‹ Une visite aux évêques et prêtres de la Société des missions-étrangères de Paris [microform] ;Chapitre 4 sur 18 · LA BIRMANIE · texte numérisé non relu

LA BIRMANIE

A la diiférence du ciel, l'eau se troubla et changea de teinte dès le matin du 16 novembre. Les bouches de Tlrrawaddy n'étaient pas loin. La côte basse et verdoyante apparut bientôt. Puis ce fut la terre des deux côtés : on remontait le grand fleuve. De loin le P. Beyls m'indiqua les deux flèches d'une cathédrale pointant au milieu des pagodes. C'est Rangoon. A 2 heures, Mgr Prévost et plusieurs confrères me cueillaient à bord pour m'emmener à l'Ëvêché à l'ombre de sa splendide cathédrale.

Rangoon

La Birmanie est un pays splendide, mais, bloqué au nord par la Chine, dont elle est séparée par d'énormes montagnes, elle est en dehors du va-et-vient missionnaire et, pour cette raison, ces belles missions sont parmi les moins connues, non seulement dans le public catholique, mais de nos confrères dans le sein même de notre Société. Le jour viendra, sans doute, où des communications faciles s'ouvriront pour elles, notamment du côté de la Chine et du Siam. En attendant, les privilégiés seuls la visitent et je me félicite d'avoir été du

Jeunes filles birmanes

nombre. En gardant Rangoon pour centre, Mgr Provost, en deux superbes excursions admirablement organisées, me fit parcourir ce que son beau Vicariat a de plus caractéristique , Bassein et le Delta de l'Ir-

rawaddy jusqu'à Thonzé dans l'ouest, Moulmein dans le sud. Les chrétientés, carianes surtout, abondent dans le Delta. Du petit vapeur qui nous promène dans ce dédale d'arroyos, un guide averti nous indique de tous côtés, noyés dans l'exubérante végétation, les centres de paroisse surmontés souvent de gracieux clochers. Il arrive même qu'aux escales le curé monte à bord pour saluer le Vicaire Apostolique et son hôte : ici, c'est un vieux missionnaire comme le P. Bouche; là, comme à Myaungmya, c'est un prêtre carian le P. Pascal.

— Comment donc voyagent-ils parmi ces immenses rizières entre lesquelles on ne voit pas trace de route ?

— De route, certes, il n'est pas question en Basse Birmanie, pas même de sentier —

— Alors comment circule-t-on ?

— A pied, bien sûr.

— Soit ; mais encore, où mettre le pied ?

— Mais simplement dans la rizière elle-même.

— Bah ! Mais de quelles chaussures se sert-on ?

— Eh ! le mieux est de ne pas s'en servir du tout.

Et nos missionnaires trouvent cela tout simple. Pourtant, que la marche doit être pénible dans cette boue gluante, parmi les chaumes non arrachés, sous un soleil impitoyable ! Mais le missionnaire répond : Ubique et in omnibus institutus sum... Vous connaissez ce refrain, chers Aspirants : il est pour l'apôtre l'expression de la vertu vécue.

Bassein est un gros centre catholique, pourvu d'un ensemble complet d'œuvres et d'un curé modèk que je n'hésite pas à nommer, le. P. Jules Perrin. Je ne lui garde même pas rancune pour la visite qu'il me ;;; ^--- --^^~ . ,

fit faire au village chrétien de Mayanggiaungjjm'introduisant dans une hutte cariane bâtie sur pilotis, dont le plancher de bambous, incapable de supporter notre poids, s'ouvrit incontinent pour nous laisser passer l'un jusqu'à mi-corps, l'autre jusqu'aux genoux. C'est toujours n'est-ce pas : Ubique et in omnibus. .

Moulmein, au bout opposé de la Mission, de l'autre côté de la Salouen, est dans un site de toute beauté. Je garde commephotographié dans

Cathédrale de Rangoon

mon souvenir l'admifable paysage que le P. Chevallier me montra du haut d'une grande pagode immédiatement audessus du séminaire : du côté de la mer, des îles ravissantes ; vers l'intérieur, les montagnes d'où s'échappe la Salouen; en bas la ville, ses jardins, ses pagodes, et même ses églises, car Moulmein est un centre catholique possédant plusieurs paroisses, un grand couvent-école des Sœurs de Saint -Joseph de l'Apparition, un collège des Frères des Ecoles Chrétiennes et un petit séminaire, où une cinquantaine d'élèves sous la direction du P. Bazin (naguère mon diacre à Paris), se préparent pour le Collège Général de Pinang. C'est à regret qu'à la chute du jour je quittai Moulmein. J'aurais aimé à mieux connaître ce beau pays et même, si possible, à aller visiter le P. Loyseau qui, à deux jours en amont sur la Salouen, organise et développe la chrétienté de Papoun, aux avant-postes de la Birmanie vers le Laos siamois.

