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LES ALLUMETTES

Ils passaient dans la brume, Qui va s'e'paississanl, Quand vers le soir s'allume L'éloile au firmament, Et, le long des boutiques, Murmuraient tous les deux :

41 Allumettes chimiques, " Achetez-nous, messieurs! ■

Pauvres petits amis, sans linge, sans cravate, A travers nos chemins ils trament la savate. Et les ruisseaux sont pris, he'las! et le gre'sil. Que souffle viii vent du nord, bat leur morne profil.

Ils vont ratatinés comme des hirondelles

Que l'hiver surprendrait et qui n'auraient plus d'ailes.

Sous les derniers rayons des beaux jours envolés,

La faim leur a crié : Petits enfants, allez !

Allez vendre ceci pour celte bonne mère

Qui nourrit de son lait votre plus jeune frère ;

Pour trente sous par jour, oui, pour ce maigre taux.

Votre père s'épuise à tailler des cristaux;

Mais il prolonge en vain son ardente veillée ;

Je m'endors avec vous, avant vous éveillée.

Allez, pauvres enfants, vous heurter aux genoux

De la foule affairée : elle a bien quelques sous !

Alors, de borne en borne, Ils vont déguenillés, Avec un grand œil morne, Avec les pieds mouillés.

Et, le long des boutiques.

Murmurent tous les deux :

». Allumettes chimiques, « Achetez-nous, messieurs! »

Et la foule, grand Dieu, plongeait dans mainte allée Sans voir ces deux enfants que fustigeait l'onglée, Qui trottaient, qui trottaient, suppliants sur ses pas. Jésus ! on est blasé sur les douleurs d'en bas ; L'habitude du mal dénature les dmes, El la pitié s'éteint même aux regards des femmes. Ils étaient là tous deux, le frère avec la sœur. Innocents chérubins, beaux comme la douceur ;

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Aux vitraux des traiteurs collant leur triste mine, Avec les bâillements fie'vreux de la famine. Donc, dans leur estomac qui souffre, qui pâtit. Plus fort se réveillait l'aspirant appétit ; Ils pleuraient, mais en vain; sans détourner la tète, T.a foule se croisait, sourde, aveugle, muette. Ainsi les durs instincts, pervertissant nos mœurs, Fermaient du même coup les bourses et les cœui's.

Mais eux, longeant la rue.

Dans nos brouillai-ds si froids, Désolés, tête nue.

Soufflaient entre leui-s doigts, Et, le long des boutiques, Murmuraient tous les deux :

« Allumettes chimiques, « Achetez-nous, messieurs! »>

Donnez, ô bonnes gens que le bonheur enivre. Vous, les heureux, pour qui jamais il n'est de givre ; Donnez à ces enfants perdus dans le cliemin ; L'aumône est un rayon qui réchauffe la main. Jeune homme, que Fleurette en cet endroit égare, N'aurais-tu pas besoin d'allumer ton cigare? Achète! Le portier, lorsque tu rentreras. Aura souftlé sa lampe et tu n'y verrais pas. Madame, qui passez là-l)as, coquette, jeune. Vous dont les beaux enfants ignorent froid et jeune. Sortez vite une main de ce douillet manchon. Va de vos jolis doigts, à ce très cher Ijichon

Qui voudrait les baiser, qui vous regarde et n'osi En souriant, jetez quelque furtive chose : Pour que la bienfaisance ajoute à vos attraits, Donnez à ces enfants; madame, voyez-'es.

Qui de gauche et de droite S'en vont, sans savoir où, Colportant une boîte Qu'on leur pendit au cou. Et, le long des boutiques, Murmurer tous les deux :

a Allumettes chimiques, « Achetez-nous, messieurs! »

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