CHAPITRE
Le Conseil municipal en action. — Ces messieurs s*amusent. — L'ère des réformes est ouverte
On a vu, plus haut, que le député radical-socialiste Isnard avait été le principal artisan de la fortune collectiviste. Ce concours était-il désintéressé? Non. Le député avait rêvé de cumuler Palais-Bourbon et Hôtel de ville : une écharpe ne lui suffisait pas, il en voulait deux, celle de parlementaire et celle de maire. Il s'était dit que, toujours, dans le royaume des aveugles, les bor<ines sont rois et avait pensé qu'au sein d'une assemblée dont les membres occupaient pour la plupart une situation sociale plus que modeste, il avait les cliances les plus sérieuses d'être (( tabou )). Et pour mieux préparer ses voies, il s'était montré durant la période^ électorale i)lein de flatteries pour les candidats collectivistes aux côtés (le <iui il combattait. On l'avait entendu approuver, au cours d'une réunion de la salle de Venise, les premières attaques du commis de l'arsenal Goude contre les amiraux, ses chefs, et trouver à cette occasion des accents dithyrambiques qui avaient ému jusques aux larmes son innond)rable auditoire :
Notre camarade Goude, s'était-il écrié, vous disait, tout à riieure parlant des inégalités sociales, qu'on n'avait jamais vu un amiral mettre sa main dans celle d'un travail-
Eli bien, je fais appel à vos souvenirs historiques.
On a vu un roi, François F'', ramasser le pinceau d'un peintre, du Titien ; on a vu le grand roi Louis XIV inviter à sa table un écrivain, notre immort9l Molière.
Et qu'il me soit permis de réparer un oubli. Je connais un amiral qui. non seulement a serré la main d'un ouvrier, mais l'a embrassé dans cette calle. (Gris : « Réveillère ! »)
L'amiral, c'était Réveillère ; l'ouvrier, c'était Aubert! »
Ceci se passait le samedi 7 mai.
Or, le dimanche 15 mai, c*est-à-dire huit jours après, le nouveau conseil municipal étant réuni pour nommer la municipalité, une scène d'un comique intense se déroulait devant le public haletant. On ne saurait mieux raconter ce lever de rideau qu'en reproduisant la petite allocution que le malheureux Isnard, désabusé, prononça d'une voix émue:
Vendredi soir, dit-il, le conseil municipal a tenu une séance privéo pour la désignation des candidats aux fonctions de maire et d'adjoints.
Au début de la séance, j'ai demandé à mes collègues de s'engager sur l'honneur à ne pas divulguer le secret de nos délibérations.
Or, une indiscrétion a été commise par Tun de vous, et dans ces conditions nous devons la vérité au suffrage universel. La voici : au début de la séance, M. Aubert a dit qu'il ne se smtait pas assez capable pour remplir les fonctions de maire, que cette charge serait trop lourde, mais que, cependant, un anii lui avait dit : vous êtes désigné.
J'ai dit à M. Aubert que si, par modestie, ses paroles démentaient sa pensée et qu'il manifestât le moindre désir d'avoir l'écharpe de maire, il veuille bien nous le dire ; et j'ai ajouté, n'obtenant pïs de réponse, les paroles suivantes : « Je ne veux pas non plus les fonctions de maire. Je ne su's pas partisan du cumul des mandats. C-.^pendant, si mon concours vous paraît utile, je pourrai, pendant les grandes
vacances, m'occuper activement, et quand la machine sera mise en marche, à Tépoque de la rentrée de novembre, je démissionnerai pour reprendre m?s travaux à la Chambre. »
Après cette déclaration, nous sommes sortis. Aubert et moi, de la salle des délibérations, et. quand nous y sommes revenus, on nous a fait savoir, sans nous faire connaître les résultats du vote, que M. Aubert était désigné.
Vous deviez, ce matin, messieurs, en témoignage de sympathie, m'élire maire de Brest et reporter -[ensuite vos voix sur M. Aubert, au deuxième tour.
Je ne peux m'associer à une manifestation ridicule et donner le change à Topinion publique.
J'ai 25 ans de bons et loyaux services rendus à la dém.ocratie, et je sais trop le respect que je dois au suffrage universel pour diminuer sa dignité et celle du mandat que j"ai l'honneur d'exercer.
Je vous ai fait connaître les raisons qui m'empêchaient d'accepter un cumul de mandats.
Je remercie profondément ies électeurs qui m'ont donné leurs suffrages.
Je remercie les huit amis qui ont cru mon concours util\ et je crois de mon devoir de donner ma démission de conseiller municipal.
