, grâce à un rappel savamment battu, avait entraîné à sa suite une demidouzaine de nouveaux fonctionnaires, parmi lesquels deux professeurs agrégés du l^^cée de I5rest, deux professeurs de TEcple d'Industrie, un instituteur, un sous-inspecteur des enfants assistés, etc., etc.

Le député Isnard publiait un appel vibrant en faveur de la liste socialiste désormais complétée à 3 G noms :

Notre liste ! Elle est, en réalité, nue concentration de noms, de programmes et d'idées.

C'est la véritable concentration ! Elle est à l'iniage de cette majorité parlementaire qui habitue le pays, pour son bieUj aux ministères de longue durée, et les Chambres au travail utile et fécond.

La liberté ! Mais c'est notre devise même !

UOrdre ! Mais cjui donc oserait !

Ce sont les bases de notre état démocratique.

1/ avenir est à gauche^ et soyez-en convaincus^ avec le respect dû à toutes les opinions..

Oui ! Nulle force ne peut arrêter l'élan merveilleux de notre démocratie !

Comme Vidée, le Progrès social est incompressible !

aS^ ce n'est pas aujourd'hui qu'il triomphe, ce sera, sûrement, inéluctablement, demain !

Pourquoi perdre quatre années ? c'est énorme dans la vie d'une cité !

Allons ! amis ! u]i bon coup d'épaule ! encore un effort !

Nous ferons grâce au lecteur des réunions aussi nombreuses qu'agitées tenues par les socialistes durant la semaine qui ])récéda le ballottage. Les nouvelles recrues donnaient en grand. Les professeurs agrégés du Lycée, Litalien et Havel, faisaient assaut d'éloquence avec le député Tsnard. C'était du délire.

Au cours de l'une de ces veillées des armes, le professeur de rhétorique Hav(4 s'écriait :

Enti'(* los travailleurs inaïun'ls" ('( les Iravailhnirs de la }•( ns(''o, il y a dcvs sympat h i os.

Nous no soniPKvs ])as dos bourgeois, coinino «tu nous on aocuso.

Los Hîonibi'os di' ri'ni\orsil('' oui (''lô los advorsaii'os los jilus résolus do linogalitô, do rinjusticc sooialo, de la i>arusso. du nionsoTigo.

Mon programme est celui du Bloc.

Tout ce dont je puis vous assurer, c'est le dévouement que j'apporterai à la cause des travailleurs.

Je termine en criant : « Vive Brest! Vive la République démocratique et sociale! »

Les électeurs étaient empoignés, grisés, électrisés.

Afin de bien montrer le désintéressement des socialistes, le cito^'en Goude déclarait solennellement ceci, à la réunion du 5 mai, salle de Venise :

(( Jamais, citoyens^ jamais^ je le dis pour couper court à certains bruits, le conseil municipal ouvrier ne votera 6.000 francs de traitement au maire... Il ne votera pas, non plus, d' émoluments aux adjoints. ))

On verra plus loin que le premier soin du conseil municii)al ouvrier fut de voter une indemnité annuelle de neuf mille francs au citoyen Aubert devenu maire : G.OOO francs pour frais de représentation ; 2.000 francs pour frais de voyage; 1.000 francs pour actes de bienfaisance (?).

Les appuis, les encouragements venaient de toutes parts aux socialistes, et dans sa dernière afficlie le comité de Vaction républicaine pouvait annoncer que les lUeus de Bretagne, amiral Kéveillère en tête, marchaient dans la combinaison (1).

Et, pendant ce temps-là, que faisaient les réj^ublicains ?

Ils attendaient de pied ferme une victoire dont \U ne doutaient point. La veille du scrutin où ils allaient sombrer, ils faisaient insérer par la presse locale une note très sage, très modérée, tout sucre et miel — avec un peu de vinaigre cependant pour le député Isnard, le conseiller de Tancienne municipa-

(1) Journal V Avenir li restais du samodi 7 mal 1904.

lité, lui qui se « mettait précédemment à la tête des différentes délégations municipales envoyées à Paris pour faire aboutir les graves questions intéressant la cité brestoise », lui qui ne dédaignait même pas, dit-on, de prendre une large part aux fins déjeuners offerts par le maire dans les meilleurs restaurants du boulevard — ce lâcheur enfin qui, maintenant, passait à l'ennemi avec armes et bagages. !

