‹ Une visite aux évêques et prêtres de la Société des missions-étrangères de Paris [microform] ;Chapitre 11 sur 18 · HUR · texte numérisé non relu

HUR

Heureuses journées, celles que je passai en la compagnie de Mgr Chabanon. Son vicariat est, à plus d'un point de vue le bijou des missions annamites. Ni grand, ni petit, il compte en catholiques, baptisés ou catéchumènes, au moins lO^/o de la population globale. Son chef-lieu, Hué, est la ville annamite par excellence, la capitale nationale de ce peuple sympathique, la résidence de son Empereur. La société y est plus distinguée, plus cultivée, plus jalouse de ses traditions et, pour cette raison aussi, dans le milieu lettré plus païenne. Les catholiques comptent dans leurs rangs plus d'une notabilité haut placée, tel le Premier Ministre S. Exe. Bay, et sur eux plane, comme ailleurs en Indochine, mais plus encore, le souvenir des persécutions dont leur ville fut le centre et que leurs pères traversèrent victorieusement, souvent en versant leur sang.

Beaucoup parmi eux peuvent dire: Filii sanctorum sumus^ et c'est ce qui explique, outre certaines nuances de leur vitalité chrétienne, le nombre et la qualité des vocations qu'ils donnent aux séminaires et aux congrégations religieuses. Aussi les grandes œuvres sont-elles prospères à Hué. Enumérer est fastidieux, je m'interdis donc d' enumérer. Mais il faut noter ce qui sort de l'ordinaire. Voici le superbe établissement des Rédemptoristes : ils sont accourus du Canada, il y a cinq ans, à l'appel des Missions-Ëtrangères, donnant le meilleur des exemples, celui de religieux qui, sans se substituer aux missionnaires, sans vouloir partager avec eux autre chose que le travail apostolique, viennent exercer sur la base qu'ils ont posée les activités qui leur sont propres. Et ils en sont récompensés : les vocations affluent à leur Noviciat, une seconde maison prospère déjà à Hanoi et, moins de cinq ans après leur arrivée, il existe une province Rédemptoriste d'Indochine. . .

Voici autre chose. Nos missionnaires, conscients des richesses spirituelles accumulées dans cette population chrétienne, voulaient à tout prix l'initier aux degrés les plus élevés de l'ascétisme. Pendant de longues années, ils frappèrent à la porte de tous les monastères cisterciens, carthusiens ou autres, d'Europe ou d'Amérique ; mais, n'ayant pu obtenir aucun concours, deux d'entre eux demandèrent à leur vieil Êvêque et obtinrent la permission de se faire moines sur place, tout en restant provisoirement missionnaires, afin de former les Annamites à la vie monastique. Résultat : au bout de 1 2 années, le vaste, beau et très pieux monastère de Notre-Dame d'Annam, à Phuocson, avec ses cent religieux, tous annamites, sauf les deux fondateurs, et vivant sous une règle dont les observances, adaptées à la vie pauvre et sobre des indigènes, dépassent en austérité celles des cloîtres les plus stricts.

Dans ce coin béni de l'Annam, le culte de la Sainte Vierge ne pouvait qu'être en honneur. Aussi y a-t-il son centre au sanctuaire de Notre-Dame de Lavang, qui s'élève majestueux

Caravane de ravitaillement

au milieu des plaines, attirant à son pèlerinage de plus en plus fréquenté des foules chrétiennes grossies souvent de nombreux païens. C'est à 60 kilomètres de Hué et à 50 de la Trappe de Notre-Dame d'Annam,

Un peu plus loin vers le nord, la grande paroisse de Diloan offre le type d'une chrétienté annamite ancienne et prospère. Les pieuses « Amantes de la Croix » y ont une communauté de 106 religieuses. Et, tout près de là, à 2 kilomètres, c'est le séminaire d'Anninh, avec 130 élèves, espoir du clergé de Hué. Rien ne manque à cette Mission, sinon de plus nombreux missionnaires. Elle a le privilège de posséder à Hué même, en résidence officielle, le Délégué Apostolique, S. Exe. Mgr Dreyer, si bien choisi pour représenter au milieu des missionnaires le Dominus Apostolkm. Et enfin, pour surcroît de bénédiction, elle abrite à son vieil évêché la vénérable et vigoureuse vieillesse de son ancien évêque, Mgr AUys, âgé de 80 ans, mais aveugle depuis deux ans et dont ses missionnaires, ses prêtres, ses ouailles, pourraient dire : semper vivens ad interpellanàum pro nohis.

