‹ Une vois d'en basChapitre 30 sur 80 · LE M.\T1N · texte numérisé non relu

LE M.\T1N

Des hommes en frocs verts, à la fois chiens et loups. Soldats de la gabelle appelés gabelous, Dont l'apparition menaçante ou funeste Vise mon pot-au-feu, ma chopino et le reste, Aux angles de l'octroi, debout, d'un œil perçant. Jusqu'au fond du regard fouillent chaque passant ; Et sur les chariots qui roulent vers la ville, Avec sonde et crochet sautent d'un pied agile.

Plus loin d épais bouviers pourchassent devant eux Un troupeau harassé de vaches et de bœufs. Ce'sar s'irrite, court, revient, attend un ordre, Part et va rallier le be'tail en de'sordre Que la terreur e'gare à travers les trottoirs. César aboie ou pousse aux larges abattoirs Le troupeau roux qui beugle, écartant la narine, Comme aspirant la mort au fond de sa poitrine.

Labourant le chemin dans son sourd grognement, Un immonde troupeau descend également.

Se vautre et plonge à fond son grouin dans la fange, Afin d'y rencontrer l'immondice qu'il mange.

Puis encor des brebis, veuves de leur toison, Pour la faim n'ayant pas le plus chétif gazon, Sous le fouet, sous la dent, se pressent effarées, Attristant de leurs pleurs nos routes encombrées.

La charrette, à travers les sentiers latéraux, Tramant pour l'égorgeur de misérables veaux, Les cahote aux rebords des parois fléchissantes. Les quatre pieds liés et les létes pendantes.

Et bœufs, brebis, porcs, veaux, bêlant, grognant, beuglant

S'en vont, las et poudreux, au rendez-vous sanglant

Où la mort, les bras nus, dégoûtante étaliére,

En rouge tablier, sur son grand seuil de pierre,

Les reçoit et leur montre, avec des brouhahas,

Son arsenal : merlins, cordes, crocs, coutelas;

Ses dogues dans la cour, qui pesamment se meuvent,

Ou, repus du festin, à sa source s'abreuvent;

Ou dorment au soleil ; ou gardiens fraudulexix,

Promenant un regard oblique et cauteleux.

Rôdent dans les charniers, en traînant sous leur ventre Quelques lambeaux du bœuf que l'assommeur e'ventre ; Tandis que le boucher, de son couteau fatal, Dépèce habilement les viandes dans l'étal.

Parfois, quand le matin rayonne Dans le champ et sur le buisson.

Quittant l'atelier monotone.

Ou s'échappant de la maison, Le travailleur, d'un pas agile, Laisse pour un jour son enfer, Et court respirer un peu l'air Jusques aux portes de la ville.

Ici le zéphyr est malsain :

C'est quand il a mouillé ses ailes Dans les fanges de cent ruelles Qu'il se plonge dans notre sein.

Ici rien n'est tendre pour l'âme.

Rien ne sourit, tout est impur, Et sous l'ombre de chaque mur L'œil attristé rencontre un drame.

C'est le mendiant sans foyer. C'est la vache que l'on assomme.

C'est la maigre bête de somme Qui broute le poudreux hallier.

Puis des brebis aux crocs pendues.

Puis des écorcheurs de chevaux.

Associant à leurs travaux Des vieilles qui vont jambes nues!

Ainsi l'on ne fait rien pour nous !

Point de parcs, de routes sablées.

Ni de verdoyantes allées ; Ni d'ombrages penche's sur tous.

Rien qui rappelle ces clairières, Ces lacs moire's, ces bassins frais, Où le matin ne luit jamais Sans y jeter fleurs et lumières.

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