Donc, huit jours à peine s'étaient écoulés et déjà le radical Isnard était jeté à la mer par ses amis de la veille.
Il y resta, et de cet instant son rôle politique était terminé. Aux élections léj^islatives, deux ans après, il était écrasé dès le premier tour.
Nous n'irons pas jusqu'à dire qu'il n'avait pas mérité cette fin misérable.
Débarrassés de leur député radical, nos collectivistes procédèrent dès lors à l'élection de la munici l)alité, qui fut composée de la fa(;on suivante :
Maire : le citoyen Aubert, ouvrier horloger ;
Premier adjoint : le citoyen Vibert, ouvrier do l'arsenal ;
— /ff) —
Deuxième adjoint : le citoyen Gourivaud, médecin, >sous-inspecteur des Enfants assistés ;
Troisième adjoint : le citoyen Litalien, ])rofessenr agrégé au Lycée de Brest ;
Quatrième adjoint : le citoycm Oonde, commis anx écritures à l'arsenal ;
Cinguièmc adjoint : le citoyen Le Trélmidic. compagnon menuisier.
Soit quatre fonctionnaires sur six membres de. la municipalité.
Ces six citoyens furent élus membres de la municipalité naissante durant qu'une niusi(]ue scolaire, dirigée ])ar un instituteur, Y(unissait par tous les pavillons de ses cuivres enthousiastes V Internati(Hi(il(\ reprise en cUceur par la foule massée aux abords de l'antique masure (pii sert d'iiôtel de ville aux lîrestois et dont l(^s murs entendirent, depuis 175(), l'éloge de tous les régimes : royauté, empire, républi(|ue, et, maintenant, socialisme-collectiviste, en attendant mieux...
Sans perdre une minute, le c(mseil vote les trois adresses curieuses (jue voici :
M. Combes, président du conseil, Paris.
Le conseil municipal socialiste de Brest, réuni à l'occasion de son installation, adresse au président du conseil et aux membres du gouvernement Texpression de sa profonde sympathie.
11 fait des vœux pour le succès des réformes poursuivies par le ministère Combes, et notamment pour que les retraites ouvrières, l'impôt sur le l'cvpnu, la loi de deux ans, aboutissent sans retard.
Ministre de la Guerre, Pari^
Confiant dans les sentiments de bienveillance et d'équité du ministre de la Guerre, le conseil mimicipal socialiste de
Brest, prenant ses lunctions, tient à lui exprimer toutes ses sympathies.
Ministre de la Guerre, Paris.
En entrant à rhôteJ d} ville, le conseil municipal socialiste de Brest salue, dans le citoyen Pelletan, le ministre réformateur ennemi des vieilles routines et souhaite que l'œuvre entreprise par lui puisse être achevée, pour le plus grand bien des travailleurs des arsenaux.
Puis on vit aussitôt co spectacle uoiiveaii : le conseil municipal tout entier, maire en tête, se met en marche à travers la Aille et, précédé de la musique scolaire qui vomit toujours Y Internationale, se rend... devant la maison de Tamiral Réveillère i)our lui donner une aubade... Nous savons déjà que, depuis le voyage de M. Camille Pc^lletan, c'est avec ce refrain que Ton saltie les grands chefs de la marine.
Et encore une fois, l'amiral end)rassa le citoyen Aubert. On dit que, depuis, le bon amiral a quehiue peu regretté ces témoignages de sympathie — mais nous ne saurions Taffirmer.
La jnMse de possession est désormais complète et nous allons voir, dès la première séance, ([uel usagv* les collectivistes entendent faire du i)()UV()ir remis entre leurs mains inexpertes par le suffrage universel.
C'est le mardi 24 mai.
Le citoyen-maire y va, natinclleiueni, de son pciit <lisc()urs d'ouverture, dont la caractéristi(iue est une erreur de calcul i)hén()ménahs l'orateur prétendant <|ne la municipalité pi-écédente n'a hiissé comnu» r('li(iuat disponible (ju'une somme de 11.2()î) fr. 1(>, alors ([uc, (Ml réalité, le crédit absolumcMit libre
déposé dans la caisse du receveur municipal est de 4(>2.842 fr. 88.
Déjà, la rue est eu ébullition.
Des grèves ont éclaté dans plusieurs corporations.
Or, loin de se préoccuper de cette situation de jour en jour, d'heure en heure plus périlleuse, sait-on sur quelle (jnestion les collectivistes font porter tout l'effort de leur discussion ?
