LE RENFORCEMENT SUR LA ROUTE DE HA6UENAU
Enfin, puisqu'ils sont les vainqueurs, il faut quitter notre terrain et, sur les positions qu'ils occupaient, d'abord visiter leurs trophées. L'un d'eux domine au loin les espaces. C'est, en arrière et au-dessus de Wœrth, un prince royal équestre, dressé sur une vaste terrasse et sur des rochers artificiels. Il vient du Palatinat sur le cheval que Regnault peignit pour le général Prim. Insolente statue d*un vainqueur qui, dans l'action, se montra fort médiocre.
Le 6, vers sept heures du matin, ce prince royal, quand il entendit le canon et quand déjà Mac-Mahon galopait vers son noyer d'Elsasshausen, envoya aux informations. A dix heures, alors que rompre, c'eût été avouer la victoire des Français, il ordonnait de ne pas accepter le combat. On passa outre. Vers une heure seulement, il arriva sur les hauteurs où sa statue le glorifie vainqueur.
Depuis midi, le général de Bose, sous sa propre responsabilité, avait ordonné cette attaque contre notre aile droite, qui changea en succès allemand une série d'engagements où se dessinait leur défaite.
De cette terrasse pompeuse où son bronze caracole, l'héritier royal contempla la défaite de notre race. Ce n'est pourtant pas ici que les Allemands doivent remercier le destin ; qu'ils cherchent derrière le talus de la route de Haguenau, au pied et un peu à droite d'Elsasshausen, un renfoncement où se blottirent, vers onze heures et demie, six compagnies prussiennes, tandis que
nos soldats rejetaient tout le reste sur la rive gauche. Ces fuyards constituèrent Tamorce de Tinvasion, sous laquelle, à la longue, nous devions périr. Enclavés en quelque sorte dans nos lignes, ils s'y maintinrent héroïquement parce qu'en se défendant avec bravoure dans ce mince abri, ils gardaient quelques chances de sauver leur vie, tandis qu'à fuir ils devaient traverser des espaces découverts où la mort sûrement les atteindrait.
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