LE TONKIN
Phatdiem
Le territoire de la province de Ninhbinh commence à 25 kilomètres de Thanh-hoa. C'est lui qui, gardant le nom de Vicariat Apostolique de Phatdiem, reste provisoirement à la charge des Missions-Etrangères en attendant que Mgr Marcou en cède la direction à son Coadjuteur Annamite, Mgr Tong, déjà nommé, mais non encore sacré. Ne trouvez-vous pas que ce vénérable évêque donne en cette circonstance un exemple rare et admirable d'oubli complet de lui-même dans la plus apostolique fidélité à la tradition des Missions-Etrangères ? Relisez l'article 2 de notre Règlement général, vieux de 240 ans. Il statue que les missionnaires « lorsqu'ils verront le » clergé formé de manière à se perpétuer lui-même et les » nouvelles Églises assez solidement établies pour pouvoir se » conduire elles-mêmes. . . consentiront avec joie. . . à céder » tous leurs établissements et à se retirer pour aller travailler
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» ailleurs » . Or que fait Mgr Marcou ? Il se sépare de ses missionnaires, ses fils bien-aimés, qui s'en vont simplement « travailler ailleurs », dans la province encore peu défrichée de Thanh-hoa, et il reste seul avec ses prêtres indigènes, dans la zone la plus christianisée du pays, celle de Phatdiem, pour y consacrer ses derniers jours à la mise en train d'une nouvelle administration, celle dont le premier évêque annamite, son Coadjuteur, restera le chef. Missionnaire au Tonkin depuis 53 ans, évêque depuis 37 ans, chef depuis plus de 30 ans d'un Vicariat dont il était le fondateur et oii il avait \ai doubler le nombre des chrétiens et tripler celui des prêtres, Mgr Marcou ne manquait certes pas de légitimes raisons pour ne pas bouleverser sa vie aux approches du terme ; mais les raisons humaines n'ont pas tenu devant la raison apostolique, et le premier diocèse annamite aura eu son origine dans l'abnégation du Vicaire apostolique de Phatdiem, vivante incarnation de l'esprit de la Société des Missions-Étrangères.
Après Phatdiem il me restait à visiter deux missions du Tonkin, celle de Hanoï et celle de Hunghoa; mais un bateau devait partir de Haïphong pour Pakhoï le 12 janvier au soir. Pour en profiter, je quittai le jour même Phatdiem, revis en passant le magnifique petit séminaire de Phucnhac et arrivai à Hanoï assez tôt pour y passer une heure avec Mgr Gendreau et ses missionnaires avant de continuer sur Haïphong.
Phucnhac
Mais j'ai nommé Phucnhac. Je ne puis taire la trace profonde que mon passage a laissé dans cet établissement de premier ordre. A la splendide réception que m'y firent les 130 petits séminaristes, je répondis non seulement en donnant un congé, mais en exemptant la communauté des examens semestriels, dont la série devait s'ouvrir le lendemain. C'était grave, c'était inouï. Mais Mgr de Cooman, encore Coadjuteur de Phatdiem,
avait bien voulu m'accompagner. Tout le personnel dirigeant et enseignant était présent. J'avais des points d'appui, voire des complicités. . . Et l'on tomba d'accord en statuant une fois pour toutes qu'il y aurait à Phucnhac dispense des examens, chaque fois que ceux-ci coïncideraient avec la visite du Supérieur Général de la Société. Ce fut un succès triomphal. Je ne crois pas en avoir obtenu d'analogue dans toute ma longue carrière.
Je trouvai aussi à Phucnhac un sujet d'édification en la personne du P. Deux, qui, missionnaire au Tonkin, depuis 66 ans, n'a jamais revu la France et a consacré toute sa vie à l'éducation des petits séminaristes. Ne pouvant plus professer, il prie et demeure un exemple vivant d'abnégation et de fidélité à sa vocation.