Ah ! il s'agit bien des boulangers qui bouleversenr les pétrins, des dockers qui commettent d'importants dégâts au port de commerce !
Ces messieurs ont d'autres soucis : ils tiennent, par dessus tout, à manifester sans retard leur anticléricalisme irréductible et, pour ce, décrètent, quoi ? la suppression du port du viatique aux mourants I...
("omme début, c'était trouA'é.
Une discussion inénarrable s'engage sur ce sujet.
La proposition émanait du conseiller Mornu, commis de l'arsenal ; le professeur Litalien la combat.
Lisez ceci :
M. Litalien. — Je demando la parole comme anticlérical assez comiu.
C'est là, à mon avis, une des manifestations d'un anticléricalisme qui n'est pas V'^ mien.
Il y a plusieurs espèces d'anticléricalisme : Tanticléricalisme d'action et l'anticléricalisme superficiel ou de façade.
Pour terrasser la puissance cléricale, il n'y a que deux points sur 1 \squels on puisse l'attaquer : la question d'enseignement et la question d'assistance.
Toutes les fois que l'on élève l'enseignement laïque on fait brèche dans l'Eglise ; toutes les fois que l'on organise l'assistance on fait également brèch"» dans l'Eglise.
Ce que vous voulez faire aujourd'hui, c'est un simple geste qui ne peut faire de mal à l'Eglise ; ce geste n'est qu'un anticléricalisme de façade.
J'avoue que cetuo procession du viatique m'est révélée par les auteurs de la proposition.
J'habite Brest depuis ijlusieurs années. J'ai souvent rencontré cette procession du viatique et jamais je n'en ai été offusqué.
11 faut faire une grande différence entre la procession de la Fête-Dieu, par 'xernple, et la procession du viatique.
La procession do la Fête-Dieu, c'est une exhibition solennelle du cléricalisme prenant possession de toute une ville pour éta])lir .'-a puissance.
La procession du viatiquj, au contraire, c'est tout simplement la manifestation extérieure du sacrement catholique.
Il y a des gens en très grand nombre encore qui ne veulent pas mourir sans avoir ce qu'ils appellent le viatique. C'est une chose sacrée pour eux.
Quelques personnes r.mconti^ant ce viatique s'agenouillent ; d'autres, et je suis de ce nombre, passent sans se découvrir.
Mais je déclare que ma liberté n'a jamais été offusquée.
Supprinier la procession du viatique, ce n'est faire nul mal h l'Eglise, au contraire.
Ce n''^st qu'un geste, et bien des gens qui nous attendent pour nous juger diront : « C'est cela qu'ils font ! »
C'est un geste irrévérencieux et taquin, rien de plus. (iMouvement.)
M. Mornu. — M. Litalien se trompe quand il dit que mon anticléricalisme est de façade.
M. Litalien. — Je ne fais pas de personnalités. Je pari > en géné"al.
M. Mornu. — C'est une manifestation qui, pour moi, est la même que les grandes processions.
11 n'y a pas de persécution. C'est une manif station extérieure du culte.
Tout le prestige du cléricalisme réside dans les manif vstations extérieures et ii faut les supprimer.
M. Litalien. — T^a in'ocession de la Féte-I)i»u. oui ; mais i! faut bien, au nom de la liberté, laisser libre la pi'occssion du viatique.
M. Mornu. — On peut le mettre dans un sac (sic^. Vou^ voyez un parasol sous lequel se trouve» un bonhomm»' habillé en bonz(^ ; il y a une clochette. On dirait une nranifcotation de Chinois.
Ce n'est pas une manifestation que je veux faire ; je m'en fiche pas mal, des persécutions !
Il est toujours utile de combattre ces gens-là et tous les moyens sont bons pour l'^s combattre.
M Litalien. — Un sacrement, dit M. Mornu, ça se met dans un sac.
Un drapeau rouge aussi, ça se met dans un sac.
A Paris, loi'sque la police fait enlever le drapeau rouge, les socialistes ne sont pas contents.
Les catholiques peuvent ne pas l'être, non plus ; surtout qu'ici la liberté et les socialistes n'ont rien à gagner.
D'autre part, je proteste hautement contre la théorie de M. Mornu.
Quand on est socialiste, on ne doit combattre personne par tous les moyens.
Il y a des moyens bons et des moyens malhonnêtes. On ne doit jamais employer les moyens malhonnêtes.
Si nous avons reproduit la sténographie de cette discussion en réalité bien puérile, c'est pour montrer Tesprit qui désormais va présider à toutes les délibérations de ces messieurs.
