LA VIE D’UN « ESCHOLIER
Il nous a plu d’évoquer ces souvenirs pour témoigner de la place importante que tenait au xvie siècle, dans la vie intellectuelle, cette ville de Bourges qu’un étranger, Abraham Golnitz, dénommait dans ses mémoires la « Ville des Lettrés ».
L’œuvre de l’Université de Bourges fut magnifique et son rayonnement considérable ; un dicton populaire du xvue siècle l’affirme ; il est ainsi conçu :
Papes du Limousin,
Chanceliers d’Auvergne,
Maréchaux de Gascogne,
Légistes de Bourges.
Ce tableau d’un lointain passé trop brièvement esquissé fixera, nous l’espérons, l’influence animatrice de Bourges à cette époque si troublée mais si passionnante de notre histoire nationale et nous ne saurions mieux faire, en terminant, pour expliquer notre dessein, que de rappeler cette pensée qu’Anatole France émet dans le Le Livre de mon Ami : « Ne perdons rien du passé, ce n’est qu’avec le passé qu’on fait l'avenir. »
LE MUSÉE DU BERRY
près un siècle de tâtonnements et de tentatives infruc-
I \ tueuses (1791-1891), la Ville de Bourges put enfin réaliser un projet qui lui tenait tant à cœur, et, c’est dans la demeure de Cujas que furent installées les collections du Musée, dénommé Musée du Perry, par arrêté municipal du 12 février 1912.
« Les Musées, a dit Abel Bonnard, sont des morgues très nécessaires, mais où les œuvres d’Art perdent la moitié de leur charme. »
A Bourges, cette opinion ne saurait prévaloir, car le cadre les fait ressortir, ajoutant encore au plaisir et à l’intérêt de la visite.
Le Musée fut fondé en 1834 par « la volonté, les efforts et l’âme d’un seul homme, M. Claude Mater ».
Déjà des tentatives infructueuses avaient été faites ; ainsi, lorsqu’en 1791, on ferma les églises et les couvents et que, plus tard, on confisqua les biens des émigrés, on constitua le « Muséum de Bourges (1791-1802) ». En 1793, on comptait 100 objets placés sous la surveillance du citoyen Champion et abrités dans les locaux et les jardins de la ci-devant Intendance (Préfecture actuelle) ; mais les collections diminuèrent bientôt et le 23 floréal an X, le catalogue du Muséum ne comprenait plus que 17 numéros.
II faut dire qu’une quantité de restitutions avaient été faites aux églises, aux préfectures, aux mairies et aux émigrés.
De 1802 à 1830, malgré tous les efforts tentés, le Musée végéta ; il faut arriver en 1834 pour constater qu’une
LE MUSEE DU BERRY
véritable impulsion lui est donnée par la Commission dite « Société d’Antiquités ».
Jusqu’en 1862, le Conservateur en est M. Mater et les collections prennent une très grande importance, car on avait trouvé de généreux donateurs, tant dans le département du Cher que dans les départements voisins ; il suffira de dire que le catalogue comprenait bientôt 1590 numéros, et sur ce nombre, il y avait 1067 dons.
Ces collections furent placées partie dans une salle de Jacques Cœur et dans les combles, partie dans le premier étage d’un ancien Jeu de Paume (Central Hôtel). Lorsque la ville vendit, en i8s6, Jacques Cœur à l’Etat, les collections abritées dans ce palais furent transportées dans le dernier immeuble auquel il est fait allusion ci-dessus, lequel fut entièrement occupé jusqu’en 1891.
Entre temps, on avait parlé d’installer le Musée soit à l’Eglise des Carmes t1 2), soit à l’Hotel Lallemant ou bien dans l’ancienne église de Notre-Dame de Salles (2); l'acquisition de Cujas permit de réaliser un vœu depuis longtemps souhaité.
(1) Sur l’emplacement de laquelle a été édifiée l’Ecole des Arts appliqués à l’Industrie.
(2) Rue Moyenne près l’Hôtel de Ville.
