‹ Une visite de noces comedie en un acte (volume 3)Chapitre 8 sur 85 · SCÈNE TROISIÈME · texte numérisé non relu

SCÈNE TROISIÈME

les mirlitons ne veulent plus, des protestations avec lesquelles on ne prendrait pas un électeur de Saint-Flour, son désœuvrement, le désir de faire des économies, Clorinde et Paméla ne prêtant que sur gages; enfin, ce qu’il appelle son honneur, c'està-dire, eu cas d’explosion, la chance de recevoir des gilîîes, de • * * les garder ou de tuer un homme qu’on a volé, ou, ce qui est plus triste encore, d’aller vivre, avec sa femme déshonorée et chassée, dans une chaumière oit il n’y a plus un cœur. Une fois la cornue sur Je feu, en avant le fiacre aux stores baissés, la chambre - . d’hôtel borgne, les verrous prévoyants, et toutes les tapisseries traditionnelles, les amis qu’il faut éviter dans les rues, les valets qu’il faut corrompre, les servitudes de tout genre, les humiliations de toute espèce , les souillures de toute sorte. Combine, triture, alambiqué, décompose, précipite tous ces éléments, et, si lu y trouves un atome d’estime, un milligramme d’amour, une vapeur de dignité, je vais le dire à Rome sur les mains. Faux ! fauxl faux! Où prendrions-nous de l’amour pour nos femmes, nos mères et nos filles, si nous en mettions là dedans ! Prostitution pure, c’est moi qui te le dis ! Et tiens, quand je voyais tout à l’heure ma femme, ma femme ! causer si ingénument de son enfant et de son amour avec madame de Morancé, j’avais envie dé la pousser à la porte en lui -criant : « Sauve-toi 1 j’ai été >

l’amant de celte malheureuse! » v

LE BONN ARD, lui tendant la main. -

Tope là! tu es dans le vrai.

Tu plaisantes encore !

Dieu m'en garde ! je. pense exactement comme loi.

DE CYGNEROI.

Alors, les sermons de tout à l’heure ?...

LE BONN ARD

Simple épreuve ! je voulais savoir si tu étais toujours amou-

UNE VISITE DE tfüCES

reux de madame de Morancé. Je le craignais en te voyant revenir ici.

î DE C ÏGNKROI. - ... - . .

Ah ! que lu me connais peu ! Mais, sur les trois ans qu'a duré cette mixture, je n’ai pas été amoureux six semaines. J’en ai èu tout de suite par-dessus la tète. Et -dés larmes! et des reproches! et des jalousies! et des survciHauces !*et des terreurs!... Sais-tu combien de fois, madame de Morancé et moi, nous nous sommes trouvés seuls, ce qui s’appelle seulâ? Je ne t’ai jamais parlé de cola parce que lu te serais moqué de moi. C’est à ne pas le croire et tu vas trop rire. En trois ans, deux foié, twf , ; fois à Lyon, une fois au Havre; car il fallait voyager pour en ar^ ; ' river là, se trouver dans un hôtel où l’on n’avjiit pas l’air dé *se connaître devant les autres voyageurs, et saisir la première occasion ! Tu vois ça d’ici. Et, quand je lui écrivais, je signais Adèle, comme si j’étais une ancienne amie do couvent, et elle signait Alîred ! Voilà les lettres que nous nous sommes rendues. Enfin, un jour, j’ai pris mon courage à deux mains et je lui ai dit tout bonnement : • Je vous respecte trop pour ne pas être fratie avec vous ; je ne vous aime pas comme vous méritez que * l’on vous aime, je me marie! » /

LE BONNARD

Comme c’est simple !

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