APRÈS
Un an s’est écoulé : Juillet va refleurir...
Pourtant tout reste morne, et l’on se sent frémir A voir cette nature, insensible, muette ;
Celui qui se souvient cherche, l’àme inquiète...
Ces vallons, ces coteaux, et ces nids élégants.
Où l’on se retrouvait si joyeux au printemps.-.
— Adieu les. gazons verts, les fleurs fraîches écloses ! .. Forêts ! le cœur se serre à voir, tristes, moroses
Vos restes mutilés, impuissants désormais.
Que la main d’un vandale a fauchés pour jamais !...
— O cachez-vous soleil!... ciel garde ta rosée!...
Des horreurs du combat, la nature épuisée Conservera longtemps le navrant souvenir...
Comme en nos cœurs brisés, rien n’y peut refleurir! .. Laissez ce cadre sombre à la douleur amère.
C’est le seul qui convienne à la veuve à la mère... Voyez-vous cette femme en longs habits de deuil ?
Du logis, à regret, elle a passé le seuil...
(Parfois la solitude est chère à la souffrance...)
Mais quand le ciel est bleu, l’impitoyable enfance,
Ivre de liberté, malgré nos désespoirs.
Veut que l’oubli succède à nos jours les plus noirs...
Et sans songer combien déchirante est l’épreuve. Voyez, nos orphelins ont entraîné la veuve Aux sentiers tout remplis de poignants souvenirs... Qu’importe ?... ils vont toucher le but de leurs désirs... — Ilélas ! comme autrefois, ce n’est plus une fête...
On dirait que la peur en leurs yeux se réflète...
Ce deuil universel leur parait mojistrueux ! ..
Plus d’élans, plus de cris, plus de ces bonds joyeux... Sur leurs lèvres soudain s’est arrêté le rire ..
Interdits et glacés, « Maman, semblent-ils dire, ce L’ogre qui prit un jour notre père chéri,
(( Va-t-il donc revenir nous emporter aussi?... 3>
Octobre 1871 .