‹ Une visite aux évêques et prêtres de la Société des missions-étrangères de Paris [microform] ;Chapitre 17 sur 18 · LA CORÉE · texte numérisé non relu

LA CORÉE

Huit heures suffisent pour la traversée du détroit de Corée. A l'opposé de Shimonoseki, c'est le très beau port de Fusan, où une grande ville est née et se développe peu à peu. On voudrait y trouver la mission mieux installée. Son emplacement est vaste et admirablement situé, mais les bâtiments sont très pauvres et absolument insuffisants. L'église elle-même est beaucoup trop petite, A la messe de la Pentecôte que j'y célébrai, les fidèles s'écrasaient et refluaient au dehors; plusieurs, j'en suis sûr, renoncèrent à assister à l'office. Et cependant il y a là un groupe catholique fort important et tous les éléments d'une paroisse florissante à l'entrée même de la Corée, Il n'y a qu'une raison à cet état de choses : le manque d'argent. Mgr Démange, chargé il y a 20 ans d'organiser de toutes pièces une mission nouvelle, le Vicariat Apostolique de Taikou, a consacré à cette œuvre capitale ses talents hors ligne de chef et d'administrateur. N'épargnant rien et allant lui-même

jusqu'aux Ëtats-Unis pour se procurer des ressources, il a fait de celles qu'il a trouvées l'emploi le plus judicieux et mis debout, en suivant une méthode rigoureuse, une mission magnifique. Il l'a équipée largement de tout ce qui est essentiel et a même préparé son dédoublement prochain en faveur du clergé indigène. Mais il a dû, faute de moyens, se résigner à différer ce qui peut être différé sans compromettre l'ensemble.... Si je trouvais un bienfaiteur heureux d'attacher son nom à une création catholique de grande importance et de grand avenir, je lui parlerais de Fusan et de son missionnaire, le P. Bulteau.

Taikou

Quatre heures de chemin de fer séparent Fusan de Taikou.

A mon arrivée Mgr Démange était sur le quai de la gare avec ses missionnaires, et au delà une foule compacte attendait. Je ne soupçonnais pas que les catholiques fussent si nombreux à Taikou. Qu'un sentiment profond les anime au regard de leurs prêtres, on s'en aperçoit vite à leur attitude, et très vite aussi on se sent pris d'affection pour cette belle chrétienté de Corée dont l'histoire est une page aussi belle que les plus belles dans les annales de la ^ ',îb5 primitive Église.

Entants coréens Dans Cette Mission de

Presbytère coréen

Taikou OÙ tout semble vraiment avoir été porté au degré maximum de développement que comportent les circonstances et les ressources trop maigres dont on a disposé, deux choses frappent surtout : d'une part l'importance et la tenue du séminaire, de l'autre la prospérité des œuvres confiées à l'Institut des Sœurs de Saint-Paul de Chartres. Depuis des années j'avais entendu — j'en sais maintenant le pourquoi, — citer la mission de Taikou comme un exemple remarquable de soins donnés à la bonne marche des séminaires et à la formation du clergé indigène. Quant aux Sœurs de Saint-Paul à Taikou, on sent, derrière l'ensemble si important et si varié de leurs activités, une pensée directrice qui veut, avec suite, méthode et efficacité, faire rendre à une congrégation religieuse tous les services qu'une mission peut attendre d'elle pour la tenue des écoles de filles et la formation des femmes chrétiennes. Le noviciat de Saint-Paul à Taikou — pour ne mentionner que lui, — en dit long à ce sujet. Avec ses locaux spacieux et commodes et ses douzaines de novices il pourrait faire envie à la Maison-Mère elle-même.

Lorsque, regardant Taikou des fenêtres de Tévêché, on se rend compte de la place qu'y occupent la mission, ses œuvres, ses églises, on croirait voir une ville chrétienne. Ce n'est pas encore la réalité, mais c'est un espoir.

Je n'étais plus maître de mon temps : mon billet sur le Transsibérien était déjà retenu pour le 29 mai et j'avais encore trois de nos missions à visiter. Il fallait utiliser chacune des heures qui me restaient.

Séoul

Algr Larribeau, Coadjuteur de Mgr Alutel, était venu me chercher à Taikou. Après sept heures de chemin de fer en sa' bonne et intéressante compagnie, recrutant chemin faisant plusieurs confrères voisins de la ligne, nous trouvâmes à la gare même de Séoul l'accueil ému du Patriarche de la Corée, Mgr Mutel lui-même. Le vieil archevêque a vu toutes les phases de l'histoire missionnaire en Corée : les dernières années de persécution violente, la période de transition, l'invasion protestante, la conquête japonaise, et enfin le régime moderne avec ses bons et ses mauvais côtés, ses dangers et ses espoirs. On ne peut le regarder, plein de verdeur et d'entrain comme il l'est toujours, sans éprouver un sentiment de tendre vénération. Nous n'avions guère compté nous revoir en ce monde. Je me souviens qu'en 1925, je profitais de son passage à Paris pour lui demander un conseil : Ne serait-il pas temps pour moi de faire dans nos missions la Visite que demande notre Règlement ? Qu'en dites-vous ? Qu'en pensera-t-on dans les missions ? (( On pensera que le Supérieur se promène », me répondit-il simplement. Il avait raison : c'était trop tôt... Mais après sept ans écoulés, cela devenait raisonnable, et nous riions tous deux de bon cœur en évoquant ce souvenir.