A Rangoon même les œuvres sont trop nombreuses et trop importantes pour que j'essaie seulement de vous en donner la

liste. Nombreuses paroisses, grandes écoles. Collège Saint-Paul avec 1.700 élèves. Foyer pour les étudiants de l'Université, Petites Sœurs des Pauvres. . .

Mieux vaut arrêter l'énumération. Les Eurasiens ont leur missionnaire, les Indiens le leur, les Chinois de même et, en écoutant les pasteurs respectifs de ces divers troupeaux, on penserait au vers du fabuliste : Mes petits sont mignons, si le mot de saint Augustin n'était bien mieux de mise: Ama effarquod vis.

Vraiment cette cathédrale de Rangoon, qui est une des plus belles, sinon la plus belle de l'Extrême-Orient, est bien ce qu'elle doit être au milieu d'un Jeune Birman pareil ensemble.

Poft de Moulmein

Mais, VOUS l'avez certainement remarqué, après avoir tant parlé de la Birmanie, je n'ai pas encore nommé les Birmans. Ils sont pourtant la race dominante, race fine, gaie et intelligente, mais indolente, comme le sont souvent les peuples des pays très chauds. Leur vitalité n'égale pas celle des Chinois, ni même des Indiens. Et si, outre les Carians, il n'y avait pas en Birmanie des Indiens et des Chinois, le ministère des missionnaires serait très ingrat. Car, il faut le savoir, les Birmans, avec leurs voisins les Siamois et les Cambodgiens, sont, dans le monde, les trois seuls peuples réellement bouddhistes, ceux sur lesquels le bouddhisme a une emprise vraiment religieuse, et cette emprise est tellement forte qu'on peut la comparer à celle que l'Islam exerce sur les Musulmans. Le bouddhisme existe dans d'autres pays, mais son influence n'est pas exclusive, et plus d'un peuple que l'on classe comme bouddhiste ne l'est pas en réalité. En Birmanie donc, les Birmans catholiques sont une infime minorité. On n'en trouve, groupés en paroisses, que dans la Mission de Birmanie Septentrionale, où leur origine remonte aux premiers essais d'évangélisation par les Portugais au XVP siècle.

mon souvenir l'admirable paysage que le P. Chevallier me montra du haut d'une grande pagode immédiatement audessus du séminaire : du côté de la mer, des îles ravissantes ; vers l'intérieur, les montagnes d'où s'échappe la Salouen; en bas la ville, ses jardins, ses pagodes, et même ses églises, car Moulmein est un centre catholique possédant plusieurs paroisses, un grand couvent-école des Sœurs de Saint-Joseph de l'Apparition, un collège des Frères des Ecoles Chrétiennes et un petit séminaire, où une cinquantaine d'élèves sous la direction du P. Bazin (naguère mon diacre à Paris), se préparent pour le Collège Général de Pinang. C'est à regret qu'à la chute du jour je quittai Moulmein. J'aurais aimé à mieux connaître ce beau pays et même, si possible, à aller visiter le P. Loyseau qui, à deux jours en amont sur la Salouen, organise et développe la chrétienté de Papoun, aux avant-postes de la Birmanie vers le Laos siamois.

A Rangoon même les œuvres sont trop nombreuses et trop importantes pour que j'essaie seulement de vous en donner la

liste. Nombreuses paroisses, grandes écoles, Collège Saint-Paul avec 1.700 élèves, Foyer pour les étudiants de l'Université, Petites Sœurs des Pauvres. . .

Mieux vaut arrêter l'énumération. Les Eurasiens ont leur missionnaire, les Indiens le leur, les Chinois de même et, en écoutant les pasteurs respectifs de ces divers troupeaux, on penserait au vers du fabuliste : Aies petits sont mignons, si le mot de saint Augustin n'était bien mieux de mise : A?77a et fac quod vis.

Vraiment cette cathédrale de Rangoon, qui est une des plus belles, sinon la plus belle de l'Extrême-Orient, est bien ce qu'elle doit être au milieu d'un Jeune Birman pareil ensemble.

