‹ Une vois d'en basChapitre 31 sur 80 · L'APRES-MIDI · texte numérisé non relu

L'APRES-MIDI

Un soleil e'clatant sur les murs de Paris Répand du haut des cieus son magique souris. Vidant les ateliers, en hahiis du dimanche, La population comme un fleuve s'épanche.

Culottes de velours, casquette, gros souliers, Veste ronde, voilà nos braves charpentiers. Un peu roides de corps, mobiles de visage. L'oeil d'aplomb, la voix rude et le style sauvage. Au Peiii Ramponneau, pour prendre leur repas, Une main dans la poche, ils redoublent le pas. Humant avec bonheur le très cher brûle-gueule... Leurs fenmaes, disons-le, n'ont pas l'esprit bégueule Jupe courte, bas blancs, tablier fin, croix d'or, Accortes, se riant du chétif mirliflor.

Bien loin de gourmander le bon garçon qui fume, A l'odeur du tabac leur amour se parfume.

Ouvriers charpentiers, j'aime votre fierté; Votre cœur poétique, épris de liberté.

J'aime, pardonnez-moi, vos femmes rondelelles Et sans morgue, partant, sans nul souci d'aigrettes. Je les aime surtout lorsque, dans le chemin. Courant au nnendiant, que le plaisir repousse, Elles laissent tomber une parole douce Et le sou du bon Dieu dans quelque pauvre main.

Serruriers, forgerons, maçons, tailleurs de pierre, L'artisan du chantier, celui de la carrière, Sous de verts acacias que les vents font trembler, Au repas fraternel accourent s'attabler.

Pour charmer les ennuis d'une rude semaine. Où du septième jour le repos les amène. La table est de sapin, sans doute, mais dessus Brille un morceau de Aeau qui baigne dans le jus; Mais à l'extre'mite' de ces planches grossières Figure un large plat de rouges parmentières (1), Et Jeannette, l'He'be' du bruyant cabaret. Apportant broc sur broc d'un petit vin clairet Par elle baptise' sans dispense du pape. Sait leur faire oublier l'absence de la nappe ; Car fraîche et réjouie, elle re'pond mieux qu'eux Aux ris entrecoupe's de propos graveleux.

Vous, heureux, qui bâillez dans vos palais de marbre.

Le cœur vide où s'efface un rêve d'amitié'.

Vos plaisirs, faux rubis, inspirent la pitie

De ces bons compagnons attable's sous un arbre.

Leur appe'tit gaillard mange tout et sans choix.

Ce dîner, gras pour eux, pour vous serait bien maigre ;^

Mais l'amitié, qui fuit la demeure des rois.

Là s'attarde et sourit, près d'un pot de vin aigre.

j) Voir la note à la fin du volume.

L'artisan des lambris, on habit, linge blanc, Du spectre do la faim triste ropre'sentant, Le plus de'she'rite du produit de nos treilles, Exténue', tue' par de trop longues veilles, Avec sa douce femme, avec ses blonds enfants, Tous chétifs, mais proprets, courent à travers cliamii Que de privations durent être subies Pour ce peu de toilette! et combien d'insomnies, De fatigues, de soins, de soucis, de tracas, Eut cette pauvre mère à préparer gants, bas, Robes et mouchoirs blancs ! En secret que de jeûnes Pour avoir des colliers bénits aux deux plus jeunes ! Bonnes gens, puisse Dieu, touché de votre foi, Vous laisser le petit... qu'il m'a repris à moi!

Le soir, las de fouler gazon, herbe nouvelle, La famille avec joie abox'de une tonnelle Pleine d'ombrage frais et vert du haut on bas ; Puis la femme économe acquitte le repas; L'homme sourit au vin, l'enfant au confortable, Et la félicité, qui rend l'espoir aimable, Leur fait rêver à tous un siècle plus humain. flélas! à ce beau jour quel triste lendemain!

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