‹ Une vois d'en basChapitre 60 sur 80 · LES BOUQUETS DE LÉGUMES · texte numérisé non relu

LES BOUQUETS DE LÉGUMES

Midi. Do cliauds rayons colorent les cascados <)i"i maître Jean Goujon a sculpté ses naï.ados.

Les bas-reliefs, si souples de dessin. Semblent s'épanouir sous une fraîche haleine, Tandis que les lions. Africains à la chaîne,

Versent de l'eau dans le large bassin.

Autour de la fontaine, une pauvre sylphide. Qui sans doute revient de quelque grand inarais, Tout imprégnée encor d'un crépuscule humide, Passe et repasse avec ses verdoyants bouquets.

Pourtant nous ignorons à quelle ombre elle esl m Fa quel vent la conduit. Depuis la matinée.

Ello court nos marches eu prolongeant ce cri : M Mesdames, achetez poireaux et céleri! »>

On devine à ses pieds un débris de chaussure, De la boue et du temps ayant subi l'injure ; Do pauvres vêtements trop larges et trop longs, Prêt> à l'abandonner, traînent sur ses talons. Un lambeau do fichu, coiffure mensongère, De la riante enfant ceint la tête légère. Cependant elle est belle à travers tout cela ; Quelle fière tournure et quel grand air elle a ! La grâce qui sourit aux deux coins de sa bouche Adoucit le foyer d'un œil un peu farouche ; Mais le pli du malheur à son front incrusté. Sans lui nuire pourtant assombrit sa beauté. Et la voilà, bravant coups de soleil et rhumes. Qui s'empresse d'ofiFrir ses bouquets de légumes. Malgré les grognements du boutiquier jaloux De ce mince négoce et de ces petits sous. Terrible patenté, comme son regard flambe ! La petite, en courant, nous accuse une jambe Alerte, fine et blanche ; elle n'y songe pas. Pourtant voici venir, basset flairant ses pas, l n rieur aviné dont la gaîté malsaine Lui braille à plein gosier une chanson obscène. L'enfant, habituée aux airs plus que grivois, Riposte, encanaillant et son geste et sa voix. Pour parler cotte langue est-elle donc sans mère ? Ses parents, qui sont-ils? — Le vice et la misère. Ondine des ruisseaux, avant sa puberté, Elle se flétrira sous un souffle empesté.

Elle est pauvre, il suffit ; on l'enlève à nos crottes On la vend du même air qu'elle vend ses carottes. Pour devenir, lave'e aux flots d'un bain rosat, Houri de gentilhomme ou de quelque forçat.

Parmi les fanges de l'orage,

Le cygne a perdu sa blancheur.

Le lis, déshe'rité d'ombrage,

Cache un reptile dans sa fleur.

La misère est l'entremetteuse

Des passions sans frein ni lois ;

Voici sa légende honteuse :

« Vis oîi lu peux, meurs où tu dois. »

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