Visite des Collections
En pénétrant dans la cour d'entrée sur trois côtés de laquelle régnent des batiments, une très belle collection de plaques de cheminée fondues en Berry se présente à l’œil du visiteur ; toutes ou presque toutes sont timbrées aux armes de France ou à celles de villes ou de particuliers.
Nous trouvons notamment les villes d'Issoudun et de Saint-Florent, l’Abbaye de Saint-Sulpice, puis viennent après les armes de Louis XIV, Colbert, les Fradet, Marquis de Tracy, Berthier de Bissy, Mansard, comte de Sagonne, Rochefort, le Cardinal de La Rochefoucault, Béthune Charost, etc...
Sur un socle repose le buste d’un musicien berruyer, Louis Lacombe, l’apôtre du chant choral, l’auteur de Winkelried, du Tonnelier de Nuremberg, dont la musique, fort goûtée outre-Rhin, se retrouve dans certaines œuvres de Wagner.
I. — Pour poursuivre la visite du rez-de-chaussée, on doit d’abord parcourir à droite la SALLE JEF1AN DE BERRY, ancienne salle à manger de Cujas, ornée d’un très beau plafond de bois restauré, où les solives apparentes font le plus bel effet. A l’entrée, dans le vestibule, le buste du fondateur du Musée, M. Denis Mater, Président à la cour de Bourges (1780-1862).
On peut d’abord admirer contre le mur de gauche, cinq pièces provenant de la démolition du Jubé de la Cathédrale de Bourges, œuvre des xme et xive siècles ; la femme de Pilate (moulage). — Le baiser de Judas (moulage). — Le motif central, « le Christ en croix » est rehaussé
LE MUSEE DU BERRY
de verroteries églomisées (pièce originale en pierre). — puis Judas recevant le prix de sa trahison (moulage), enfin, Adam et Eve (moulage). Ce jubé fut démoli par ordre du Chapitre, en 1757, car il cachait aux fidèles le maître-autel et les officiants. (Les originaux des moulages existent au Musée du Louvre).
En poursuivant, on remarque un groupe d'anges en marbre, de Jean de Cambray ; leurs ailes portent encore quelques traces d’or ; ces œuvres d’art proviennent de la Sainte-Chapelle de Bourges, dont une reproduction figure sous une vitrine (n° 1), encadrée de deux lutrins : l’un en fer, provient d’Henrichemont (Cher) (sa facture est du xvme siècle) ; le second, en bois, a toutes les caractéristiques du xve siècle, et a été découvert à Civray (Cher).
Encadrant le groupe de marbre, ci-dessus visé, on admire deux reproductions de dessins au pastel des statues de Jean, duc de Berry et de Anne de Boulogne, sa seconde femme, d’après Holbein (Hans) le Jeune (Musée de Bâle).
A leurs pieds, deux coffres de fer aux serrures compliquées servant, paraît-il, à transporter, au xve siècle, la paie des armées.
En poursuivant la visite, on trouve une grande vitrine (n° 6) abritant une collection de coffrets, d’objets religieux divers et de poteries du Moyen Age, puis, sur un coffre du xve siècle, une Vierge en bois de la même époque, accompagnée de deux statues représentant des Apôtres ou des Prophètes, attribués à André Beauneveu, et provenant, ainsi que certains fragments de sculptures placés en arrière, de la Sainte Chapelle de Bourges.
A l’angle, sur un socle, se dresse une Vierge en bois du xive siècle ; puis, la porte donnant accès dans la « salle Jacques Cœur » est gardée par deux statues de pierre du xii° siècle (Saint Benoit du Sault (Indre).
11 faut ensuite jeter un coup d’œil sur la cheminée au
LE MUSEE DU BERRY
manteau timbré de l’écu de France, soutenu par deux personnages ; dans l'àtre, sont déposés des landiers en fer du xvne siècle.
Contre le jambage gauche de cette cheminée est appuyée une statue en pierre (xve siècle) : St Roch, provenant de St Loup et de l’autre côté, une « martyre » en pierre (xve ou xvie siècle).