Le conseiller Mornu, emploj^é de Tarsenal, et le professeur agrégé Litalien sont en apparent désac cord — au fond ils s'entendent : Tun proclame tous les moyens bons pour abattre Tennemi ; l'autre fait quelques manières pour en arriver là — mais, eu fin de compte, le j)ort du viatique est supprimé, il est mis, (Unis le sac.
Dans le sac, on mettra bien d'autres choses encore que nous allons dire.
Xos conseillers collectivistes, même les plus instruits, les plus dixdômés comme l'uuiA^ersitaire Litalien, ne brillent ])as toujours par la suite dans les idées, par la logique. Ainsi, l'orateur (^ui, au sujet du viatique, pronon(;ait des paroles si courageuses et si inattendues étant donné le milieu auquel
elles étaient destinées, sera, plus tard, le plus ardent pron.oteur de la suppression des libertés de la. rue pour les funérailles. Après avoir défendu le port du viatique, 1(^ conseil votera la défense d'exhiber les end)lènies religieux aux enterrements. Et, cette fois, loin de protester, le faux libéral Litalic^n poussera de toutes ses forces à Texicution d'une mesure aussi absurde ([ue vexatoire. Les moribonds et les morts sont les premières victimes des municipaux I
Les jeux des conseillers collectivistes commençaient ainsi et Tère des réformes fameuses, où l>rest allait s'illustrer, était ouverte.
L'ètïet produit par ces débuts fut désastreux. Le geste des nouveaux maîtres de l'hôtel de ville avait été maladroit parce ([u'il att(M'gnait ï)rofondément les croyances, et portait un coup d'une brutalité inouïe aux usages séculaires.
On sait que la Bretagne est l'une des provinces françaises où les catholiques ont le plus longtemps et le plus réî-'olument conservé leurs traditions et le cérémonial cultuel. A lîrest, malgré le renouvellement continu d(^ la liopulation active composée de nmrins, de fonctionnaires, de militaires venus des (juatre l)oints cardinaux du pays, habitants (\\i\ restent s'ils se sont mariés et ont fait souche, et (pii repartent pour leur contrée d'origine lorsqu'ils n'ont ])as trouvé à s'établir définitivement, la plupart des familles ont à cceur les prati(]ues religieuses. Dans les nmisons ouvrières, on tient à fêter la ])remière communion des enfants avec tout l'éclat possible Les entcM-renuMils et les mariages civils sont l'exception, (4 rexc(q)tion à un degré tel (pK^ l'on ])eut dire (lu'il n'y en a jamais.
Daus ces conditious, les élus du peuple étaient bien mal ins])irés lorsque pour coniniencei* Tœuvre de régénération sociale, ils s'attaquaient à des coutumes dont un philosophe rationaliste peut critiquer l'existence en son for intérieur, mais que tout homme d'idées larges doit respecter, afin de ne point froisser les consciences.
La proposition du citoyen Mornu, lequel est d'ailleurs un ancien élève des écoles chrétiennes, fut votée ; elle eut pour résultat de ]3orter le premier coup à la popularité des collectivistes. Peu après, le même Mornu ayant posé sa candidature au conseil d'arrondissement contre un républicain progressiste, M. Ch. Lamarque, fut battu à plates coutures.
Il se passait, du reste, des événements qui allaient bientôt mettre tout à l'envers. La procession du viati(iue allait être remplacée i)ar d'autres processions d'un caractère plus gênant pour la paix publique.
Une quinzaine de jours à peine s'étaient écoulés depuis le scrutin.
Déjà le tumulte était dans la rue.
Nous verrons, d'autre part, au chapitre spécialement consacré à l'histoire des grèves, l'importance extraordinaire ([ue prit en très peu de temps le mouvement révolutionnaii'e.
La grève des ouvriers boulangers venait de se déclarer. En (jnelques jours, elle avait pris un développement très inquiétant. Le soir du 22 mai, c'était un dinmnche, après avoir tenu un meeting, les grévistes forment une manifestation et parcourent les rues où se trouvent des boulangeries. Ils remarciuent que malgré leur absence les patrons ])réi)arent la fournée de la nuit. Ils s'attaquent alors aux devantures.
brisent les vitrines, démolissent les portes. Aucune mesure de police n'étant prise, les grévistes peuvent saboter à leur aise dix établissements : 1° Boulangerie Le Goaër, rue de Traverse ; 2° Boulangerie Le Goaër, rue du Petit-jVIoulin ; 3° Boulangerie Pérennès, rue Neuve, 27 ; 4° Boulangerie Salaun, rué Neuve, 34 ; 5° Boulangerie Carré, rue du Pont ; 6" Boulangerie maritime, rue de la Rampe ; 7° Boulangerie Rannou, rue de Paris, 38 ; 8° Boulangerie Bergot, rue de Paris, 151 ; 9"" Boulangerie Le Roy, rue Frézier, 1 ; 10° Boulangerie Calvez, rue Inkermann.
