LA FLEUR DES RUINES
(Hommage à Saintine, auteur de Picciola.)
Qui n’a relu cent fois cette simple élégie D’un pauvre prisonnier, voyant, l’àme ravie.
Aux murs de son cachot, croître une douce fleur!... Que de soins, que d’amour il eut pour cette sœur...
Ce souvenir béni des heures envolées!...
Quelle extase devant ces tiges étoilées.
Parant d’un nimbe d’or les vieux murs du donjon!... Devant ce don du ciel, verroux, chaînes, prison.
Vous n’étiez plus maudits!... de votre sombre étreinte Cette âme qui, la veille, était là, morne, éteinte... S’échappait, et bientôt abordait malgré vous Aux rivages aimés... vers des cbmats plus doux...
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Noirs bourreaux, vous pouviez désormais faire rage... Le martyr n’était plus... vous n’aviez pour otage,
Qu’un corps indifférent à vos sombres fureurs...
Car Tâme, pour se plaindre, avait trop de lueurs!...
Le ciel prenant pitié de sa longue souffrance,
Lui donnait pour compagne, une fleur... l’espérance!...
Fier tyran, tu pouvais doubler chaque barreau... Réduire le pain noir ou la ration d’eau...
Qu’importe!... à l’humble fleur il fallait peu de chose... Chaque jour ajoutait à sa corolle éclose Quelque charme de plus .. et parfois le proscrit Croyait sentir au front la brise du pays !...
O toi, sainte captive, ô ma France si chère!... Après les jours de deuil et de sombre colère. Malgré tes murs noircis, tes palais écroulés... Malgré ton sol vendu... tes forts démantelés...
Tu reverras encor cette fleur d’espérance... Compagne du proscrit, baume dans la souffrance... Cette fleur que ton nom seul fait épanouir...
Que l’on peut t’envier... mais non pas te ravir... Oui, tu la reverras, renaissant de tes ruines.
Cette fleur dont le nom fait battre nos poitrines... Qui te fit grande un jour, et plaça sur nos fronts L’étincelle de feu aux célestes rayons !...
Seule pour endormir tes souffrances passées.
Elle sait rappeler tes gloires effacées!...
Et pour sécher tes pleurs, retrouver tour à tour Ces refrains de vaillance, ou ces hymnes d’amour. Qui conduisaient jadis tes preux à la victoire Et resteront gravés aux fastes de ta gloire!... Seule, elle sait bercer tes rêves d’avenir...
Et te crier : Espoir! tous tes maux vont finir?...
France ! lève ton front, car cette fleur bénie. Qui s’incline vers toi, ainsi qu’un bon génie. Nul ne l’arrachera de ton sol adoré Tant que battra le cœur d’nn poète inspirél...
Août 1871.