En continuant, on rencontre un prophète (Ste Chapelle), puis une Pieta du xvie siècle (?)
Dans des vitrines, nos 3 et 4, appuyées contre les fenêtres donnant sur la cour, sont déposés des fers d’armes, des épées, des poignards, des lances et divers ornements de l’époque mérovingienne.
Une vitrine (n° 5), placée au-dessous des fragments du jubé de la Cathédrale et voisinant avec un « Saint-Jean » en bois (xvue siècle), abrite une curieuse collection de clefs.
Dans la vitrine centrale (n° 2) ont été réunis un certain nombre de « pleurants » en albâtre et en moulage (soubassements du tombeau du Duc Jehan de Berry) ; (une reconstitution de ce tombeau, due aux patientes recherches de M. Gauchery, est visible dans une des salles du Palais de Jacques Cœur). Ces pleurants sont l’œuvre de Bobillet et Mosselmann.
On y voit également le masque funèbre d’Agnès Sorel, favorite de Charles VII (1409-1430), dont la mort servit de prétexte à l’arrestation et à la mise en jugement de Jacques Cœur ; puis se présentent alors de très jolis groupes : l’un du xve siècle « le Sommeil des Apôtres au jardin des Oliviers », provenant de la Sainte Chapelle, et deux autres statues « une Vierge et l’enfant Jésus », xne siècle (Saint- Bonnet), et le même sujet provenant de Maisonneuve (Creuse) ; on y trouve aussi deux tableaux : les portraits de Cujas [par le peintre flamand Hans Bol (1387)] et de Macée de Léodepart, femme de Jacques Cœur (xve).
LE MUSEE DU BERRY
Successivement se«présentent à l’œil du visiteur : le soulier de la fondatrice du couvent des Annonciades» Sainte Jeanne de Valois, fille de Louis XI, femme de Louis XII et sœur de Charles VIII. Cette chaussure, qui dénonce l’infirmité de la princesse (pied bot), fut acquise, à vil prix, à Bourges par M. de Sauzay, lors du pillage et du sac du couvent par les argoulets du Duc de Lorges (Montgomery), au moment de l’occupation de Bourges par les troupes calvinistes.
Vient ensuite un très intéressant livre d’heures (don de Mme Bonnelat) ; il appartenait à Anne de Matteflon. Au centre de la vitrine une coupe de porphyre, du trésor de la Sainte Chapelle, encadrée d’une croix du xif avec cabochons et d’un reliquaire du xve siècle.
A droite et à gauche de la vitrine centrale, deux pierres tombales représentent un archevêque de Bourges, Richard II (1071-1092) [abbaye de Plaimpied (Cher)] et un religieux de l’abbaye de St Ambroix (xin°) [Bourges, Avenue Jean Jaurès],
Aux murs, sont appendues un certain nombre de toiles intéressantes et des portraits : trois œuvres de Jean Boucher, peintre berruyer du xvf, le maître de Mignard : St Sébastien (peinture sur bois), Ste Madeleine et Ste Jeanne de Valois en extase, en habits de religieuse de l’Annonciade dont elle était la fondatrice ; à ses pieds une couronne et un manteau royal ; puis un groupe : Pérelle, bourgeois de Bourges et sa femme entourés de leur douze enfants, trois garçons et neuf filles. Plus loin, deux vues de la Ste Chapelle, construite au xvf siècle par Jean de France, duc de Berry, le Palais de Jacques Cœur, vu de la place Berry lors du procès de Barbés (1849). Line vue de Bourges et de la Grosse Tour au xvue siècle. Cette dernière toile est divisée en trois parties : à gauche, la tour en son entier, avec l’inscription « Dans sa Beauté » ; au centre,
un embrasement dévore la tour : « Dans le feu » ; à droite, des ruines : « Dans la ruine » ; au-dessous règne l’inscription « Représentation de la grosse tour de Bourges, bastie par Jules, qui fut abattue en l’année 1655 » [sur l’ordre de Louis XIV après la révolte du prince de Condé.]