Beaucoup parmi eux peuvent dire : lulii sanctormii sum/is, et c'est ce qui explique, outre certaines nuances de leur vitalité chrétienne, le nombre et la qualité des vocations qu'ils donnent aux séminaires et aux congrégations religieuses. Aussi les grandes œuvres sont-elles prospères à Hué. Énumérer est fastidieux, je m'interdis donc d'énumérer. Mais il faut noter ce qui sort de l'ordinaire. Voici le superbe établissement des Rédemptoristes : ils sont accourus du Canada, il y a cinq ans, à l'appel des Missions-Etrangères, donnant le meilleur des exemples, celui de religieux c]ui, sans se substituer aux missionnaires, sans vouloir partager avec eux autre chose que le travail apostolique, viennent exercer sur la base qu'ils ont posée les activités qui leur sont propres. Et ils en sont récompensés : les vocations affluent à leur Noviciat, une seconde maison prospère déjà à Elanoi et, moins de cinq ans après leur arrivée, il existe une province Rédemptoriste d'Indochine. . .

Voici autre chose. Nos missionnaires, conscients des richesses spirituelles accumulées dans cette population chrétienne, voulaient à tout prix l'initier aux degrés les plus élevés de l'ascétisme. Pendant de longues années, ils frappèrent à la porte de tous les monastères cisterciens, carthusiens ou autres, d'Europe ou d'Amérique ; mais, n'ayant pu obtenir aucun concours, deux d'entre eux demandèrent à leur vieil Évêque et obtinrent la permission de se faire moines sur place, tout en restant provisoirement missionnaires, afin de former les Annamites à la vie monastique. Résultat : au bout de 12 années, le vaste, beau et très pieux monastère de Notre-Dame d'Annam, à Phuocson, avec ses cent religieux, tous annamites, sauf les deux fondateurs, et vivant sous une règle dont les observances, adaptées à la vie pauvre et sobre des indigènes, dépassent en austérité celles des cloîtres les plus stricts.

Dans ce coin béni de l'Annam, le culte de la Sainte Vierge ne pouvait qu'être en honneur. Aussi y a-t-il son centre au sanctuaire de Notre-Dame de Lavang, qui s'élève majestueux

Caravane de ravitaillement

au milieu des plaines, attirant à son pèierinage de plus en plus fréquenté des foules chrétiennes grossies souvent de nombreux païens. C'est à 60 kilomètres de Hué et à 50 de la Trappe de Notre-Dame d'Annam.

Un peu plus loin vers le nord, la grande paroisse de Diloan offre le type d'une chrétienté annamite ancienne et prospère. Les pieuses « Amantes de la Croix » y ont une communauté de 106 religieuses. Et, tout près de là, à 2 kilomètres, c'est le séminaire d'Anninh, avec 130 élèves, espoir du clergé de Hué. Rien ne manque à cette Mission, sinon de plus nombreux missionnaires. Elle a le privilège de posséder à Hué même, en résidence officielle, le Délégué Apostolique, S. Exe. Mgr Dreyer, si bien choisi pour représenter au milieu des missionnaires le Domhms ApostoHcits. \ix enfin, pour surcroît de bénédiction, elle abrite à son vieil évêché la vénérable et vigoureuse vieillesse de son ancien évêque, Mgr Allys, âgé de 80 ans, mais aveugle depuis deux ans et dont ses missionnaires, ses prêtres, ses ouailles, pourraient dire : seiuper vivens ad mterpellanchim pro nohis.

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Mgr Chabanon m'avait accompagné jusqu'à Anninh. Il eut la bonté de me conduire, en passant par Donghoï, jusqu'au chef-lieu de la Mission voisine, celle de Vinh. En voyant, le long du chemin si peu de pagodes et tant d'églises ; en constatant partout, dans les villes, les villages, les campagnes, les signes consolants de la présence du christianisme et les preuves de son expansion continue, on se prend à penser qu'il faudrait sans doute peu de chose pour achever l'œuvre de Dieu dans ce beau pays. Videte regiones, quia alhœ sunt jam ad messem.