Voici la lettre (lue l'un des sinistrés adressait, le lendemain, à la presse locale :
Monsieur lo rédacteur,
Dans le numéro de ce matin, il est dit que le [)ropriétaire de la boulangtirie Calvez arrosa les manifestants avec de l'eau chaude.
Permettez-moi de déclarer qu'il n'y avait pas d'eau chaude chez moi au moment de la manifestation. Si les manifestants ont été arrosés, ce ne peut être que par le pétrole de la lampe-suspension, qu'ils ont brisée, après avoir fracturé la d'wanture et mis en gièces les glaces et les vitres.
Ma femme et ma nièce, qui se trouvaient au fond du magasin, n'eurent que le temps de se sauver, poursuivies par d'énormes cailloux.
Au premin^ étage, ma femme entr'ouvrit un volet, mais c'était pour essayer de reconnaître quelques-uns des manifestants. Elle n'en eut pas le temps, une grèl-^ de pierres s'abattait sur le volet.
Ceci se i)assait vers 7 h. 15. Nous n'avons rien jeté, aucune provocation n'est partie d.^ notre part.
J'évalue les dégâts faits dans ma boutique à la sonune appi'oximative de 300 francs, et ma llllette de cinq ans fut si elïfayée, qu'elle ne fait que tremi)ler depuis.
CALVEZ, boidanger. i-ue Inkermann.
La danse voniinen(;ait.
Ia' vendredi 27 mai. la Aille était ineiiaeée de famine.
(Jnatre-vinjit mille habitants eussent man(iiié de Ijain si, ù ironie des choses I — M. ramille Pelletan, ministre de la Marine, u'ent donné à l'amiral ^lallarmé, préfet maritime, Tordre de (( mettre à la disposition de la municipalité tons les moyens dont l'autorité maritime dispose en hommes, matériel et farine, pour le cas où la fabrication particulière serait instif lisante ».
Antre ironie : les révolutionnaires de l'hôtel de vilh^ ré(|tiisitionnaient la trotipe pour cogner snr leurs électetirs I
Le lendemain, le vice-amiral 31allarmé, commandant en chef, faisait afticlier la proclamation suivante :
Le vicc-a mirai coin mandant en chef, (jouverneiir, conunandant d\trnu\s, prévient les troupes de la garnison de Brest qwil va être obligé de leur demande'^ des efforts exceptionnels^ afin de satisfaire à toutes les réquisitions qu'il reçoit, pour assurer la liberté (lu travail. Il compte donc sur les officiers^ sousofficiers et soldats pour qu'ils acceptent ce surcroit de travail et de fatigue avec patience et bonne ///.ineur.
Ce sera grâce à far niée que le calme finira par rentrer dans les esprits et que la chose la plus sacrée au )nonde, la liberté qu'a chacun de travailler pour gagner sa vie^ pourra être respectée.
MALLAKMÉ.
La grève des dockers était venue s'ajotiter à celle des boulangers.
Durant toute la nuit précédente, la ville ava.'t été absolument livrée à l'émeute.
Après avoir écouté les excitations du citoyen Bousquet, de la (.Confédération Générale du Travail, à la salle de Venise, une bande d'individus avait entrepris, vers dix heures du soir, le sac de la maison Chevillotte, 42, rue du Château. M. Chevillotte est l'un des principaux armateurs du port de commerce. La porte avait été complètement démolie à l'aide d'énormes pierres.
M. Chevillotte, le revolver à la main, attendait au haut de son escalier, prêt à faire feu sur les émeu tiers, qui avaient cru prudent de ne pas entrer.
La bande s'était ensuite dirigée vers le port de commerce, où elle avait commis de nomeaux dé- «jâts, jetant à la mer une quantité considérable d(» marchandises. Puis elle continua sa promenade* n tnivc^rs la ville et brisa la devanture d(\s bureaux de .M. IJazin, o(), rue de Riam.
Aucune mesure d'ordre n'avait été prise.
La ville était restée livrée à l'anarchie la plus complète. Nous voici en plein épanouissement de la Sociale î
Il était temps de mettre les habitants et les prol)riétés sous la protection du Sabr(\