Dans les vitres des fenêtres, divers écussons, notamment celui de Jacques Cœur.
II. — SALLE JACQUES CŒUR (ancienne chambre à coucher de Cujas). — Le plafond de bois a été entièrement reconstitué, ainsi que la cheminée, sur le manteau de laquelle on peut remarquer une galère en pierre provenant du IUlais de Jacques Cœur, emblème de ce grand négociant qui fit connaître la France au proche Orient.
Dans les vitrines nos 8 à 18 sont exposés des objets d’usage et d’ornementation des époques romaine et galloromaine, découverts lors des fouilles pratiquées principalement à Bourges, aux lieux dits : le Fin Renard et place Séraucourt.
Les murs sont ornés de deux tapisseries : celle placée à gauche de la cheminée porte la date de 1450, elle provient de la cathédrale ; on y voit les armes de l’archevêque Pierre de Crosses avec l’inscription « Comment la nef St Etienne fait escale près de Chalcidie et où plusieurs malades furent guéris ». Dans la nef apparaissent les reliques de St Etienne et sur la rive, sous l’œil d'un démon, des malades et des estropiés prient pour leur guérison.
Au-dessus de la vitrine n° 13, se déroulent, sur une autre tapisserie du commencement du xvf siècle, divers épisodes de la vie de St Ursin. Cette tapisserie appartenait à l'ancienne Eglise Collégiale de St-Ursin (édifiée sur l’emplacement actuel de la place Montaigne) ; elle fut offerte, vers 1500, à l’église par Nicolas de
LE MUSEE DU BERRY
Breuil, prieur de St-Ursin, fils de Nicolas et de Marie Chambellan O.
On trouve en outre divers portraits de juristes et de professeurs de l’Université de Bourges : Alciat, Duaren, Chenu, Mérille, Hottman, Donau, puis des portraits attribués à Largillière (xvne et xvme siècles) : Dodard et Chabenat, Bourdaloue (prédicateur du xvne siècle, né à Bourges, lequel prêcha devant Louis XIV) et une supérieure, Abbesse de Saint-Laurent, Mme de la Roche Aimon. Dans la cheminée, trois cloches ont été déposées ; l’une était fixée dans le campanile de Jacques Cœur ; une seconde, baptisée « Solange », provient de l’église de Notre-Dame de Fourchault (rue Porte-Jaune) ; près de la deuxième fenêtre de gauche, avant l’oratoire, on voit quelques portraits de l’Ecole de Clouet (xvie).
III. — ORATOIRE. — De la salle de Jacques Cœur, on pénètre dans l’Oratoire ; les murs sont recouverts de boiseries peintes, du xviT siècle (la Vie des Saints), ornant antérieurement l’église de Saint-Jean des Champs (édifiée sur l’emplacement actuel de la place Louis Lacombe).
On y remarque aussi, outre une vitrine (n° 19) contenant des reproductions de moules à pâtisserie (xviie et xvuic siècles), deux vierges en bois du xvie : « Sainte Colette et Sainte Blandine ».
IV. — ARCADES. — De la salle Jacques Cœur, une porte donne accès dans une loggia ajourée sur cour et jardin.
(1) Par délibération du 18 juin 1927, le Conseil Municipal de Bourges acceptait un legs de M. Garnier de Vierzon : trois tapisseries — deux d’Aubusson (xvn° sicde) Episode de la vie de Sainte-Solange, patronne du Berry, et une scène champêtre ; la troisième tapisserie de Flandres (première moitié du xvi° siècle), chasse au cerf, costumes et armes romains.
Jusqu’à nouvel ordre, en vue d’une nouvelle réinstallation, ces tapisseries, ' propriétés de la ville, ont été déposées dans les salles inoccupées du Palais de Jacques Cœur.
LE MUSÉE DU BERRY
Là sont déposés deux mouvements d’horloge : l’un (1423), horloge astronomique de la Cathédrale, le second, apporté de Sancerre en 1373 par le maréchal de La Châtre, gouverneur du Berry, lors du siège de cette ville et déposé dans l’église Saint-Bonnet.