Le 8 mai vint.

Les électeurs brestois eurent à choisir entre les deux listes reproduites ci-dessous avec les noms et professions des candidats. L'indication des professions de chacun est intéressante pour marquer dès maintenant la prédominance de l'élément « fonctionnaire )) sur celle qui va triompher :

Liste de concentration républicaine

MM

Louis Allain, docteur-médecin, conseiller général, conseiller sortant.

Jean- Marie Bergot, président du Syndicat de la boulangerie.

François Bothorel, entrepreneur de peinture.

Paul BouRDEAU, pharmacien.

Pierre Brunelat, propriétaire, conseiller sortant.

Jean Glausse, commerçant, conseiller sortant.

Charles Cl.wier, pharmacien, conseiller sortant.

Auguste Gréach, chevalier de la Légion d'honneur, adjoint principal faisant fonctions d'ingénieur, en retraite.

Aimé DA.\n:f>, chevalier de la Légion d'honneur, lieutenant de vaisseau en retraite.

Georges Daudin. négociant.

Ernest Demilikr. n(Vgociant.

Paul Dexiel, chevalier (h^ la Légion (l'honneur, lieutenant de vaisseau en retraite, ancien conseiller.

Paul DuMONT, négociant, conseiller sortant.

Joseph Dupiîis. industriel, conseillpr sortant.

Armand Gargam, chevalier de la Légion d'honneur, cnef d'escadron d'artillerie en retraite.

Edouard Grall. pliarmacien.

Jean-Louis Grall, chevalier delà Légion d'honneur, l''' maître en retraite.

MM

Eugène Gitézénec, négociant, conseiller sortant.

Adolphe HÉLOT, chirurgien-dentiste, conseiller sortant.

Alfred Lacroix, propriétaire, rue Kérivin, 30.

François L.\un.\y, chef surveillant aux subsistances, conseiller sortant.

Edouard Laurent, officier de la Légion d'honneur, mécanicien en chef de la marine en retraite.

Hyacinthe LE Gaer. marchand-boucher.

Jean Léon, commerçant, conseiller sortant.

Eugène Lullien, négociant, conseiller sortant.

Eugène Marécal, propriétaire, conseiller sortant.

Gustave Moisan, entrepreneur de peinture.

Sébastien Nénv. officier de la Légion d'honneur, colonel d'infanterie de marine en retraite conseiller sortant.

Louis Omnès, propriétaire, conseiller sortant.

Ollivier Paillet. négociant, conseiller sortant.

Alain Piton, chevalier de la Légion d'honneur, docteur-médecin.

Augustin Pochard, pharmacien.

Alexis Rolland, président du tribunal de commerce, conseiller sortant.

Louis Rolland, avoué, conseiller sortant.

Jean Rolland, directeur d'école communale en retraite.

Jean-Baptiste Vardon, propriétaire, conseiller sortant.

Liste d'action républicaine et sociale

MM

AuBERT. horloger, président du conseil des prud'hommes.

BouTET, employé de commerce.

Brillât, capitaine en retraite, receveur buraliste, fonctionnaire (contributions indirectes).

Giiocanière, commis de comptabilité à l'arsenal, fonclionnaiic (ministère de la marine).

GouPRiE, compositeur de musique.

FouQUET, typographe, juge prud'homme.

Gerbault, opérateur mécanicien.

GouDE. commis des directions de travaux de la marine à l'arsenalfonctionnaire (mini.stère de la marine).

Gourivaud, médecin-inspecteur des enfants assistés, fonctionnaire (ministère de l'intérieur;.

Grosset, dessinateur à l'arsenal, fonctionnaire (ministère de 'a marine;.

Hascoet. professeur à l'école de commerce et d'industrie fonctionnaire, (ministère du commerce).

Havel. professeur au lycée, fonctionnaire (instruction publique).

HiRLAM, ouvrier à l'arsenal, fonctionnaire (ministère de la marine).

ISNARD, député de Brest, avocat.

Mi\I.

jEANNic, ébéniste.

KERMARREG, employé des conlributions indirectes, fonctionnaire

Le Bras, commerçant à Kerjean-Vras.

