‹ Une visite aux évêques et prêtres de la Société des missions-étrangères de Paris [microform] ;Chapitre 9 sur 18 · LA COCHINCHINE · texte numérisé non relu

LA COCHINCHINE

Le soir du 18 décembre, pendant le dîner, !e P. Louison, de la Procure de Saigon, arriva avec une automobile. C'était l'annonce prochaine de l'inévitable départ. Le lendemain matin dès 8 h. nous roulions sur une route superbe entre les rizières exubérantes. En respirant l'odeur du jeune riz, je me croyait dans mon Setchoan. . . Quel riche pays ! La crise, assure-t-on, s'y fait durement sentir. Les gens, du moins, n'y sauraient mourir de faim et tout, dans ces catnpagnes, a une apparence de bien-être. Là aussi, les chrétientés abondent. Je visitai, chemin faisant, celle de Sadec, où d'habiles artisans catholicpes tiennent boutiques d'objets religieux en marqueterie originale et fort plaisante. Puis c'est la plaine de Mytho, plus riche encore, et enfin Cholon, le faubourg chinois de Saigon, avec sa grosse population chinoise de 125.000 âmes, dont quelques centaines seulement, catholicpes, ont en la personne du P. Assou, Chinois lui-même, un curé habile et zélé, dont la notoriété s'étend au loin.

Sa'ïgon

A Saigon, je retrouvais, comme une première fois à Singapore, du « déjà vu », car les allées et venues de ma vie de missionnaire m'y avaient fait passer souvent. Cette capitale de l'Indochine en est aussi la capitale religieuse, bien que son climat par trop brûlant n'ait pas permis d'y établir le siège de la Délégation Apostolique. EUle possède le plus bel édifice catholique de l'Indochine, sa cathédrale, et le monument le plus caractéristique de son histoire, le «Tombeau d'Adran». Celui-ci élevé en 1800 par l'Empereur G ia Long à la mémoire de Mgr Pigneau de Béhaine, Évêque d'Adran, rappelle le souvenir d'un de nos plus grands missionnaires, véritable apôtre, dont la calomnie n'arrivera pas à défigurer le rôle, car l'histoire est là pour prouver qu'en amenant quelques Français en Cochinchine pour rétablir sur

son trône le roi Cathédrale de Saigon

légitime, il ne poursuivait qu'un but : présen'^er FAnnam des alliances protestantes et le faire entrer dans le concert des nations civilisées, en lui procurant les services et l'amitié de la nation catholique par excellence : la France.

C'est à Saigon qu'on trouve encore parmi tous les établissements catholiques, celui qui a eu le plus grand rayonnement. Je parle du Séminaire, ce Séminaire dont la tenue m'avait vivement frappé lorsqu'en 1885, jeune missionnaire en route pour le Setchoan, j'y séjournai trois jours : il avait alors pour Supérieur l'éminent P. Thiriet. Resté digne de son passé, il méritait de donner à l'Eglise d'Annam son premier évêque annamite. Cet honneur lui appartient désormais : Mgr Tong, nommé, le 2 janvier 1933, Coadjuteur avec future succession du Vicaire Apostolique de Phatdiem, y a fait toutes ses études et ne doit qu'à lui exclusivement sa formation sacerdotale.

L'ensemble de Saigon chrétien est à la hauteur de ces souvenirs et de ces grandes œuvres. Parcourir ses paroisses, admirer ses plus belles églises, visiter la communauté très nombreuse et les établissements des Sœurs de Saint-Paul de Chartres, l'école Taberd (des Frères des Ëcoles Chrétiennes), c'est une fête rare pour qui s'intéresse au progrès missionnaire. Mgr Dumortier, qui s'était fait mon guide charitable, est le chef dont on peut dire : praeest in sollidtudïne . II me procura au séminaire d'heureux moments parmi les quarante convives, confrères ou prêtres indigènes, qu'il réunit à sa table, provoquant à cette occasion un échange de paroles confraternelles, aimables, réconfortantes et utiles. Et comme Saigon est doté d'une des quatre Procures de notre Société en Extrême-Orient, des réunions analogues y eurent lieu, dans la même atmosphère familiale, jusqu'à la dernière soirée de mon séjour.

Thudaumot, Phanthiet, Djiring et Dalat sont les quatre postes qu'il me fut donné de visiter dans la Mission de Saïgon hors de la ville elle-même. A Thudaumot (à 30 km. nord)

Lépreux de Djiring

m'attirait, outre l'intérêt de voir une chrétienté cochinchinoise pleine de vie, le désir de rencontrer chez lui le P. Détry, qui fiit, à mon arrivée à Paris en 1922 mon premier « aspirant admis )). Quant à Phantiet et Djiring, ce sont les « escales » sur la route qui mène à Dalat: Phantiet, où grâce à la présence d'un gouverneur annamite catholique fervent, frère du jeune P. Tue, on touche du doigt le bien qui résulte de la parfaite entente et coopération des pouvoirs publics avec la Mission ; Djiring, où le P. Cassaigne, en plein pays M?/, convertit et civilise les sauvages, soigne les malades, entretient une léproserie et use sa santé sans le moindre scrupule, ce qui m'obligea à le semoncer. Tout ce pays est, d'ailleurs, d'une grande beauté. Vous voudriez tous être envoyés en Cochinchine si vous aviez fait avec moi cette route de Phantiet à Dalat et repéré en pleine forêt l'admirable site des Cascades de Danhim.

Dalat est une ville en formation sur un plateau de montagnes, dont l'existence, à 300 kilomètres de Saigon et 1.500 mètres d'altitude, est une bénédiction pour nos confrères de tout ce groupe de Missions. Ils y trouvent, avec un climat enchanteur dans une contrée délicieusement pittoresque, toutes

Presbytère en Cochinchine

les ressources qui peuvent contribuer à refaire leurs forces épuisées sous l'ardent soleil des tropiques. La Mission y possède une installation déjà excellente, que le P. Nicolas améliore chaque jour. L'église en construction sera fort belle et, attirés par le climat, les Sœurs, les Frères, voire les Trappistes, lui feront avec le temps, j'en suis certain, la plus souhaitable des ambiances.

Tribunal annamite

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