La ville de Vinh, d'aspect fort agréable, bien que dotée d'une grande et belle église et de tout l'équipement d'une paroisse florissante, n'est pas la résidence du Vicaire Apostolique. Celleci est à 1 4 kilomètres dans l'intérieur des terres, au gros village tout chrétien de Xadoai. J'y trouvai tous les missionnaires réunis autour de Mgr Eloy pour la Retraite annuelle que leur prêchait Mgr Hedde, dominicain. Préfet apostolique de Langson. Il me fut doux d'apprendre par leur conveirsation que la récente crise communiste en Indochine a, en somme, tourné à l'avantage de la religion chrétienne. Cette agitation qui a tant inquiété, et à bon droit, les autorités françaises, n'est pas autre chose que la moisson dont l'école athée a répandu la semence. Aussi n'a-t-elle pas effleuré le bloc catholique qui, par voie de conséquence, est devenu un point de mire pour les attaques de l'ennemi. Les prêtres, soit français, soit annamites, ont été les premières victimes marquées pour le massacre. Mais les catholiques le savaient et se tenaient les coudes. La mort glorieuse du curé de Trangdinh, le jeune prêtre annamite Khang, bon pasteur tué dans son église en défendant son troupeau, les a moins effrayés qu'éclairés, et, un peu partout dans le pays, leurs groupements compacts incarnent de plus en plus aux yeux de leurs compatriotes l'idée de l'ordre

fort de son droit et confiant malgré tout en l'avenir. De là les nombreuses demandes de conversion que me signalaient mes confrères. Combien j'aurais voulu doubler leur nombre et décupler leurs ressources !

Le Laos

Mon séjour à Vinh fut coupé par une rapide excursion à Nongseng, chef-lieu du Vicariat Apostolique du Laos et résidence de Mgr Gouin. Une route de 280 kilomètres, sur laquelle l'automobile peut à la rigueur circuler, existe en eifet de la mer au Mékong, entre Vinh et Thakhek. Or, précisément, le P. Barbier, rentré tout récemment de France et chargé d'installer le poste de Thakhek, attendait l'occasion de s'y rendre : il se chargea de trouver la voiture et le chauffeur.

— « Choisissez bien votre homme, me disaient nos compatriotes ; la route est par endroits fort dangereuse ».

Et comme je répondais :

— « Le choix est fait, c'est un tel ».

— « Oh ! celui-là, me fut-il dit, c'est une fripouille, mais avec lui vous n'avez rien à craindre ».

Et de fait, les passages les plus risqués furent franchis avec maestria Presque d'un bout à l'autre, cette route n'est que la traversée d'une belle et immense forêt.

Le point culminant est à 1.280 mètres d'altitude au plateau de Napé, site agréable et en bon air, où nos Types laotiens

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cvêques avaient rêvé d'établir une Chartreuse, mais les Chartreux . . . n'ont pas marché.

A 20 kilomètres du Mékong nous fîmes, en plein bois, la rencontre de Mgr Gouin, qui venait au devant de moi, accompagné de son provicaire le P. Combourieu. Arrivée à Thakhek, visite au Commissaire Résident, puis à l'emplacement de la Mission projetée; traversée du Mékong en chaloupe et débarquement à Nongseng, en territoire siamois, devant la belle cathédrale de Mgr Gouin : tel fut l'emploi des dernières heures de cette intéressante randonnée.

La journée dont je disposais pour Nongseng et ses environs se trouvait être celle de l'Epiphanie. Cinq ou six seulement de nos confrères du Laos avaient pu venir la passer avec moi. Mais ma joie était grande de célébrer la fête patronale de notre séminaire dans une de nos missions les plus reculées et naguère encore d'accès si malaisé. Aujourd'hui les difficultés, qui furent extrêmes au début, sont surmontées. Restent celles d'un territoire trop étendu, du partage entre dominium siamois d'un côté du Mékong et dominium français de l'autre, d'un clergé laotien à former. Le travail persévérant des missionnaires et de leur chef aura raison de ces obstacles comme des premiers. Déjà huit prêtres ont été ordonnés depuis quelques années, et l'œuvre si importante entreprise près de Nongseng par le P. Boher pour la formation d'instituteurs-catéchistes commence à porter ses fruits.

