LE SIAM
Le train de Singapore à Bangkok m'arracha à tant de choses attachantes, à tant de confrères aimables. Le P. Morin, de la Procure de Singapore, m'avait rejoint depuis trois jours et devenait mon nouveau compagnon de route. Après 24 heures en wagon, presque toujours en forêt, je pris contact avec la mission de Siam à Nakhon-Xaisi, où. m'attendaient Mgr Perros et le P. Richard. Encore une heure et demie, et c'était la gare de Bangkok. A la procure tout nouvellement bâtie, splendidement installée et qu'on m'avait réservé l'honneur de bénir le jour même, de nombreux confrères étaient réunis et avec eux Mgr Gouin, Vicaire Apostolique du Laos, et le P. Chatenay, son missionnaire. Joyeuse assemblée, dont la bonne humeur et la verve culminèrent lorsqu'après la bénédiction on échangea en prose et en vers et en musique les félicitations et les vœux que comportaient de si exceptionnelles circonstances.
Six journées à peine, c'est tout le temps que je pouvais consacrer à la visite de cette mission de Siam, si chère à la
Société des j Missions - Étrangères , dont elle est la mission premièrenée, mère de toutes les autres. Il me coûta de sacrifier la moitié de ce temps si court à ce que je m'avouais à moi même être à sa manière une folie : 26 heures de chemin de fer pour aller à Xiengmai, 22 heures pour en revenir et retour à Bangkok 72 heures après l'avoir quitté. . . Mais je tenais extrêmement, et Mgr Perros qui était prêt à m'accompagner m'y poussait fort, à donner coûte que coûte une marque d'intérêt exceptionnel à l'initiative toute récente prise par la Mission de Bangkok à l'extrême nord de son territoire.
Maison sur pilotis
Xiengmai
Renonçant après huit ans de recherches infructueuses à trouver pour cette région en friche des missionnaires d'un autre institut, nous avions depuis deux ans décidé, malgré la faiblesse de nos effectifs, de tenter nous-mêmes l'entreprise. Le P. Mirabel avait été envoyé à Xiengmai avec un prêtre indigène. Les Sœurs Ursulines de Bangkok s'engageaient à y ouvrir une grande école. Les Frères de Saint-Gabriel promettaient de même leur dévouement. L'affaire avait été lancée et les premiers débuts étaient un succès. Malgré la présence des protestants établis depuis longtemps dans le pays, la population voyait avec une grande sympathie l'arrivée des catholiques. Quoi donc de mieux que d'encourager une si apostolique entreprise ? Et donc, en avant ! Le voyage, qui est de 720 km., est d'ailleurs très beau, surtout en la moitié nord, tout en grandioses forêts. De plus, une fois en route, Mgr Perros
Pagodes à Xicngmai
s'ingénia à ne pas perdre un minute utilisable, même aux simples arrêts dans les principales gares. C'est ainsi qu'à Pbitsanulok, à 3 h. 1/2 du matin, 23 minutes nous suffirent pour visiter la petite église à 200 mètres de la gare, saluer le curé indigène et bénir ses paroissiens, dont un certain nombre était présent malgré l'beure indue. De même, après midi, à
Collège de Montfort à Xiengmai
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Société des {Missions - Étrangères, dont elle est la mission premièrenée, mère de toutes les autres. 11 me coûta de sacrifier la moitié de ce temps si court à ce que je m'avouais à moi même être à sa manière une folie : 26 heures de chemin de fer pour aller à Xiengmai, 22 heures pour en revenir et retour à Bangk(Dk 72 heures après l'avoir quitté. . . Mais je tenais extrêmement, et Mgr Perros qui était prêt à m'accompagner m'y poussait fort, à donner coûte que coûte une marque d'intérêt exceptionnel à l'initiative toute récente prise par la Mission de Bangkok à l'extrême nord de son territoire.
Xienc;mai
Renonçant après huit ans cie recherches infructueuses à trouver pour cette région en friche des missionnaires d'un autre institut, nous avions depuis deux ans décidé, malgré la faiblesse de nos effectifs, de tenter nous-mêmes l'entreprise. Le P. Mirabel avait été envoyé à Xiengmai avec un prêtre indigène. Les Sœurs Ursulines de Bangkok s'engageaient à y ouvrir une grande école. Les Frères de Saint-Gabriel promettaient de même leur dévouement. L'affaire avait été lancée et les premiers débuts étaient un succès. Malgré la présence des protestants établis depuis longtemps dans le pays, la population voyait avec une grande sympathie l'arrivée des catholiques. Quoi donc de niieux que d'encourager une si apostolique entreprise ? Et donc, en avant ! Le voyage, qui est de 720 km., est d'ailleurs très beau, surtout en la moitié nord, tout en grandioses forêts. De plus, une fois en route, Mgr Perros
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s'ingénia à ne pas perdre un minute utilisable, même aux simples arrêts dans les principales gares. C'est ainsi qu'à Phitsanulok, à 3 h. 1/2 du matin, 23 minutes nous suffirent pour visiter la petite église à 200 mètres de la gare, saluer le curé indigène et bénir ses paroissiens, dont un certain nombre était présent malgré l'heure indue. De même, après midi, à
( ollùgc de Muntfoct à Xicngniai __., 63 „..
