‹ Une voile a la mer poesiesChapitre 8 sur 57 · UN RÊVE · texte numérisé non relu

UN RÊVE

Juillet avait fleuri,

Et la terre altérée Voyait tomber l’épi De sa robe dorée ; L’alouette en chantant Glanait pour sa famille Le grain que bien souvent Oubliait la faucille.

Le joyeux laboureur,

Près de la gerbe ronde.

Dormait le front en sueur Sur le sol qu’il féconde.

A cette heure de feu,

La nature en extase Sous le regard de Dieu,

Se recueille et s’embrâse...

Et moi, le cœur lassé.

Des vains bruits de la vie.

Je songeais au passé Près de Tonde endormie....

Quand bientôt l’horizon.

Comme une ombre indécise.

Sembla fuir le gazon Où je m’étais assise

Quelques instants encore, et de ce frais abri.

Je voguais doucement vers le pays des songes ,

Où nous trouvons enfln le repos et l’oubli ,

En nous laissant bercer par les plus doux mensonges.

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Rivages inconnus de ce inonde réel,

Mon esprit vous peuplait de chimères aimées, Lorsqu’un accord divin éleva vers le ciel Sur l’aile du zéphir ses notes embaumées. . .

On eût dit le soupir du ramier délaissé. Rappelant près de lui sa compagne oublieuse... Ce chant doux et plaintif soudain fut remplacé Par les sourds grondements d'une mer furieuse.

On entendait au loin la tempête mugir.

Et la brise en pleurant au pied de la colline , Nous apportait l’adieu de ceux qui vont mourir. Ce cri des naufragés que l’ouragan domine

Le calme renaissait, tous les oiseaux chanteurs, A la hâte blottis sous la sombre feuillée,

Pour fêter son retour, revenaient en vainqueurs Egayer le vallon de leur voix éveillée. . . .

L’hirondelle en chantant remontait vers 1e ciel. Le ruisseau murmurait, et la mouche dorée Venait en bourdonnant puiser un peu de miel Dans la fleur qui tombait pâle et décolorée —

Parfois c’était le pas , docile et cadencé ,

Du coursier retenu sous une main sévère.

Ou son galop fougueux dans l’espace lancé ,

Faisant vibrer l’écho du rocher solitaire.

Je m’éveillais enfin, j’étais près du saint lieu ,

L’orgue chantait encore dans l’enceinte bénie.

Sa voix, comme un encens, montait aux pieds de Dieu, El mon cœur s'enivrait à ces flots d’harmonie !..

Janvier 65.

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