A mon arrivée à Séoul, la foule des catholiques en dehors de la gare était plus nombreuse encore qu'à Taikou, et sa foi se manifestait dans le plus absolu mépris de tout respect humain,

Lorsque, regardant l'aikou des ienôtres de J'évèché, on se rend compte de la place qu'v ciccupent h mission, ses œuvres, SCS églises, on croirait voir une ville chrétienne. Ce n'est pas encore la réalité, mais c'est un espoir.

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Séoul

Mgr Larribeau, Coadjuteur de 'Mgr Alutel, était venu me chercher à Taikou. Après sept heures de chemin de fer en sa' bonne et intéressante compagnie, recrutant chemin, faisant plusieurs confrères voisins de la ligne, nous trouvâmes à la gare même de Séoul l'accueil ému du Patriarche de la Corée, Mgr Mutel lui-même. Le vieil archevêque a vu toutes les phases de l'histoire missionnaire en. Corée : les dernières années de persécution violente, la période de transition, l'invasion protestante, la conquête japonaise, et enfin le régime moderne avec ses bons et ses mauvais côtés, ses dangers et ses espoirs. On ne peut le regarder, plein de verdeur et d'entrain comme il l'est toujours, sans éprouver un sentiment de tendre vénération. Nous n'avions guère compté nous revenir en ce monde. Je me souviens qu'en 1925, je profitais de son passage à Paris pour lui demander un conseil : Ne serait-il pas temps pour moi de faire dans nos missions la Visite que demande notre Règlement ? Qu'en dites-vous ? Qu'en pensera-t-on dans les missions ? « On pensera que le Supérieur se promène », me répondit-il simplement. Il avait raison : c'était trop tôt... Mais après sept ans écoulés, cela devenait raisonnable, et nous riions tous deux de bon cœur en évoquant ce souvenir.

A mon arrivée à Séoul, la foule des catholiques en dehors de la gare était plus nombreuse encore qu'à Taikou, et sa foi se manifestait dans le plus absolu mépris de tout respect humain,

Ce peuple coréen est vraiment attachant, surtout pour le missionnaire qui sait ce qu'il a fait pour acquérir le droit d'embrasser le christianisme. Puisse-t-il un jour trouver place tout entier dans le bercail de Notre-Seigneur !

La cathédrale de Séoul est un très beau monument. Elle se voit de partout. L'évêché lui est contigu. Pour s'y rendre, il faut passer la porte par laquelle tant de martyrs ont passé. Partout d'ailleurs à Séoul et dans cette mission-mère de l'Église de Corée, le souvenir des persécutions et des martyrs se retrouve aussi souvent que dans nos missions d'Annam et son influence surnaturelle et bienfaisante y plane sur l'effort missionnaire.

Entre les belles œuvres qui s'épanouissent en si grand nombre à Séoul, je remarquai surtout le Petit Séminaire, où toutes les missions de Corée envoient leurs élèves. J'y fus reçu par une vivante et vibrante communauté de 121 enfants appartenant pour une moitié au Vicariat même de Séoul, les autres dépendant soit du Vicariat de Taikou, soit de la Préfecture Apostolique de Pyengyang confiée aux PP. de Maryknoll. Je trouvais là une manifestation, entre bien d'autres, de l'entente complète qui règne entre les missionnaires de Corée, quel que soit leur Institut, quelle que soit leur nationalité. Ils ont fêté en 1931 le centenaire de la fondation de la Mission de Corée et ils ont tenu à cette occasion un Synode général où l'unanimité a été si complète que la sanction du Saint-Siège, d'ordinaire lente à venir, a été accordée moins de six mois après la clôture. Mieux encore : quelques semaines avant ma visite, dans une importante réunion présidée par S. Exe. Mgr Mooney, Délégué Apostolique, un Directoire préparé par ce dernier avec le concours de Mgr Démange avait été adopté d'un commun accord par les quatre missions de Corée. L'union ne saurait être plus entière. Et, de peur qu'il me restât un doute à ce sujet, Mgr Sauer, Vicaire Apostolique de Wonsan, accourut dès le lendemain de mon arrivée à Séoul, prendre

Cathédrale de Séoul

part à la réunion des missionnaires des Missions-Etrangères. Il y était, tout Bénédictin et Allemand qu'il est, visiblement à l'aise et comme en famille parce que, tout imprégné lui-même de l'esprit missionnaire, il avait eu, depuis 15 ans qu'il est en Corée, le temps de sentir à quel point ce même esprit est celui des missionnaires de Paris. Un soir, il me prit à part et me dit simplement : « Monseigneur, votre Société qui a enfanté toutes les missions de Corée a créé et maintenu parmi elles le cor umim et anima una : vous pouvez en juger et en bénir Dieu ». Je le remerciai, chaudement, car il a personnellement sa bonne part dans un si heureux état de choses. Puisse une telle tradition se perpétuer !