En outre, il y a quelques statues religieuses en pierre (Sainte Anne et Sainte Claire), puis une Vierge avec l’enfant Jésus (statue de bois du xvne).
Près de la porte, une œuvre moderne, une odalisque de l’école de Canova, signée par Jacquot (de Nancy).
Sur les murs sont appliqués des écussons de familles berruyères (les Fradet), des médaillons de l’époque de la Renaissance (Empereurs romains), des inscriptions des xvie, xvne et xvme siècles, et une épitaphe du xvue siècle sans armoiries.
V. — SALLE JEAN BOUCHER (peintre Berruyer, 1368-1631). Sauf un voyage à Rome, il habita toujours Bourges. [La Cathédrale et l’Eglise Saint Bonnet possèdent de ses œuvres]. — De l’autre côté de la salle Jacques Cœur existe une ancienne salle de débarras, dont la porte (ouverte depuis l’installation du Musée) donne accès au musée lapidaire. Les vitrines 20 à 27 contiennent des silex de la période préhistorique de différentes régions.
Dans une vitrine murale (n° 28) sont rangées des poteries grecques et étrusques, et dans une autre (n° 29), une momie égyptienne du défunt prêtre d’Horus, Teos (vers 2.300 avant l’ère chrétienne).
Cette momie complète fut donnée par la marquise de la Rochemonteix et porte en hiéroglyphes l’inscription cidessous :
« 11 salue les dieux de l’A ment (enfer égyptien) et les remercie des divers biens mystiques entre autres de lui avoir donné la bouche pour parler. Les Dieux ne l’ont
LE MUSÉE DU BERRY
pas compté au nombre des impies et l’ont sauvé du mal, ils ne lui ferment pas leurs portes, ils ne lui ferment pas les portes de la vie ; il souhaite que son nom subsiste ».
Au plafond, une toile de Jean Restout, élève de Jean Jouvenet, peintre rouennais du xvne siècle, « La présentation au Temple » ; cette œuvre, provenant de l’Abbaye de Fondmorigny, a été trouvée à Sancergues (Ecole française du xvne siècle).
Une toile de Jean Boucher, « LWdoration des Mages » (1622), est apposée contre le mur faisant face à la porte d’entrée ; elle fut découverte à Saint-Martin d’Ocre (Loiret). A droite, un tryptique du même artiste représentant sur la face extérieure des deux volets Jean Boucher et sa mère ; à l’intérieur des volets, deux grisailles : à gauche, la décollation de St Jean-Baptiste, à droite, Hérodiade portant la tête de St Jean. La partie centrale de ce tryptique peut être vue dans une des chapelles de la Cathédrale ; il représente St Jean-BaptisteO.
Deux autres peintures attirent l’attention : une « Vierge » de l’école italienne et un portrait du « Comte de Montalivet », ministre sous Louis-Philippe.
(1) Les volets de ce tryptique furent peints pour la chapelle qu’il fît bâtir dans l’église de St-Bonnet en 1628 :
A gauche, la mère de Jean Boucher en prières. — Au pied de ce volet, ces quatre vers :
« Sainct Jean, mon fils m’a peint aux pieds de ton image ‘Pour répondre au désir que j’avois de m’y voir Et pour payer les vaux dont je te fs hommage Lorsque je te l'ojfris avant que de l’avoir ».
A droite, le peintre se tient à genoux, sa main sur le cœur. — A ses pieds sont déposés la palette et les pinceaux avec cette inscription :
« Grand Sainct , reçoy le cœur de Boucher pour offrande.
Sois-lui porteur des biens dont l'agneau est auteur.
Il est ton peintre icy, sois son entremetteur ;
Est-il plus belle offerte et plus juste demande ? »
LE MUSÉE DU BERRY
Près de la porte de sortie donnant sur la salle Jacques Cœur, on peut admirer des gravures du xvme siècle (Chardin, Lépicier) et une gravure signée A. R. (Rodin) donnant la silhouette de Becque (l’auteur de la comédie « Les Corbeaux ») sous trois aspects.