Lampang, où l'automobile d'un chrétien nous permit, en moins d'une demi-heure, de parcourir la ville et de visiter les travaux de la Mission en construction. A Xiengmai enfin, ce fut une pure joie de voir le P. Mirabel déjà sommairement installé, l'école des Ursuiines sortir de terre, un vaste terrain prêt à recevoir les Frères et un joli noyau de catéchumènes récompenser les premiers efforts du jeune missionnaire. Travailler, prendre de la peine au service de Dieu, et surtout en mission, ce n'est jamais en vain.
JUTHIA
Cette excursion ultra-rapide, après m'avoir conduit à la plus nouvelle chrétienté du Siam, m'en fit voir la plus ancienne. Le chemin de fer passe en effet près de Juthia, qui n'est qu'à 60 km. au nord de la capitale. En revenant de Xiengmai je
pus m'y arrêter 7 ou 8 heures et célébrer la messe dans l'église qui depuis 1886 remplace l'ancienne, datant des origines. C'est là que s'était fixé Mgr Lambert de La Motte. C'est à Mahapram, dans le voisinage, que se trouvait dès 1666, le Collège général, devenu depuis 125 ans, après maintes vicissitudes, le Séminaire actuel de Pinang. Quel pèlerinage pouvait mieux toucher le cœur d'un Supérieur de la Société ?
Puisse le zèle qui enflamma les Fallu, les La Motte Lambert, les de Bourges, les Eglise de Juthia Laneau, brûler toujours au
cœur de leurs continuateurs ! Il est pénible de constater le mauvais état de l'église actuelle. Elle menace ruine, et le petit groupe de 200 catholiques annamites qui forme la paroisse n'a pas les moyens de la sauver. D'ailleurs, toute l'île de Juthia — car c'est une île, — est couverte de ruines. Là, s'élevait en effet, la capitale du royaume au temps de nos premiers missionnaires. Le touriste peut parcourir en taxi ses restes grandioses et, s'il est missionnaire, pareille excursion lui parlera profondément au cœur, au souvenir de l'effort héroïque des anciens qui eut ces lieux pour théâtre.
Bangkok
Entre toutes ces allées et venues on ne négligeait pas de me montrer Bangkok même, ses pagodes, sa «Montagne d'Or», ses plus beaux quartiers, sa banlieue de || Samsen, et surtout, ce qui me touchait davantage, ses églises, ses couvents, ses collèges, ses écoles. Le Collège de l'Assomption, avec sa succursale de Samsen, compte 2.400 élèves et parmi eux les enfants des meilleures familles de Bangkok, Les Sœurs de Saint- Paul de Chartres ont 4 écoles, qui réunissent 750 élèves. Cathédrale de Bangkok
A Mater Deî, le collège de filles, ouvert tout récemment par les zélées et distinguées Ursulines, n'aura certainement pas de moins beaux résultats, tant ses débuts sont prometteurs. Songez à l'influence qui peut émaner de pareils établissements au profit du catholicisme. On rencontre à tous les coins du Royaume des jeunes gens qui ont reçu instruction et éducation dans des maisons catholiques; ils sont encore païens, mais pleins de sympathie pour le missionnaire et disposés à faciliter sa tâche quand l'occasion s'en présente. Aussi semble-t-il qu'une moisson se prépare sur des points très différents du pays. Et, pour grande que soit toujours la puissance actuelle du bouddhisme, on y sent quelque chose d'artificiel et de précaire. Difficilement peut-on imaginer que l'évolution moderne dans ces beaux pays puisse se faire jusqu'au bout sous le signe de Bouddha et au gré de ses bonzes. Le pullulement de ceux-ci, leur mendicité encombrante, l'exubérance des pagodes, tout cela donne une impression d'exagération et d'abus, dont la durée indéfiniment prolongée n'est pas possible.
Siam — si les Siamois étaient moins apathiques, — pourrait être proposé en modèle à certains peuples d'Extrême-Orient. Sans révolution violente, sans guerre, sans bruit, sans violence, il est parvenu en une génération à une stabilité enviable, dans une indépendance sans conteste et une large mesure d'ordre et de sécurité. On ne peut vouloir à un tel pays que du bien et souhaiter que la barbarie bolcheviste qui le guette, lui aussi, le trouve réfractaire.
J'avais vu tous mes confrères de la Mission, parlé en particulier avec la plupart d'entre eux, assisté au milieu d'eux à une cérémonie solennelle dans la superbe cathédrale : trop vite, comme toujours, le temps était venu de les quitter. Mgr Perros tint à m'accompagner jusqu'au terminus du chemin de fer, à Aranya, frontière du Cambodge, Là m'attendait avec la voiture du Résident français de Siem-Réap, Mgr Herrgott luimême. Joie d'une rencontre, tristesse d'une séparation, l'une et l'autre vivement senties: c'est le double souvenir qu'éveillera toujours en moi le nom d' Aranya.
Eglise et presbytère de Battambang