AVANT
C’était au mois de juin de cette rude année Qui mit la France en deuil, une chaude journée S’achevait : l’horizon, baigné de pourpre et d’or. Gomme eût fait un avare, étalant son trésor,
Donnait, pour les reprendre, aux sommets des collines Ces reflets qui laissaient aux vallons, aux chaumines La douce obscurité, chère au peintre, au penseur...
— Un enfant de cinq ans, puis un autre, sa sœur,
Ainsi que deux oiseaux échappés de leur cage.
Riant de ce bon rire inconnu à notre âge.
Couraient dans l’herbe verte avec des cris joyeux.
Luttant pour chaque fleur qui s’ofirait à leurs yeux,
Pour chaque papillon, se mêlant à la fête.
Et dont il leur fallait poursuivre la conquête...
— ■ A quelques pas de là, sur le bord du chemin,
L’un sur l’autre appuyés, et la main dans la main.
Un homme jeune encor, une femme, une mère. Contemplaient souriants dans la douce lumière De ce chaud crépuscule, aux reflets gradués.
Les ébats délirants des lutins bien aimés!...
Leurs regards attendris, leurs gestes et leur pose Semblaient dire aux échos ; « Mon Dieu! la douce chose!... O nature ! ô famille, ô vous trésors du ciel!...
Vous donnez un bonheur à nul autre pareil!... »
Hélas! quels lendemains, terribles, implacables...
Devaient anéantir tant de joies ineffables !...