Vous dirai-je que la joie d'être au Laos un jour d'Epiphanie ne m'a pas empêché d'être à Paris par le cœur, au milieu de vos deux communautés réunies ? Un télégramme parti de

Cathédrale de Nongseng

Habitation laotienne

Nongseng à l'heure de votre grand'messe vous l'a prouvé.

Pour rentrer à Xadoai le 7 janvier, il fallait partir avant le jour. Profitant donc de l'hospitalité très cordialement offerte par M. le Commissaire Résident, nous allâmes dîner et coucher à Thakhek. Le lendemain, nous avions déjà roulé plus d'une heure en forêt quand un gros arbre tombé en travers du chemin nous arrêta net. Le jour se levait à peine, il fallait se débrouiller par nos propres moyens. Nous étions trois : le chauffeur, le P. Louison et moi. Après un bon quart d'heure de travail, les branches les plus gênantes ayant été cassées ou ployées, le chauffeur, vraiment un as du métier, lança sa machine à l'assaut et, à la troisième reprise franchit l'obstacle sans accident.

Au delà de Vinh, le territoire de cette belle mission, jusqu'à sa frontière nord, fourmille — passez-moi le mot, qui m'est commode, — de chrétiens. Parmi eux beaucoup de nouvelles recrues, notamment à Donghap chez le P. Massardier. La paroisse de Tuannghia, si chère au tant regretté P. Abgrall et qui possède sa tombe, est aussi dans cette région, où Mgr Eloy tne fit visiter le très beau probatorium qu'il installe près de la mer

Pont de lianes

pour 120 enfants.

Les vocations abondent. Le clergé indigène du Vicariat de Vinh approche déjà du chiffrede200.Cest le record de toutes nos missions, même d'Indochine.

Thanh-hoa

Au delà de Tuannghia, j'entrais dans la province de Thanh-hoa, l'une des deux qui composent le Vicariat Apostolique de Phatdiem. Vous savez que, depuis mon passage, ces deux provinces sont devenues respectivement deux nouveaux vicariats, celui de Thanh-hoa, dont l'évangélisation est moins avancée, restant à la charge de la Société des Missions- Etrangères, et celui de Phatdiem, moins vaste, mais bien plus christianisé, demeurant encore sous la houlette de son évêque actuel, notre confrère, le vénéré Mgr Marcou, mais celui-ci pourvu d'un Coadjuteur indigène avec future succession. C'est le processus que nous avons adopté avec l'approbation de Rome pour constituer la première unité ecclésiastique annamite et entourer sa mise en train des meilleures garanties de succès.

J'avais passé la nuit à Balang, autre centre chrétien prospère au bord de la mer. Là se trouve le grand Probatorium du Vicariat dont sont chargés trois de nos confrères. Leur nombre et leur dévouement prouvent assez que nos évêques ne reculent devant aucun sacrifice quand il s'agit du clergé indigène. Balang n'est qu'à une heure en auto de Thanh-hoa, le chef-lieu du nouveau vicariat érigé depuis mon passage. C'est à Mgr de Cooman, son premier vicaire apostolique, que reviendra

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Presbytère en Laos tonkinois

l'honneur d'installer là un centre de mission, de l'équiper complètement et de faire une fois de plus « beaucoup avec peu » .

Un de ses principaux soucis sera de poursuivre, sans détriment des districts annamites plus importants, 1 ' évangélisation des districts du Chau-Laos, restés partie intégrante de son terri toire. Vous avez tous lu, ou sinon vous lirez le volume si intéressant : A la Conquête du Chau-L,aos, consacré à cette partie originale, mais difficile, de nos missions par le P. Degeorge, mort à la peine en 1926, Le P. Canilhac, le seul missionnaire qui ait pu jusqu'ici tenir 25 ans dans cette région trop peu salubre, pourrait aussi vous édifier à ce sujet. Heureusement quelques facilités nouvelles dans les communications, et surtout l'observation des règles essentielles de l'hygiène dans les résidences reconstruites de nos prêtres, ont amélioré beaucoup leurs conditions d'existence. Avec dix missionnaires de plus cette population, aujourd'hui bien mieux disposée qu'autrefois et d'ailleurs fort clairsemée, ne tarderait pas à devenir chrétienne.

Mais il n'est pas possible de dégarnir pour elle l'autre partie de la Mission, bien plus peuplée et plus importante, habitée par les Annamites. citadelle de Thanh-hoa

Eglise de Phatdiem

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