Le Gall, instituteur, fonctionnaire (instruction publique).

Le Ray, ouvrier à Farsenal, fonctionnaire (ministère de la marine).

Lescouarch, ouvrier à larsenal, fonctionnaire (ministère de la marine).

Le Tréhuidic, menuisier, juge prud'homme.

Liooxmère, professeur à l'école d'industrie et de commerce fonctionnaire (ministère du commerce).

LiTALiEx, professeur au lycée, fonctionnaire (ministère de l'instruction publique).

Martin, ouvrier à l'arsenal, fonctionnaire (ministère de la marine).

Masson, commis des postes et télégraphes, fonctionnaire (ministère du commerce).

MoiGNE, ébéniste, juge prud'homme.

MoRNU, commis des directions de travaux de la marine, fonctionnaire (ministère de la marine)).

NoviNCE, répétiteur au lycée, fonctionnaire (instruction pubhque).

Omnès, dessinateur k l'arsenal, fonctionnaire (marine).

Robert, chef surveillant technique en retraite, fonctionnaire en retraite, (ministère de la marine).

RouzAUT, commerçant à Recouvrance.

TiiouRY, lythographe.

Tillet, imprimeur.

Toullec, 1" maître en retraite, fonctionnaire en retraite (marine).

Ed. Vauthier, teinturier.

ViBERT, ouvrier à l'arsenal, fonctionnaire (marine).

Les électeurs se pressèrent aux urnes : le dimanche précédent, leur nombre avait été de 8.647 ; le 8 mai, il fut de 9.367. Jamais pareil empressement n'avait été constaté par les scrutateurs. Il y avait évidemment de la poudn^ dans l'air. Or, voici quels chiffres furent proclamés le soir, quelques minutes avant minuit :

Liste de concentration républicaine

Allain (F^ouis) \X\,\t

Bergot (Jean-Mario^ 4.204

Bothorel (François) 4.i:V2

Bourdeau (Paiii 4.438

Brunelat (Pierre) 4.280

Clausse (Jean") 4.210 voix

Clavier (Charles) 4.:{41 —

Créach (Auguste) 4.294 —

Daniel (Aimé) 4.405 —

Daudin (Georges) 4.292 —

Demillier (Ernest; 4.286 —

Déniel (Paul) 4.511 —

Dumont (Paul) 4.406 —

Dupuis (Joseph) 4.239 —

Gargam (Armand) 4.313 —

Grail (Edouard; 4.353 —

Grall (Jean-Louis) 4.353 —

Guézennec (Eugène) 4.364 —

Hélot (Adolphe) 4.220 —

Lacroix (Alfred) 4.267 —

Laiinay (François; 4.233 —

Laurent (Edouard^ 4.367 —

Le Caër (Hyacinthe) 4.239 —

Léon (Jean) 4.327 —

Lullien (Eugène) 4.424 —

Maréchal (Eugène) 4.289 —

Moisan (Gustave) 4.217 —

Nény (Louis) 4.311 —

Omnès (Louis) 4.130 —

Paillet (OUivier) 4.330 —

Piton (Alain) 4.535 —

Pochard (Augustin) 4.402 —

Rolland (Louis) 4.334 —

Rolland (Alexis) 4.481 —

Rolland (Jean) 4.302 —

Vardon (Jean-Baptiste) 4.352 —

Liste d'action républicaine et sociale

Aubert 5.466 voix

Boutet 4.778 —

Brillât 4.905 —

Couprie 4.820 —

Ghouanière 4.io8 —

louquet 4.829 —

Gerbault 4.742 —

Iroude 4.848 —

Goiirivaud 5.124 —

Grosset 4.()55 —

Havel 5.07.) —

Hascoët 5.()^i) —

Hirlam 4.()28 —

Isnard 5.140 —

Jeannic 4.720 —

Rermarrec 4.910 —

Le Tréhuidic 4.77i —

Le Bras 4.883 voix

Le Gall 4.G07 —

Le Ray 4.63:5 —

Lescouarch 4.890 —

Litalien 5.038 —

Ligonnière 5.178 —

Moigne 4.()02 —

Martin 4.084 —

Masson 4.871 —

Mornu 4.872 —

Novince 4.8()0 —

Omnès 4.098 —

Robert 4.i74 —

Rouzaut 4.731 —

Thoury 4.7<>5 —

Tillet 4.785 —

Toullec 4.752 —

Vibert 4.7()8 —

Vauthier Edmond, 5.077 —

Les socialistes étaient élus !