Des visites — presque des pèlerinages, — au grand séminaire de Ryongsan, à la crypte des martyrs, à l'établissement des Sœurs de Saint-Paul, aussi important que celui de Taikou, à l'église de la grande paroisse Saint-Joseph, la plus ancienne de Corée, et bien d'autres encore, firent le charme intense et l'intérêt pieux de mes journées à Séoul. L'une d'elles, la dernière, fut consacrée à la magnifique excursion de Chemulpo.

NN. SS. Breton, Larribeau, Sauer et Mgr Mutel lui-même, voulurent m'y accompagner. C'est le port maritime de Séoul, à 3/4 d'heure de la capitale par chemin de fer. La chrétienté y est florissante sous la direction du P. Deneux, aidé du P. Lagarde, mais la prospérité des grandes écoles de garçons et de filles est surtout remarquable. Chacune compte 400 élèves, dont beaucoup de païens heureux de recevoir l'enseignement des religieux et des religieuses catholiques. Pendant deux heures entières, nous eûmes sous les yeux le joli spectacle de leurs exercices variés, littéraires, artistiques ou sportifs, dans une atmosphère de sympathie, respectueuse et confiante.

Cette sympathie ambiante, je la sentis plus vivement encore lorsqu'à mon grand regret, l'heure fut venue de quitter Séoul. C'était à la fin de la journée. Le Général Gouverneur de la Corée, que j'avais été, la veille, saluer dans son palais, m'avait envoyé son aide de camp pour me souhaiter bon voyage et mettre à ma disposition jusqu'à Moukden son wagon-salon avec chambre à coucher. Au départ du train, les quatre évêques de Corée, le Consul de France, un ou deux compatriotes, de nombreux chrétiens, un groupe compact d'amis, traduisaient leurs sentiments en mille gestes amis. Je ne pouvais m'éloigner de Séoul sur une plus douce impression.

A la frontière de Mandchourie, le lendemain matin, M. Zushi, catholique japonais, chef de la douane d'Antong, nous facilita toutes choses et, en territoire chinois, l'ordre japonais continua de se faire sentir. Je songeais en sortant de Corée que, cent ans auparavant, aucun missionnaire n'y avait encore pénétré et que les chrétiens, peu instruits et persécutés, n'y atteignaient peut-être pas le nombre de 5.000. Le bilan d'un siècle d'effort missionnaire est donc facile à établir. Au début, rien, ou presque rien. Cent ans après, trois vicariats dont deux aux Missions-Etrangères et un aux Bénédictins allemands, une Préfecture Apostolique aux PP. Américains de Mariknoll, et un Vicariat coréen en préparation prochaine; et, dans ces

quatre missions ensemble 90 Missionnaires, — dont 50 des Missions-Étrangères, — 80 prêtres indigènes, 120.000 catlioliques coréens, de nombreux catéchumènes et tout un épanouissement d'oeuvres variées; en un mot une Église, encore jeune, mais déjà robuste et en pleine croissance. La Société des Missions-Étrangères a-t-elle perdu son temps en Corée ? Qu'on en juge par ces chiffres. Deux des quatre missions ne sont plus à elle, il est vrai. Mais c'est elle qui les a fondées et les a remises aux mains des bons missionnaires qu'elle-même a appelés, les Allemands il y a 12 ans, les Américains il y a 6 ans. Et pour obtenir ces résultats^ le Séminaire de la rue du Bac a envoyé, en un siècle, 120 missionnaires dont cinquante vivent et travaillent encore. Divisez le travail accompli par le nombre d'ouvriers employé, tene2 compte des longues années de persécution, de proscriptions et de martyres. Et dites-moi si cela en vaut la peine ?

Ce que je pensais de la Corée en la quittant, je me le disais

Petit-Séminaire de Seou .— 195 „

Rue coréenne et rue japonaise

de la Mandchourie en y entrant. Lorsque le Saint-Siège, en 1838, érigea en mission distincte la Mandchourie, accrue d'une partie de la Mongolie, et y appela les Missions-Etrangères de Paris, tout cet immense pays comptait 3.619 chrétiens. Ils sont aujourd'hui, sans tenir compte de la partie mongole, plus de cent mille, organisés en trois Vicariats et trois Préfectures Apostoliques, avec un clergé d'au moins 60 prêtres chinois et une centaine de missionnaires.. Eux aussi sont devenus une Eglise.

Temple bouddhique

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