A MON AMI C. G
Quand je le rencontrai c'était sous la tonnelle Qu'inondaient les rayons d'un soleil e'clatant. 11 chantait je ne sais quelle chanson nouvelle, Mais chacun rapprochait son verre en l'e'coutant.
11 e'tait de ceux-là qui, sous un ciel superbii. N'ont même pas le peu de terre oh. croît l'épi ; Même pour s'abriter qui n'ont pas le brin d'herbe Où le grillon rural chante, aime et s'assoupit.
11 disait : " Gloire à Dieu ! qui m'a donné deux ailes, <» Qui m'a créé rimeur et m'a fait ouvrier ! « C'est autant qu'il en faut poiu" vivre d'immortelles u Et ci'ever de misère à l'ombre d'un laurier.
" Mais lorsque l'oispau fuit la branche de'pouillée, « Quand le givre et les vents dessèchent les rameaux. " Il sait qu'avec Avril reviendra la feuille'e. « Dieu mesure l'espoir à l'e'chelle des maux. >•
Comme un autre il rimait des couplets à sa brune.
Entre temps il buvait à l'aimable P'anchon.
Et sans user sa vie à contempler la lune,
C'est entre deux baisers que sautait le bouchon.
11 aimait ses amis, il adorait Lisette. L'amitié', les amours, voilà la ve'rité. Lisette et Be'ranger, aux murs de sa chambrette. Témoignaient sous les Heurs de sa since'rite'.
— Pour chanter il suffit de savoir un peu lire. Gardons-nous du pai-fait quand on tient le gentil. Lui dit son père un jour: l'orgue vaut bien la lyre. Mais le meilleur des deux, c'est encore l'outil.
L'enfant garda l'outil, sans abandonner l'orgue; Pour mourir il n'eut pas même un lit d'hôpital. Hier on emportait son cadavre à la Morgue... De l'orgue ou de l'outil, lequel lui fut fatal?
MORTS, LEVEZ-YODS!
Septembre J8/'J.
Morts, levez-vous ! la France en grand deuil mène en terre Son fier libérateur, le superbe, l'austère. Il s'en va parfumé, lavé, bandelette, Dans les bras de la aloire à l'immortalité.
Insurgés des trois jours qu'un froid oubli recouvre,
Tombés au Carrousel, tombés au pied du Louvre,
Sur la grève et les quais, comme grains sur sillons,
Levez-vous embaumés dans vos illusions !
Et vous autres, là-bas, allons à la rescousse !
Les morts de Saint-iNIerry, les morts de la Croix-Rousse,
- :!5rt —
Ceux-là de Transnonain, de Lyon, de Paris. ReVolte's de la faim, levez-vous ! Le pays Suit du cœur et des yeux l'homme des fusillades Au soleil de juillet ne' dans nos barricades.
Vous aussi, levez-vous dans vos linceuls de chaux. De ces se'pulcres blancs où pourrissent vos os. En ligne rangez-vous, morts de la grande armée. Sur qui rien ne fleurit : ni gazon, ni ramee. Vous, les fidèles, vous que l'on trouva toujours, ^Nloins aux levers d'azur qu'aux soirs des naauvais jour; Carabiniers d'Ohain, montrez-nous vos cuirasses. Ces larges trous béants, ces fêlures, ces traces. Où la mitraille anglaise, obscurcissant les cieux En passant par vos cœurs, fit la nuit dans vos yeux. Levez-vous, serviteurs et compagnons de gloire Du soldat dont le monde a gardé la mémoire. A'ous avez cru, jusque par delà le trépas. Que Raguse a irahi l'Empereur, n'est-ce pas? Qu'il a livré Paris aux Russes sur l'Essonne ?■. .. Tandis qu'un glas de mort autour de nous résonne. Ecoutez ce qu'a dit le monstre à ce sujet : Ça, c'est du Thiers tout pur! « Le maréchal jugeait " Qu'il fallait en lînir (ces mois sont de l'histoire"/ " De ce gouvernement désastreux dans sa gloire ; " Que, pour être soldat, on n'a pas renoncé « Aux droits du citoyen. » Judas l'aurait pensé. Ce qui, probablement, en hébreu signifie : Qu'un soldat au besoin peut vendre sa patrie. Trahir son bienfaiteur. Ainsi, c'est entendu, Monsieur Thiers patronnait le crime de Trochu !
Donc, levez-vous , vaincus des trahisons qu'on vauti Puisque de tels forfaits laissent sans épouvante. Levez-vous ! levez-vous ! défigure's, hachés, De tous les points du monde où vous êtes couches. Braves gens qui dormez sur la terre étrangère : Sous les eaux d'Aboukir, dans les sables du Caire. Des rivages du Nil à la Bérésina, Dans les champs de Wagram, aux plaines d'Iéna, A AN'aterloo, partout... dans vos vieux uniformes ; Dressez-vous au-dessus de vos chevaux énormes. Et vous, tambours, roulez le funèbre signal. Sonnez, clairons, sonnez le défilé final, En mêlîtnt aux accords des trompettes guerrières Les suprêmes adieux des camps et leurs prières. Autour du char on voit les badauds accourir. Ah ! Raause avait donc raison de vous traliir !
Soldats de Reischoff'en, soldats de Gravelotte, De Bazeilles, pleurez sur le grand patriote, Vous encore étonnés qu'un noir million d'uhlans Aient marché sur Paris et sur vos corps sanglants. Levez-vous! rangez-vous en lignes de batailles! Abaissez vos guidons devant ses funérailles! Bien qu'il ait refusé, nos périls étaient grands. Quelques soldats à Niel pour renforcer les rangs Qui devaient assurer le succès de nos armes, Ne lui marchandez pas l'aumône de vos larmes, Vous tous qui vous battiez comme se sont battus Nos pères des grands jours, de Jemmape à Fleurus.
Levez-vous tous, ô vous qu'avec orgueil on nomme
Héros de Cliampigny, les vaillants du Bourget,
Ceux-là de Montretout. Levez-vous ! le grandhomnif
Pre'parant nos malheurs, nous les prophe'tisail.
Levez- vous ! Saluez le jîrophète qui passe
A l'immortalité dans la peau du rapace (1).
Il cajola Septembre en face des vainqueurs,
La bande Taccueillit... gorge' d'or et d'honneurs.
Il s'en va, savez-vous ? où s'en vont les funec-tes,
A quelque égout lointain où pourriront ses restes.
Cependant les niais de dire et de ge'mir :
Ces grands citoyens-Là ne devraient pas mourir !