Le citoyen Aubert, premier des socialistes, obtenait 934 voix de plus que M. Allain, conseiller général, premier des républicains.

La ville de Brest était désormais représentée pai* un conseil municipal socialiste — plus que socialiste : collectiviste — plus que collectiviste : révolutionnaire ; plus que révolutionnaire : anarchiste.

Et ce conseil était composé de 22 fonctionnaires sur 36 membres.

(( ^'ot('r pour la prcmic)'c liste, di^^ait la vcUîc du scrutin une affiche de leurs adversaires, c'est vouloir la pai.i\ la liberté et la prospérité de votre ville;

(( \'ofer pour la deuxiétue (celle des vainqueurs du (S )nai), c'est vouloir la Révolution avec toutes ses '■ouséqueuces désasi reuses... »

Les citoyens brestois avaient fait leur choix : Ils avaient choisi la révolution. Ils voulaient marcher avec leur siècle.

Sur les cinq j)orts de p;uerre de France, Brest était le seul qui ne fût ])as encore pourvu d'une munici-

palité dans le mouvement : voilà qui était fait et nos cinq <>Tan(les villes maritimes étaient maintenant aux mains du parti de M. Vibert.

L'année précédente, à Cherbourg, à la suite d'un conflit sur la question de Tadduction des eaux de source, vingt et un membres du conseil municipal de cette ville avaient donné leur démission. Des élections partielles avaient eu lieu pour compléter le conseil.

Deux listes étaient en présence : Tune patronnéo par M. Mahieu, socialiste, ancien conseiller d'arrondissement, et l'autre formée des membres démissionnaires de l'ancien conseil municipal à la tête desquels se trouvait M. Renault, ancien maire.

La liste socialiste, composée de vingt-trois membres, passait tout entière au premier tour.

M. Mahieu arrivait en tête avec 3.251 voix contre 2.191 données à M. Charles Renault, ancien maire.

A ce propos, on écrivait de Cherbourg :

On commente beaucoup, dans notre ville, le succès de la liste municipale socialiste qui a passé tout entière aux élections complémentaires de dimanche dernier.

La liste socialiste, dont la majeure partie est formée d'ouvriers du port et de professeurs de l'Université a obtenu près de mille voix de plus que la liste républicaine.

On estime que cette élection, dont le résultat a été accueilli, le soir du vote, par les chants réglementaires de la Carmagnole et de V Internationale, consacre ici le triomphe du socialisme collectiviste qui, depuis longtemps, s'agitait autour de l'hôtel de ville.

L'événement devait se produire tôt ou tard, et il n'était au pouvoir de personne de l'empêcher. Les progrès intenses du socialisme sont niés seulement l>ar les gens de l'espèce autruche ; ils sont aussi évidents que la lumière du jour. Pour les arrêter, il fau-

(Irait d'autres combatifs que les x^oliticiens bourgeois qui en sont encore à se cliamailler sur des pointes d'aiguille, alors que le péril les enserre, les menace de toutes parts, eux et leurs capitaux — car c'est contre le capitalisme seul que se formenc les armées socialistes et collectivistes.

Ces armées sont de plus en plus nombreuses, di plus en plus disciplinées ; elles marchent au doigt et à l'œil d'après un mot d'ordre. Elles s'emparent des municipalités, des sièges législatifs et autres. Partout leur action se manifeste avec d'autant plus de succès qu'elle ne trouve généralement devant elbî que de pauvres résistances, soit que leurs adversaires naturels pactisent avec l'ennemi pour décrocher telle ou telle misérable timbale et assouvir de vieilles ambitions, soit que la débandade et le désarroi régnent dans ces camps, où la victoire ne pourrait entrer qu'avec une entente parfaite et une cohésion absolue de toutes les bonnes volontés et de tous les courages.

La France tout entière est intéressée au récit qui va suivre des exploits municipaux brestois. Nous pensons avoir fait œuvre utile et patriotique en le dédiant aux électeurs qui, au cours de l'année 1908, auront à réélire leurs municipalités.

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