‹ Une vois d'en basChapitre 59 sur 80 · JEAN-LOUIS · texte numérisé non relu

JEAN-LOUIS

Barbouillé, délabre, les yeux pleins de malice,

Grande culotte rouge et bonnet de police.

Point de bas, des sabots, tel est de Louison,

Mareyeuse à tous vents, l'étrange et gros garçon.

Il grandit au hasard, étant né dans la rue.

(velle qui va criant : 'i Harengs frais et morue! "

lîourriche sur la hanche avec la hotte au dos,

Malgré bruit de haquets, de piétons, de chevaux,

Et les bises du nord, hurlant après ses trousses.

(Au ciel du pauvre, hélas! toujours des lunes rousses.)

Celle qui voit partout le grappin du sergent,

Pour nourrir Jean-Louis, court après quelque argent.

Jean-Louis n'a jamais su quel était son père;

Sa mère, à ce sujet, garde un profond mystère ;

Nou> aussi; le pourquoi, c'est que nous l'iiinorons. Jean-Loms est le roi de ces jeunes lurons Point ou mal dirigés, l'effroi du voisinage, l'essaim de passereaux fondant sur l'e'talag.? Des pauvres de'bitants, marchands de salaisons, Marchands de beurre et d'œufs ou des quatre saisons Aux nocturnes assauts leur esprit diabolique, Sans en prévoir la fin, dans les marchés s'applique. D'abord ce n'est qu'un tour, tour vorace et méchant. Qu'il s'agit de jouer à ce bon gros marchand ; Ensuite, ce péché qu'on nomme gourmandise Dirige mon Ijandit daiis plus d'une entreprise Où l'orgueil du péril, l'orgueil entre dans tout. Entraîne le moins brave à quelque mauvais coup. Jean-Louis est rongé des plus méchants principes, Il est sottisieux, il culotte des pipes, TUasphème à tout propos. Triste précocité Qui i^orte la couleur de la dilformité. Ses haillons retenus par un bout de licelle. L'éclair prématuré que jette sa prunelle. Sa farouche démarclic et son balancement. Dans sa fleur ont tué les grâces de l'enfant. Ce n'est point tout encore; à croix ou pile il joue- La fiè\Te du joueur creuse et fane sa joue ; 11 triche quaod il peut, il y rêve toujours; Le mal, autour de lui, professe; il suit ses cours.

Tenez, le voyez-vous, essoufflé, tout en nage. Se faisant arracher les yeux et le visage? Battant, battu, qu'imjîorte? Il ne cède jamais. D'ailleurs, comment céder? Un cercle de niais.

Feuillet mal inspiré du livre populaire, Au cœur de ce bambin attise la colère ; Là-bas, dans l'art du vol, il n'e'tait qu écolier; Ici, sa main s'exerce aux coups du meurtrier. — Danger de l'incurie ou de l'indifférence, Qui livre les enfants aux vents de la cité. Quand la liberté même a son intempérance, Pérès, gardez vos fils de trop de liberté.

Pourtant le jour finit. D'une vieille masure,

Jean-Louis, en lambeaux, franchit l'allée obscure,

Tandis que débouchant du quartier Montorgueil,

D'un profit avorté l'âme pleine de deuil,

La pauvre mareyeuse, en s'essuyant la face.

Se traîne et chante encor : « Du bel hareng, il glace !

Alors il s'attendrit, le rude galopin ;

Car il entend ta voix, ô gagneuse de pain!

Verrons-nous toujours l'indigence Etaler son triste appareil?

Le ciel désert de l'ignorance N'aura-t-il jamais son soleil?

Lorsque le peuple est sans boussole, L'instinct grossier est sa raison ; Quand la misère tient école, Son avenir, c'est la prison.

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