VI. — MUSÉE LAPIDAIRE. — Les collections de cette partie du Musée sojit extrêment riches et variées.
En poursuivant la visite de gauche à droite, on rencontre d'abord scellées contre la muraille sept pièces remarquables du jubé de la Cathédrale (xne siècle), que les membres du chapitre firent démolir au xvme siècle (1757) : « Les Limbes, L’Enfer, Jésus portant sa croix, La Descente de Croix, La mise au Tombeau, Les gardes endormis, Les saintes femmes au Sépulcre ».
Quelques poteries de La Borne (Cher) voisinent avec des amphores romaines.
Plus loin, des colonnes du jubé de l’ancienne église de Montermoyen (xvne) [emplacement de la caserne Coudé, en bordure de l’avenue Henri-Ducrot], une clef de voûte de l’église de St-Aoustrillet (xve), [place Jacques-Cœur],
En continuant la visite, on peut admirer un écusson en fer forgé du xvuc siècle, avec double face, aux armes de Phélippeau de la Vrillière, cardinal, archevêque de Bourges. Cette œuvre provient du château de Turly (Cher), résidence d’été et maison de campagne des évêques avant la période révolutionnaire.
A cette œuvre font suite des médaillons d’empereurs romains (Renaissance) sculptés dans la pierre et découverts lors de fouilles pratiquées sur l’emplacement de l’ancienne église du Château (à proximité de la rue Jean-Baffier, route de Dun).
Un très grand nombre de stèles trouvées soit au lieu dit « le Fin Renard », soit « au Cimetière des Capucins »,
LE MUSEE DU BERRY
et à Alléan (près de Baugy) présentent de curieuses particularités, car elles révèlent certaines professions de l’époque gallo-romaine.
— Un beau sarcophage de marbre blanc du ive siècle porte sur ses deux faces des gravures en creux : d’un côté, « Daniel dans la fosse aux lions », de l’autre, deux bêtes apocalyptiques s’affrontant, dominées à chaque extrémité par deux petits oiseaux. Les dessins en sont d’une naïveté touchante. Le couvercle du sarcophage fait apparaître deux pentes sur lesquelles d’un côté a été gravé un monogramme décelant que le décédé pratiquait la religion chrétienne (lettres : Alpha et oméga), de l’autre : un paon et un olivier.
En revenant sur ses pas et en examinant les richesses abritées à droite de la porte qui donne accès à la salle Jean Boucher, le visiteur y trouvera des stèles gallo-romaines provenant de Saint-Ambroix-sur-Arnon, ainsi qu’un autel romain incomplet ; comme les stèles placées sous la galerie opposée, elles ont été érigées par des collèges funéraires d’ouvriers et dénoncent les métiers et professions de la région à cette époque : potiers, orfèvres, etc...
— Le tympan d’une porte de l’Eglise de Saint-Pierre le Puellier (Emplacement de la Place George Sand, xii') voisine avec des chapiteaux et des fragments d’architecture de l’époque romaine.
Contre le mur sont dressées une série de pierres tombales, dont une découverte en 1925, rue de la Halle : elle était placée sur le sépulcre d’un Cordelier, Pierre du Coudray (xve siècle). Parmi les autres, les plus intéressantes s'appliquent au Prieur d’Allichamps et de Grandmont, à Agnès, de Sancerre (xive), Odile de Larnay et sa femme (xvte), Piaud de Villers, prieur d'Allichamps, (xvne). Enfin, quelques sculptures de l’époque mérovingienne sont appliquées contre le mur, non loin de chaînes d’entraves de prisonniers (xve).