Revenons à Hanoï, ou plutôt à Haïphong, car la distance entre les deux villes ne dépasse guère 100 kilomètres, vite couverts en auto sur la route magnifique. J'étais donc à
Procession à Phatdiem .„ 99 „
« ailleurs ». Or que fait Mgr Marcou ? 11 se sépare de ses missionnaires, ses fils bien-aimés, qui s'en vont simplement (( travailler ailleurs », dans la province encore peu défrichée de Thanh-hoa, et il reste seul avec ses prêtres indigènes, dans la zone la plus christianisée du pays, celle de Phatdiem, pour y consacrer ses derniers jours à la mise en train d'une nouvelle administration, celle dont le premier évêque annamite, son Coadjuteur, restera le chef. Missionnaire au Tonkin depuis 53 ans, évoque depuis 37 ans, chef depuis plus de 30 ans d'un Vicariat dont il était le fondateur et où il avait \'u doubler le nombre des chrétiens et tripler celui des prêtres, Mgr Marcou ne manquait certes pas de légitimes raisons pour ne pas bouleverser sa vie aux approches du terme ; mais les raisons humaines n'ont pas tenu devant la raison apostolique, et le premier diocèse annamite aura eu son origine dans l'abnégation du Vicaire apostolique de Phatdiem, vivante incarnation de l'esprit de la Société des Missions-Etrangères.
Après Phatdiem i! me restait à visiter deux missions du Tonkin, celle de Hanoï et celle de Hunghoa; mais un bateau devait partir de Haïphong pour Pakhoï le 12 janvier au soir. Pour en profiter, je quittai le jour même Phatdiem, revis en passant le magnifique petit séminaire de Phucnhac et arrivai à Hanoï assez tôt pour y passer une heure avec Mgr Gendreau et ses missionnaires avant de continuer sur Haïphong.
Phucnhac
Mais j'ai nommé Phucnhac. Je ne puis taire la trace profonde que mon passage a laissé dans cet établissement de premier ordre. A la splendide réception que m'y firent les 130 petits séminaristes, je répondis non seulement en donnant un congé, mais en exemptant la communauté des examens semestriels, dont la série devait s'ouvrir le lendemain. C'était grave, c'était inouï. Mais Mgr de Cooman, encore Coadjuteur de Phatdiem,
avait bien voulu m'accompagner. Tout le personnel dirigeant et enseignant était présent. J'avais des points d'appui, voire des complicités. . . Et l'on tomba d'accord en statuant une fois pour toutes qu'il y aurait à Phucnhac dispense des examens, chaque fois que ceux-ci coïncideraient avec la visite du Supérieur Gériéral de la Société. Ce tut un succès triomphal, je ne crois pas en avoir obtenu d'analogue dans toute ma longue carrière.
je trouvai aussi à Phucnhac un sujet d'édification en la personne du P. Deux, qui, missionnaire au Tonkin, depuis 66 ans, n'a jamais revu la France et a consacré toute sa vie à l'éducation des petits séminaristes. Ne pouvant plus professer, il prie et demeure un exeniplc vivant d'abnégation et de fidélité à sa vocadon.
Revenons à Hanoï, ou plutôt à Haïphong, car la distance entre les deux villes ne dépasse guère 100 kilomètres, vite couverts en auto sur la route magnifique, fêtais donc à
roccssion à Phatdiem
Haïphong, exact au tende2-vous des PP. Dominicains espagnols pour pattager avec eux le repas de midi. Que de fois, dans le passé, je m'étais assis à leur table hospitalière, jouissant de la cordialité confiante qui caractérise au Tonkin les rapports entre missionnaires français et espagnols et qui, en pays de dominium français, rend sensible aux indigènes la catholicité de l'Église !
Mgr Pénicaud était venu de Pakhoï à ma rencontre. A 3 heures de Taprès-midi, nous montions ensemble à bord du paquebot Tonkin. Le. chef de la chère mission de Pakhoï avait pris le meilleur moyen de m' entretenir à loisir, dans le calme d'une courte traversée, de tout ce qui intéressait sa mission; de sorte qu'avant même d'y avoir débarqué je n'en ignorais plus grand' chose.
Le p. Deux
i MAPÎDCHOUl ' " ''-RIE