L'ARAIGNÉE
Une énorme araigne'e avait, pour quelque drame
Tout noir de trahisons, Etendu son tissu, comme un voile de femme,
Aux branches des buissons.
Le soleil descendait derrière la montagne,
Ainsi qu'un pèlerin.
En laissant après lui, dans toute la campagne,
Un souvenir serein.
La brise reployait ses ailes sur la terre
Pour ouïr les ébats De la cre'ation à l'heure où le mystère
Soupire et parle bas.
La chaleur retenait l'insecte à la liane,
Le ver sous le granit, L'enfant dans son berceau, le pâtre en sa cabane,
Et l'oiseau sur son nid.
Puis, on voyait courir, sous les feuilles tombées
De leurs rameaux en fleurs.
Des reines, des lézards, de petits scarabées
Et des mulots rongeurs.
L'araignée, attentive au milieu de sa toile
Tendue aux moucherons, i'^ii rajustait les fils en manière d'étoile,
Les disposait en ronds.
Une mouche étourdie en passant vint s'y prendre.
Adieu, Tulles amours !
« Homme, bourdonna-t-elle, ah! si tu peux m'entendre,
" Viens vite à mon secours! »
Le farouche animal tenait dans son antenne
La mouche à l'œil hagard.
Je brisai le réseau, j'en chassai l'inhumaine ;
Mais il était trop tard !
La pauvre lille ailée à mes pieds tomba morte.
Tandis qu'elle expirait, Sur des fleurs, l'araignée, horriblement accorte.
Courait, courait, courait.
■lavais été clément, clémence inopportune, Car, pour de nouveaux glas
Et de nouveaux forfaits, l'insecte, au clair de lune Raccommodait ses lacs.
Ainsi vient la douleur dans un rayon de gloire.
A quoi cela lient-il?
Au hasard louche, à rien, à quelque tache noire
Qui pend au bout d'un fil.