‹ Une vois d'en basChapitre 55 sur 80 · L'ENFANT QUI POURSUIT UN OISE.MÎ · texte numérisé non relu

L'ENFANT QUI POURSUIT UN OISE.MÎ

Je n'aime pas que l'on offre à l'enfance De noirs tableaux pour première leçon.

Aux doux re'cits donnant la pre'férence. Moi, j'aime assez la morale en chanson.

Ecoutez-moi. C'était, mes petits hommes, Dans un jardin superbement fleuri ; Parmi les choux, parmi prunes et pommes. Vous m'écoutez ? Prunes vous ont souri.

Pommes aussi. Je comprends, vilains drôles ;

On voudrait bien, au risque des bâtons

Qui tomberaient à plat sur les épaules.

Eu prendre un sac, et les croquer?... Gloulon.s !

Dans ce jardin était une chaumière ; Sur le pommier se dérobait un nid ; Mais, un matin, monseigneur Petit-Pierre, Le fils du chaume, hélas! le découvrit.

L'aube déjà blanchissait la demeure, A s'envoler s'essayait un pinson.

— Oui, l'on fait bien de se lever bonne heure, Se dit l'enfant ; mon père avait raison.

Ce bel oiseau qui dans Tarbre sauîille Sera pour moi ; petit fds, je t'aurai. L'oiseau traqué s'abat dans la charmille ; On le poursuit ; plus d'asile sacré !

— Bon ! dit l'enfant, ses plumes sont nouvelles. 11 va, là-bas, tomber dans le chemin ;

Petit oiseau, le duvet de tes ailes

Ne pourra pas te soustraire à ma main.

Disant ces mots, l'enfant part, l'oiseau sautf\;

— Fuir le daniier, c'est prouver sa raison ; — Voltige, atteint une branche plus haute. Pierre, confus, saccage le buisson.

L'oiseau s'envole, ci l'enfant, tout l'n fête. De lui crier : Tu n'iras pas plus loin ; Pour t'enfermer déjà la cage est prête ! Il le relance à travers le sainfoin.

Puis dans les blés, sur l'épi qui se ploie Sous le fardeau du pauvre fugitif, Les bras tendus, l'enfant court avec joie . L'oiseau repart et s'abat ilanf^ un if.

S'enfuit encor. Lautre court de plus belle . Gare les fleui's ! les vignes ! la moisson ! Les champs de pois ! la luzerne nouvelle ! Il faut passer oîi passe le pinson.

— Là-bas ! là-bas ! il rase enlin la plaine : Vite ! courons ! le pauvret n'en peut plus. Pierre en sueur, haletant, hors d'haleine, Triomphe et va mettre la main dessus.

Non, pas encor. L'oiseau gobe une mouche, Avise un mur, saute dans un verger Et disparaît. Le soleil qui se couche D'une ombre e'paisse annonce le danger.

Alors voilà Pierre pleurant de honte.

Les pieds meurtris et le regard penaud : Oh! se dit-il, ce n'est pas là mon compte. Pierre, mon fils, tu n'es qu'un maître sol.

Il avait faim, la nuit devenait noire ; Heureusement un gardeur de troupeaux Qui l'entendit, frappé de son histoire, Le ramena, lui tenant ce propos :

— Mon cher enfant, c'est toute l'existence ; Le moindre but, et souvent le plus prés, Coûte toujours plus de mal qu'on ne pense : Rose au matin, le soir il est cyprès.

On s'évertue à déserter son âtre,

Sans consulter sa force et sa raison ;

Puis l'on s'égare, heureux lorsqu'un vieux pâtre

Nous reconduit à la pauvre maison.

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