LA PETITE VANITEUSE
Une petite fille
A sa maman disait,
Tout en poussant l'aiguille
Car cette enfant cousait :
— Madeleine dessine, Claire apprend à danser.
Jeannette, ma voisine, Vient de vocaliser.
Élisa, pâle et brune, Savante, fait les vers Les plus beau.\ : A la lune Argeniani les flots verts.
Comme l'enfant du conte, La pauvre Cendrillon,
^loi seule, j'en ai honte, Je couds mon cotillon !
La maman de répondre :
— Mon enfant, autrefois L'infortune vint fondre Sur le palais des rois.
Ce lut triste ; les mères, Les enfants, les vieillards, Aux rives e'trangères Couraient de toutes parts.
Seul encor le langage De ces gens éperdus Témoignait dans l'orage Du rang qu'ils n'avaient plus.
Pour eux les jours de joie Se couvrirent de deuil.
Des costumes de soie On effaça l'orgueil.
Vinrent les vieilles hardes, La pauvreté, la faim, Le froid dans les mansardes.
Vint la misère enfin.
Leurs nobles demoiselles.
Certes, savaient danser, Faire des ritournelles, Des vers et composer.
Mais ranger le ménage Et repriser les bas
Etait, pour leur courage, Un bien grand embarras.
Rejetant le futile, Plus d'une osa pourtant, Contre un me'tier utile, Troquer vers, danse et chant.
Va, va, poussons l'aiguille.
Ainsi que Cendrillon ; il faut savoir, ma fille.
Coudre son cotillon.
L'EXFANT