LE MUSÉE DU BERRY
VIL — SALLE DE PEINTURE MODERNE. — On accède à la cour intérieure précédant la salle de Peinture moderne et donnant, en outre, sur le jardin du Palais de Justice (ancien couvent des Ursulines, xvne siècle) par un couloir orné de plaques de cheminées. Dans la cour se dressent deux colonnes romanes provenant de l’Eglise de Montermoyen ; contre la base des murs sont dressées d’autres plaques de cheminée.
Un fragment de sculpture de l’église des Carmes a été appliqué contre la muraille nord et les fenêtres de la salle de peinture présentent entre les meneaux des sculptures de médaillons de la Renaissance.
[Nous signalerons au visiteur en partant de la muraille sud et en contournant la salle, les œuvres qui attirent le plus l’attention par leur valeur ou leur originalité.]
— Un portrait du général Petit, lequel, à Fontainebleau, présenta à Napoléon, lors de la 2e abdication, le drapeau du ier régiment de la Garde. Cette œuvre est de Boichard ; c’est une de ses meilleures toiles (1837).
— Silhouettes noires, de Pénat (fusain, gouache et pastel).
— L’armée de l’Est ; toile de Chigot, originaire de Graçay.
— Portrait de M'ne Laure Martin-Coutant, statuaire, née à Dun-sur-Auron (Cher), par Umbricht.
— « Une réunion d’artistes » (intérieur et costume Louis XIII), par Roqueplan.
— « Le Pressoir », de François Sallé, peintre berruyer.
— « Un mariage in extremis », de Firmin Girard ( 1868) (2e grand prix de Rome, 1861) ; le peintre a placé dans ce tableau le célèbre docteur Velpeau.
— Deux œuvres d’un peintre local, Pierre de Bengy, « Légende de St Martinien » et le portrait du comte de Sch..., lieutenant aux Gardes Preobajenski (1893).
LE MUSEE DU BERRY
Viennent ensuite : « Le départ deTobie », de Bramtot, médaille de bronze, 1883.
— « Mazeppa », de Guesnet.
— Portrait de M. Mater, fondateur du Musée (Guignet).
— « Les châtaigniers de Boismarmin », Dit' (salon de 1894).
— « Une scène berrichonne », de Fernand Maillaud ; Gabriel Nigond, poète berrichon, l'auteur des « Contes de la Limousine », figure dans cette œuvre, sous l’aspect du cornemuseux.
— « Saint-Célestin », par Chaplin, 1833. — Château de Culan, de Léon Serre.
— Portrait de Michel de Bourges, de Powel.
— Vénus blessée par Diomède (Musée du Louvre), de Callet.
— « Basse-cour », par un peintre berrichon, Henri Jobart, dit Job, de Vierzon.
— « Le Forum », de Dumoulin, 1892.
— « Le retour des Champs », d’Appian, peintre lyonnais, 1863.
— « Framboises et groseilles», nature morte, de Julie Buchet.
— « L’étang de St-Bonnet » (Forêt de Tronçais), de Sallé, 1899.
— « Un coup de vent sur le bord de la Manche, de Barillet, 1834.
— « Anne Boleyn devant ses juges », de Goupil.
— « Le Crépuscule », de Martin des Amoignes.
— '< Fille d’Eve », de Roqueplan, 1896.
— « Chrysanthèmes », nature morte, de Buchet, 1892.
— — — de A. Cougny,
— « fine fin d’été », Bourgeois.
— Des crayons intéressants de Larteau, faits à Bourges pendant le séjour du peintre au cours des hostilités, 1917.
— « Legrand Bisexte », de Maurice Sand.
— - « Pauline et Isabelle », peinture sous verre, de Delachaux, 1902.
— « Jours gras », nature morte, de Fouace, 1892.
— « Thémistocle demandant l’hospitalité au roi Admète » et « Philémon et Baucis», par Coûtant, élève de David, 1819.
— « Episode de l’affranchissement des communes sous Louis le Gros », toile de Boulanger, 1835.
— « La haie mitoyenne », Hanoteau, 1882.
— « Saint Paul premier ermite et Saint Antoine », de Thirion.
— « Oswald et Corinne » (sujet tiré du roman de Mme de Staël), étude de Melle Guimard, 1850.