Port de Moulmein

Mais, VOUS l'avez certainement remarqué, après avoir tant parlé de la Birmanie, je n'ai pas encore nommé les Birmans. Ils sont pourtant la race dominante, race fine, gaie et intelligente, mais indolente, comme le sont souvent les peuples des pays très chauds. Leur vitalité n'égale pas celle des Chinois, ni même des Indiens. Et si, outre les Carians, il n'y avait pas en Birmanie des Indiens et des Chinois, le ministère des missionnaires serait très ingrat. Car, il faut le savoir, les Birmans, avec leurs voisins les Siamois et les Cambodgiens, sont, dans le monde, les trois seuls peuples réellement bouddhistes, ceux sur lesquels le bouddhisme a une emprise vraiment religieuse, et cette emprise est tellement forte qu'on peut la comparer à celle que l'Islam exerce sur les Musulmans. Le bouddhisme existe dans d'autres pays, mais son influence n'est pas exclusive, et plus d'un peuple que l'on classe comme bouddhiste ne l'est pas en réalité. En Birmanie donc, les Birmans catholiques sont une infime minorité. On n'en trouve, groupés en paroisses, que dans la Mission de Birmanie Septentrionale, où leur origine remonte aux premiers essais d'évangélisation par les Portugais au XVI^ siècle.

Rivière birmane

Mandalay

Cette mission de Birmanie septentrionale, plus jeune et moins développée que celle de Birmanie méridionale, est, à certains égards, plus curieuse encore. Elle est en quelque sorte le nœud de l'Extrême-Orient, reliant les Indes à l'Indochine et à la Chine. On n'y trouve pas de Carians, mais, à côté des Birmans, des populations aborigènes, fort intéressantes, telles que les Shans et les Katchins à la frontière du Yunnan. Le missionnaire a prise sur elles et les chrétientés, tant katchines que shans, sont en progrès marqué et le seraient mieux encore si les ouvriers étaient moins rares et si le climat n'était pas aussi fiévreux. J'ai été fort édifié d'apprendre que les Pères du Sacré-Cœur de Bétharram, missionnaires dans la zone occidentale de Yunnan, où notre Société les a appelés en 1921, commençaient à envoyer en Birmanie quelques-uns de leurs jeunes religieux pour y apprendre la langue des Shans et s'initier, chez nos confrères^ au ministère auprès de ce peuple. Car plusieurs tribus Shans habitent le territoire qui leur est

Ville birmane

confié. Voila la véritable collaboration apostolique, qui, sans distinguer entre congrégations, fait converger, dans une entr'aide fraternelle et intelligente, l'effort de toutes vers le but commun qui est la conversion des infidèles. Tout cela se passe dans la région qui a pour chef-lieu Bhamo, la ville trait d'union entre la Birmanie et la Chine. De cette ville comme centre, un avion en deux heures de temps pourrait survoler des missions aussi différentes que celles du Bengale, du Thibet, du Yunnan, du Siam. . . N'est-ce pas là, pour le missionnaire, un vrai point stratégique ?

La ville épiscopale n'est autre c[ue la capitale de l'ancien empire birman, Mandalay. On y arrive de Rangoon en 18 heures de chemin de fer. Mgr Falière, un des plus jeunes, mais non pas des moins bons parmi les Ëvêques des Missions- Étrangères, y habite, à côté d'une cathédrale modeste, bien que vaste et élégante, une résidence qu'il a lui-même, par des aménagements récents, rendue commode et agréable. Il est touchant d'y rencontrer l'évêque démissionnaire, Mgr Foulquier, et de voir de quelles filiales sollicitudes le successeur entoure son prédécesseur.

Multiples paroisses, dont une purement birmane, un

Rivière birmane

Mandalaï

Cette mission de Birmanie septentrionale, plus jeune et moins développée que celle de Birmanie méridionale, est, à certains égards, plus curieuse encore. Elle est en quelque sorte le nœud de l'Extrême-Orient, reliant les Indes à l'Indochine et à la Chine. On n'y trouve pas de Carians, mais, à côté des Birmans, des populations aborigènes, fort intéressantes, telles que les Shans et les Katchins à la frontière du Yunnan. Le missionnaire a prise sur elles et les chrétientés, tant katchines que shans, sont en progrès marqué et le seraient mieux encore si les ouvriers étaient moins rares et si le climat n'était pas aussi fiévreux. J'ai été fort édifié d'apprendre que les Pères du Sacré-Cœur de Bétharram, missionnaires dans la 2one occidentale de Yunnan, où notre Société les a appelés en 1921, commençaient à envoyer en Birmanie quelques-uns de leurs jeunes religieux pour y apprendre la langue des Shans et s'initier, che^: nos confrères^ au ministère auprès de ce peuple. Car plusieurs tribus Shans habitent le territoire qui leur est

