PÉKIN
Mgr Costantini, c'est ma conviction, a été pour la Chine catholique, à une heure décisive, l'homme providentiel. Les dix années qu'il a passées à Pékin fourniraient ample matière à un gros volume d'histoire. Son activité ne s'est pas arrêtée un seul jour, sa patience ne s'est jamais démentie. Après les bouleversements matériels et moraux de la grande guerre, en présence du nationalisme aigu qui s'éveillait chez les Chinois, sous la menace des idéologies hâtives qui cherchaient à s'imposer, sous la poussée d'un élan confus vers un progrès plein d'illusions, il a dirigé avec sang-froid les Missions de Chine parmi les dangers d'une évolution naguère encore imprévue. Il a agi, alors que d'autres auraient perdu dans l'attente un temps irréparable, et, en agissant, même là où, expérience faite, son action prendrait peut-être aujourd'hui d'autres nuances, il a sauvé l'Eglise de Chine. Car l'inaction, en de pareilles circonstances, eût été pour elle un suicxde en donnant aux Chinois l'impression que le Catholicisme s'abandonnait, qu'il renonçait à vivre sur leur sol, à s'adapter à eux. Elle leur a montré au contraire, grâce à Mgr Costantini, qu'elle vivait, qu'elle voulait vivre, qu'elle vivrait. Synode général de Chine, création d'évêques chinois, commission synodale, adaptations de tout ordre, définitives ou provisoires : j'arrête une énumération qu'il est impossible de faire complète.
Combien furent intéressants pour moi les longs entretiens avec le Représentant du Pape. Combien instructives les visites' qu'il me fit faire, sous la conduite du P. de Jonghe, à l'Uni-
versité des PP. bénédictins, aux grands établissements scolaires, aux principales œuvres catholiques. Quel plaisir ému j'eus à revoir le superbe Petang, centre de la Mission de Pékin et des PP. Lazaristes, pour moi si souvent hospitaliers dans le passé; à y saluer, au milieu de ses bienveillants collaborateurs, le vénérable Mgr Jarlin, ce vétéran dont le zèle a décuplé l'eiîectif chrétien dans toute une province.... Un souvenir plus profond encore, si possible, est celui d'une promenade que S. Exe. le Délégué me fit faire au Temple du Ciel. Tous deux ensemble nous parcourûmes lentement ce monument d'une idéale beauté, témoin de la tradition monothéiste des Chinois, jamais je n'en avais si bien compris la mystérieuse grandeur qu'à l'instant où, debout sur l'autel du Ciel, aux côtés du Représentant du Pape, je récitai avec lui le Pater Nos fer.
A mon départ de Pékin le 21 avril, j'eus l'honneur d'être accompagné à la gare par S. Exe.
elle-même et d'y trouver, avec un groupe nombreux d'amis, M. Lépice,Chargé d'Affaires de France. Je l'avais rencontré jadis bien des fois aux divers postes qu'il a occupés en Chine; il était venu déjeuner l'avant-veille à la Délégation et
m'avait lui- Eglise ea Chine
A Chefoo chez Mgr Wittner
même invité à sa table. Connaissant sa bonhomie pleine de sang-froid et de bon sens, je lui demandai avant de partir ce qu'il fallait penser des risques d'un voyage transsibérien, au cas d'une guerre entre Russes et Japonais. Pour toute réponse, il se mit à rire, et son rire était si franc que, sans hésiter davantage, je télégraphiai à Mgr Gaspais de retenir ma place sur le transsibérien aux derniers jours de mai.
Par une attention pleine de délicatesse, Mgr Costantini m'avait cédé le P. de Jonghe pour m'acconipagner jusqu'à Shanghaï. Avec ce confrère si distingué et si bon, et le P. Samson toujours à nos côtés, la traversée jusqu'à Shanghaï devenait pour moi une partie de plaisir. Je dis traversée, car, pour éviter de passer en chemin de fer par la zone des hostilités entre Chinois et Japonais, nous allâmes, après avoir retraveisé Tientsin, nous embarquer à Tangkou sur le Fengtien^ bateau anglais à destination de Shanghaï.
Ce voyage par mer eut un autre avantage : celui d'une escale de près d'une demi-journée à Chefoo. Mgr Wittner, évêque franciscain, de mes plus vieux amis, lui aussi, vint avec une chaloupe nous prendre à bord du Fengtien et ne nous y
ramena qu'après nous avoir réjouis et cliarmés par son accueil si vraiment ami dans l'intimité de ses excellents religieux.
Le troisième jour de cette navigation, dès le matin, la mer changea de teinte et devint limoneuse. Les bouches du Yangtse étaient proches, ce même Yangtse que, deux mois auparavant et à 4.000 kilomètres dans l'intérieur des terres, je franchissais en quittant le Yunnan pour entrer au Setchoan.
Shanghai
A Shanghaï, je retrouvais une de nos Procures des Missions- Étrangères, et non pas la moins importante, ni la moins hospitalière. En m'y sentant une fois de plus en famille parmi d'excellents et distingués confrères, je me pris à souliaiter que le prochain départ de bateau pour Nagasaki se fît attendre le plus possible. Mes vœux furent exaucés et je pus passer à Shanghaï une semaine presque complète.
Mais un mois n'aurait pas suffi si j'avais voulu revoir tout ce que cette ville superbe, le Paris de la Chine, a d'intéressant, fût-ce au seul point de vue missionnaire. Je me bornai à saluer quelques amis et à faire les visites nécessaires, réservant le meilleur de mon temps pour l'intimité de notre Procure ellemême. Commode et bien bâtie, entourée d'un beau jardin, elle est aussi plaisante qu'accueillante. Bien des Français, les marins surtout, aiment à s'y donner rendez-vous, et le matin du 28 avril, quand le W'aldeck-Kousseau, bateau amiral de l'escadre française, eut signalé son arrivée en rade, il ne s'écoula pas deux heures avant
que M. l'Amiral La Procure de Shanghai
Herr lui-même, plusieurs officiers et l'aumônier du bord, nous rejoignissent pour partager notre déjeuner et passer quelques bonnes heures entre Français. L'aumônier, d'ailleurs, est un de nos confrères, prêté depuis cinq ans à la marine par la mission de Chengtu, le P. Flachère, désormais connu, estimé, aimé dans tout l'Extrême-Orient.
Etes-vous surpris que je n'aie pas même fait allusion à la présence des armées japonaises dans la banlieue de Shanghaï ? Elles y étaient pourtant lors de mon passage et je m'étais promené le matin là où vers midi plusieurs grands personnages furent victimes d'un terrible attentat. J'avais visité aussi les ruines de Chapei, quartier chinois récemment détruit par les bombes et l'incendie. Mon séjour en Chine se fermait sur une vision toujours la même : celle du contraste entre la vie exubérante d'un peuple magnifique, laborieux et bon, et les ruines qui s'accumulent sur son sol par la faute de ses dirigeants incapables.
J'arrivais au second des deux blocs que forment les 38 missions confiées par le Saint-Siège à la Société des Missions- Etrangères. J'étais sorti du premier en passant la frontière du Setchoan; j'atteignais le second 24 heures après avoir quitté Shanghaï : c'est le bloc japonais ou d'influence japonaise, Japon proprement dit, Corée, Mandchourie.
Enfant chinois
RACI F.l.Q.U E
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