‹ Une voile a la mer poesiesChapitre 32 sur 57 · ÉPISODE DU SIÈGE DE PARIS · texte numérisé non relu

ÉPISODE DU SIÈGE DE PARIS

Paris était fermé : la bise de décembre,

Qui, chez le pauvre, hélas! ne fait pas antichambre,

Un soir, entrait à flots dans un pauvre taudis Où dormaient trois enfants demi-nus, tout bleuis... L’aîné, blond chérubin, comptait six ans à peine,

Une fillette brune, ayant nom Madeleine,

Le tenait embrassé tandis qu’en son berceau.

Un enfant de vingt mois s’abritait d’un lambeau...

Le père, ancien soldat, au nom de République,

Avait dit : a Désormais, Guillaume le cynique,

« Aux rangs de tes vainqueurs est un soldat de plus... » Combien partaient ainsi? Les balles, les obus.

On en rit tout d’abord... Lion dans la mêlée,

Il teignit de son sang la neige immaculée,

A Clamart, au Bourget chacun le distingua.

Mais à l’appel, un jour, hélas! son nom manqua!...

Sans argent, sans travail, ô torture cruelle!...

La mère vendit tout... La fatale nouvelle La surprit partageant aux petits affamés Les restes d’un pain noir, de ses pleurs arrosés !... Et depuis, chaque soir, le front rouge de honte. Elle avait mendié!... Ceci n’est pas un conte ;

Qui de vous n’entendit, s’attachant à vos pas.

Sa prière obstinée?... Un enfant n’attend pas...

Mères! si vous saviez ce qu’est l’horrible chose D’entendre répéter par une bouche rose.

Quand la misère est là... Quand vous manquez de pain... Ces deux mots effrayants : J’ai faim!... J’ai faim!... J’ai faim! De voir, sous des haillons, quand le vide est dans l’âtre. Un pauvre petit corps, que le froid rend bleuâtre. Grelotter dans vos bras! O femmes! cœurs aimants!

Si vous pouviez sonder tous les déchirements,

Les atroces douleurs de ces sombres journées...

Si vous saviez combien d’àmes abandonnées,

En ces jours de famine, au vent du désespoir !...

Ahi Que de fois rentrant, les mains vides le soir. L’ouvrière se dit : Je voudrais être mortel...

Que de fois, palpitante, avant d’ouvrir sa porte,'

Elle retint son souffle, écoutant du dehors

S’ils étaient endormis .. disant : s’ils étaient morts!..-

Vainement elle avait, ce soir-là, pauvre femme!

Devant chaque passant, jeté ce cri de l’àme :

« Je suis mère!... Ils ont faim!--. Ne me repoussez pas! » Nul n’avait répondu . Depuis la veille, hélas!

Ils n’avaient rien mangé!... Quand vint la dixième heure, L’œil livide, à pas lents, vers sa triste demeure,

Se soutenant à peine, elle s’acheminait. .

Demandant au destin quand il se lasserait De choisir l’innocent, le faible pour victime ..

Ignorant qu’êtiœ pauvre, aujourd’hui, c’est un crime.

Elle accusait le ciel de ses maux, de son deuil, Lorsqu’un éclat d’obus l’envoya sur le seuil Rouler le crâne ouvert!... A. la foule accourue,

Elle dit : « J’avais faim !... La mort m’a secourue...

« A l’époux que j’aimais Dieu va me réunir... »

Puis, étendant trois fois, comme pour les bénir,

Vers les pauvres petits, une main défaillante.

Elle put dire encore, de sa voix de mourante :

« A tous les cœurs aimants, je vous lègue ici-bas. . d Je veillerai sur vous, enfants, ne pleurez pas! ..

Ce fut son cri suprême !

O misère! ô souffrance!...

Pour vous quand sonnera l’heure de la vengeance?... - Las de frapper toujours le juste, l’opprimé,

Quand le bras du Seigneur sera-t-il désarmé ?

Le lendemain, hélas ! de cette rude épreuve,

A son dernier asile on emportait la veuve!...

Les passants chapeau bas, suivaient mornes, émus.

Et la France adoptait trois orphelins de plus!.-.

Mars 1871.

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