X'illc birmane

confié. Voila la véritable collaboration apostolique, qui, sans distinguer entre congrégations, fait converger, dans une cntr'aicie fraternelle et intelligente, l'effort de toutes vers le but commun qui est la conversion des infidèles. Tout cela se passe dans la région qui a pour chef-lieu Bhamo, la ville trait d'union entre la Birmanie et la Chine. De cette ville comme centre, un avion en deux heures de temps pourrait survoler des missions aussi différentes que celles du Bengale, du Thibet, du Yunnan, du Siam. . . N'est-ce pas là, pour le missionnaire, un vrai point stratégique?

L.a ville épiscopale n'est autre que la capitale de l'ancien empire birman, Mandalay. On y arrive de Rang()on en 18 heures de chemin de fer. Mgr Falière, un des plus jeunes, mais non pas des moins bons parmi les b'-vêques des Missions- [étrangères, y habite, à côté d'une cathédrale modeste, bien que vaste et élégante, une résidence qu'il a lui-même, par des aménagements récents, rendue commode et agréable, il est touchant d'y rencontrer i'évêque démissionnaire, Mgr Foulquier, et de voir de quelles filiales sollicitudes le successeur entoure son prédécesseur.

Multiples paroisses, dont une purement birmane, un

collège de Frères peuplé de 500 élèves, High School des Sœurs de Saint- Joseph de l'Apparition, une grande léproserie, célèbre en Extrême-Orient, et bien d'autres établissements de moindre importance, font de cette ville un centre digne d'une mission de grand avenir.

Un autre ensemble catholique de très grand intérêt se trouve à Maimyo, à 60 km. dans l'est, sur un plateau élevé de 1.100 mètres, où les santés qu'éprouve le climat de Mandalay, pénible d'avril à septembre, trouvent une fraîcheur bienfaisante. La route qui y donne accès traverse une forêt superbe et les échappées de vue qui s'ouvrent sur la plaine font de l'excursion une partie de plaisir. On s'explique facilement que la Mission ait placé là son Séminaire.

Une autre visite, mais celle-là d'intérêt rétrospectif, est celle de l'ancienne capitale, Amiarapoura, et de ses ruines grandioses, dans la banlieue de Mandalay ; il est émouvant d'y retrouver bien conservées les tombes de missionnaires et d'évêques qui furent les premiers apôtres de la contrée. J'aurais voulu pousser jusqu'à Bhamo : le temps me manquait. Avec le

P. Saint-Guily, qui m'avait twÈi^^^Ê^^^^^^^ÊKaS^rnSm accompagné depuis Rangoon, et le P. Merceur, que j'emmenais à Hongkong pour refaire sa santé, je quittai Mandalay un aprèsmidi, le cœur serré par des adieux dont l'heure était venue trop vite. Que de fois au cours de ce voyage, après avoir goûté les joies les plus douces j'eus l'occasion de méditer le mot de saint Paul : Quotidie morior,

Fcinmes katchins Puissions-nous teuforcer

Village birman

de quelques bons ouvriers ces chères missions de Birmanie ! Bien des fois j'entendis nos confrères et leurs chefs parler d'une population particulièrement intéressante et mûre, peutêtre, pour le Christianisme: les Chins, à peine entamés par l'évangélisation. Kogate ergo Dominum mes sis...

Je ne puis laisser la Birmanie sans vous dire un mot des deux chrétientés que traverse le chemin de fer, celles de Nyeunglebin et de Pégu en Basse-Birmanie. Leur curé est le P. Mignot, aveugle depuis vingt ans et, nonobstant, tout aussi missionnaire qu'un autre. J'y passai, tant à l'aller qu'au retour de Mandalay. Notre confrère aveugle leur consacre un dévouement admirable. Il rêvait pour Pégu une fondation monastique en souvenir des deux premiers martyrs de la Société des Missions- Étrangères, les PP. Genoud et Joret, qui en 1693, après avoir converti de nombreux païens, furent, pour expier ce crime, exposés nus pendant trois jours à la piqûre des moustiques, puis cousus dans un sac et jetés à la rivière. Le rêve du pieux missionnaire aveugle s'est réalisé depuis mon passage. Les premières Clarisses venues en Extrême-Orient ont fondé un monastère à Pégu...

collège de Frères peuplé de 500 élèves, /f/X'^ School des Sœurs de Saint-Joseph de l'Apparition, une grande léproserie, célèbre en Extrême-Orient, et bien d'autres établissements de moindre importance, font de cette ville un centre digne d'une mission de grand avenir.