— « Retour de foire », scène bretonne, par Deyroîle. Au centre de la salle sont dressées deux épines contre
lesquelles, de l’un et l’autre côté, ont été appliquées différentes œuvres dont certaines méritent d’être citées, car elles retiennent les suffrages des visiteurs :
Sur la première épine - — la plus proche de la porte d’entrée :
— « Roméo et Juliette », scène de chats, de J. d’Hazon.
— « Un pèlerin », de Massé.
— « La prise du mamelon vert » (Sébastopol, campagne de Crimée), toile de Wachsmuth.
— « I^aysage », de Des Méloize, 1904.
— « Portrait de Baffier », artiste berrichon, par Joron,
— « Retraite de l’armée de l’Est», de Paul de Katow. — Deux belles gravures offrant la vue de l’hôtel de
Jacques Cœur et du château de Meillant.
LE MUSÉE DU BERRY
— De l’autre côté de cette épine, on peut voir une eau-forte de Desbois, la Cathédrale, le portrait de Rollinat, poète berrichon (eau-forte de Osterlind), puis une gravure de Pénat, ancien élève de l'Ecole des Arts appliqués à l’Industrie de Bourges (Prix de Rome).
— « Jacques Cœur fait visiter à Charles VII les chantiers du Palais qu'il fait édifier à Bourges », par de la Nézières.
— Deux œuvres d’un artiste berrichon, Henri Jamet : « Un intérieur » (femme berçant un enfant) et « Une rue à Gargilesse » (fusain).
— « Bouquet de roses », nature morte, de A. Budin.
— « Les Echardonneuses », par Damour, 1889.
— « Etang dans la Brenne », toile de Nozal.
— « Le Loing à Glandelle », par Martin.
— Enfin, une toile de Patrois, « Jacques Cœur et ses commis ».
— La deuxième épine supporte, d’un côté, « Chien griffon », de Molher.
— Une « vue de Spolette », par Huet.
— « Combat d’avant-garde » (Campagne d’Algérie), par Rigo, 1864.
Cette toile fut exécutée pour le général Fleury, lequel commandait comme colonel l’escadron des Cent Gardes ; il figure dans le tableau sous l’uniforme de capitaine de Spahis.
— De l’autre côté : « Les Déshérités », de Belle (Prix de l’Institut).
— « Tentation de Jésus», paysage de Bertin, 1842.
On peut encore remarquer dans cette salle diverses
œuvres de sculpture : des statues — « la religieuse », de Bengy de Puyvallée.
— « Hérault d'armes publiant un édit (xvc) » et « Chiens d’attelage », plâtre, par M"’e Soyer-Thomas,
LE MUSEE DU BERRY
— « La Gauloise », œuvre de Valette, monument élevé à Juranville (Loiret), pour commémorer le combat du 28 novembre 1870, où les mobiles du Cher (19e Régiment), prirent une part honorable.
— Deux groupes de marbre : « Pandore », par Rutschiel, et « La Colombe et la Fourmi », œuvre de Corbel,
— Un plâtre de Pépin, 1896, « St-Sébastien ».
— Quatre bustes de Dumoutet : Emile Deschamps, poète (xix°) ; Jean Boucher, peintre (xvi8) ; Bourdaloue, prédicateur du Roi Louis XIV (xvne), et Louis Lacombe, musicien et compositeur (xixe), tous nés à Bourges.
— Un plâtre, patiné bronze « Esclave empoisonné », œuvre de Loiseau Rousseau ; « Georges Sand », d’Aimé Millet (1889) ; une œuvre de Baflier « La Prieuse ».
— Deux plâtres, « Metz et Strasbourg », dûs au Directeur de l’Ecole des Beaux-Arts de Bourges, M. Pêtre, (premier directeur de cette Ecole, 1878).
— « La veuve », plâtre de Loiseau, 1889.
Enfin, un marbre blanc sur socle de marbre rouge « Les Lutteurs », dû au ciseau du florentin P. Barzanti.