I-]t vous, sombres soldais des desesjjoirs larouches
Amis des casques d'or, malheureux gobe-mouches.
Vous tous les meurt-de-faim du siège, pauvres gens,
De désastres amers complices indigents ;
O vous, les pervertis des clubs, de la canaille
-Vvocassière et d'un ramas de riens-qui-vaille,
\'ous tombés de Septembre en ^lars, et de là dans
L'imbécile Connnune, ô frères imprudents !
Vous qu'on aime et qu'on plaint , mais qu'on ne peut défondre :
Dans la boue et le sang il faudrait trop descendre.
Vos crimes ne sont pas de ceux, en vérité.
Que l'on doive oublier devant l'humanité.
I) Voir la note à la fin du volume.
Vous avez expié bien durement vos fautes.
Le pardon vous viendra, mais des sphères plus hautes.
Lève-toi ! je ne sais de quoi recoin impur,
O vile multitude ! en tas pousse'e au mur.
Lève-toi! nous faisons d'aimables funérailles
A.U grand libérateur qui régnait à Versailles.
Il est entré couché dans Paris. Le voilà !
Naguère il y rentrait debout comme Sylla.
Ne t'en souvient-il plus, ô vile multitude !
D'acclamer Barabbas, toi qui prends l'habitude?
Allons, mèi'es ! et vous, vous les veuves, allons ! Jetez le schall des deuils sur vos pauvres haillons. Vite un ruban funèbre au cou des orphelines ! Vite un brin d'immortelle cà toutes les poitrines ! Un bout de loque noire à la blouse de lin, A la casquette, au bras du petit orphelin ! Allons, les massacrés ! Allons, les vingt-cinq milles ! Levez-vous et suivez!... Mais tenez-vous tranquilles.
Pour moi, dans le parcours de ce char triomphal. Je ne vois rien de plus qu'un panache infernal ; Rien dans ce corbillard qu'une horrible poussière. Qui but le sang humain, le but à pleine ornière. Et je songe aux Gracchus assassinés par lui, A Sylla pi'oscripteur et mourant impuni,
Aux soldats engraissés qui vendent leurs consignes, A tant d'honneurs, à tant de triomph?s indignes; Et mon vieux cœur se gonfle et va criant à tous Les honnêtes, les bons, les vrais : Morts, levez-vous !