Un autre ensemble catholique de très grand intérêt se trouve à Maimyo, à 60 km. dans l'est, sur un plateau élevé de 1.100 mètres, oii les santés qu'éprouve le climat de Mandalay, pénible d'avril à septembre, trouvent une fraîcheur bienfaisante. La route qui y donne accès traverse une forêt superbe et les échappées de vue qui s'ouvrent sur la plaine font de l'excursion une partie de plaisir. On s'explique facilement que la Mission ait placé là son Séminaire.

Une autre visite, mais celle-là d'intérêt rétrospectif, est celle de l'ancienne capitale, Amiarapoura, et de ses ruines grandioses, dans la banlieue de Mandalay; il est émouvant d'y retrouver bien conservées les tombes de missionnaires et d'évêques qui furent les premiers apôtres de la contrée. J'aurais voulu pousser jusqu'à Bhamo : le temps me manquait, hvtc le

P. Saint-Guily, qui m'avait accompagné depuis Rangoon, et le P. Merceur, que j'emmenais à Hongkong pour refaire sa santé, je quittai Mandalay un aprèsmidi, le cœur serré par des adieux dont l'heure était venue trop vite. Que de fois au cours de ce voyage, après avoir goûté les joies les plus douces j'eus l'occasion de méditer le mot de saint Paul : (Juofidie morior.

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Village birman

de quelques bons ouvriers ces chères missions de Birmanie ! Bien des fois j'entendis nos confrères et leurs chefs parler d'une population particulièrement intéressante et mûre, peutêtre, pour le Christianisme: les Chins, à peine entamés par l'évangélisation. Kngcife ergo Dominuni wessis...

Je ne puis laisser la Birmanie sans vous dire un mot des deux chrétientés que traverse le chemin de fer, celles de Nyeunglebin et de Pégu en Basse-Birmanie. Leur curé est le P. Mignot, aveugle depuis vingt ans et, nonobstant, tout aussi missionnaire qu'un autre. J'y passai, tant à l'alier qu'au retour de Mandalav. Notre confrère aveugle leur consacre un dévouement admirable. Jl rêvait pour Pégu une fondation monastique en souvenir des deux premiers martyrs de la Société des Missions- Etrangères, les PP. Genoud et Joret, qui en 1693, après avoir converti de nombreux païens, furent, pour expier ce crime, exposés nus pendant trois jours à la piqûre des moustiques, puis cousus dans un sac et jetés à la rivière. Le rêve du pieux missionnaire aveugle s'est réalisé depuis mon passage. Les premières Clarisses venues en Extrême-Orient ont fondé un monastère à Péeu...

Le 26 novembre après midi j'étais avec le P. Rioufreyt, mon nouveau compagnon, et le P. Merceur, à bord du Karapara, qui allait me transporter de Rangoon à Pinang. Encore trois jours de repos ; trois jours de navigation paisible et douce, le long des côtes, birmanes d'abord, siamoises ensuite, de la grande presqu'île malaise. On n'aperçoit guère le continent sinon le troisième jour, mais on passe en vue d'îles délicieuses, celles entre autres de l'archipel de Mergui.

Mergui ! C'est le port où nos premiers missionnaires débarquaient pour se rendre à pied à la capitale du Siam. Combien plus durs que les nôtres étaient leurs dangereux et interminables voyages ! Le P. Rioufreyt, qui résida longtemps à A^Tergui, me détaillait les curiosités de ces îles. Elles sont inhabitées, mais les pêcheurs de nids d'hirondelles en visitent souvent les cavernes et les escarpements. Pendant la grande guerre l'autorité anglaise les faisait surveiller dans la crainte que l'ennemi n'y cachât ses sous-marins et plus d'une fois le missionnaire avait été invité à accompagner les patrouilles pour servir éventuellement d'interprète.

Pagode à Mandalay

Rade de Singaporc

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