LE DINDON
Un dindon dindonnait autour de sa dindonne
Dans une basse-cour, Prés du tas de fumier. Je crois, Dieu lui pardonne,
Qu'il s'agissait d'amour.
11 rôdait gravement. Flottait sur sa poitrine
Un beau rabat vermeil, Alors que de son bec, la crête purpurine
Fleurissait au soleil.
Son regard flamboyait. Notre amoureuse bête Poussait de tels glouglous...
S'il les eût entendus, j'affirme qu'un poète En eût été jaloux.
Pur ses flancs frissonnaient ses ailes métalliques
Aux reflets bleus et verts, Poursuivant sa beauté de longs regards obliques,
L'attaquant à revers.
Elle, sans s'émouvoir, à tant d'amour rebelle,
Grattait et becquetait.
Dindonnet s'irritait. Dindonnelte était belle.
Dindon se lamentait.
11 appelle, on le fuit. 11 ilatle, on fait la moue.
Tout ruisselant d'azur Kt d'or tout battant neuf, un paon faisait la roue
A l'ombre d'un vieux mur.
Dindon va l'imiter, il gonfle son plumage.
Se pousse du poitrail, Étale éperdument, avec un doux ramage
Sa queue en éventail.
11 tournait, glougloutait, se dressait, Dieu sait comme !
Plein d'une aimable ardeur...
Si bien qu'en ce dindon je croyais voir un homme.
Ma parole d'honneur.