A M. VICTOR HUGO
Victor Hugo, merci pour l'enfant qui végète Entre quatre murs nus où l'œil du mal la guette ! Ta voix mélancolique, ô fraternel rêveur, De ses chants a touché la tristesse du doute, Du doute qui gémit sur le Calvaire, et broute La foi , lleur enlacée à la croix du Sauveur.
' (îeUe pièce de versi est adressée it M. Vietor Hugo à l'occasion d'un morceau qui :i pour tilre : Heyard jeté dans une Mansarde ( Voir les Ray nus et les Ombres],
Toi seul a vu cet ange, au fond d'une mesure,
Près d'un vieux lit qu'étrangle une étroite embrasure;
Alors tu t'es hâté, dispensateur d'amour,
De verser sur son front des flammes et du jour.
C'est bien ! cette œuvre est belle! il fallait, fier Archange,
Ton œil pour découvrir ce joyau dans la fange.
Gui , fange est la misère ; et nous n'en manquons pas, Nous , bafoués du grand , quand il regarde en bas. D'en bas, si je m'élève, et si vers toi j'arrive, C'est qu'un de tes rayons , dardant sur notre rive, M'attire , moi , phalène , au foyer créateur ; Ainsi , l'homme s'élève en cherchant le Seigneur !
Et pourtant, j'entends dire aux païens de notre âge.
Qui sèment l'ironie à travers ton passage :
« La poésie est morte après de longs adieux !...
<( Entendez ces clameurs ! . . . Tout un monde s'écroule
« Sous la hache d'un homme exterminant nos dieux
« Aux applaudissements efl'rénés de la foule. »
Quand tout est plein des chants de ta voix souveraine :
Le flot tumultueux, la forêt qui bruit,
Et l'ouragan qui passe, et l'oiseau qui s'enfuit.
Et les rayons d'en haut cristallisant la plaine;
Quand l'art pleut un déluge, en tordant son pinceau,
Et taille un Spartacus d'un seul coup de ciseau ;
Quand Notre-Dame sort du tombeau de Lazare,
La poésie est morte ! 6 stupidité rare ! . . .
Les hommes d'aujourd'hui, colosses, esprits forts.
L'ont étendue au fond dallâmes collre-forts,
Éventrant des sacs d'or, la lèvre épanouie.
Sous des monceaux d'écus leurs mains l'ont enfouie !
Ah ! ces cœurs avachis, dans des torses perclus.
C'est pour eux, seulement, que l'art n'existe plus.
Les vendeurs l'ont cloué , comme une pièce fausse.
Sur leur sale comptoir où vient vomir la hausse.
Rien ne sourit pour eux : ni l'enfant au berceau,
Ni les gloires d'en bas, ni la fleur, ni l'oiseau.
Ni le génie actif dans l'ombre qui l'efl'ace;
Leur atone regard ignore la rosace ,.
Le lourd pilier où prie un austère vieillard,
Le pur encens qui monte au ciel comme un brouillard ,
Et la fille à genoux qu'une mère contemple.
Ils sonnent leurs deniers sur les dalles du temple,
Ces prosaïques Juifs; dans un creuset ardent,
BientAt, ils jetteront le Christ encor saignant,
Et feront, pouf le fondre, illustrant la rapine,
Brûler, comme un fagot, la couronne d'épine !...
Seigneur, pourquoi faut-il , lorsqu'un homme profond
Interroge la mort, fournaise où tout se fond.
Essayant de surprendre un secret à la terre ,
A la, création son éternel mystère ;
Pourquoi faut-il, Seigneur, qu'un souffle, brouillard noir.
Obscurcisse son front, réfléchissant miroir!
Hélas ! tout ce qui vibre et brille sur la vie : Accents de lyre et gloire, astres au firmament. Grande voix des cités, bruit et rayonnement, Est-il fait pour s'éteindre aux bourbes de l'envie?
Je ne sais; mais pourquoi ses confuses clameurs Vont-elles étouffer ta voix, ô Renommée ! Et pourquoi son haleine, implacable fumée, Vole-t-elle obscurcir le phare de nos mœurs?
La critique haineuse, envenimant son fiel. Empoisonne les fleurs que le génie étale ; Ameute autour de lui le passant matériel , Et le pousse, hurlant au banc de la cabale.
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Ainsi, le mal s'attache à tout ce qui tient rang: C'est le luisant acier que la goutte d'eau rouille; C'est le chant des roseaux troublés par la grenouille; C'est le crapaud qui bave aux ondes de l'étang ; C'est le rat assoupi dans les épis des gerbes; La chenille aux buissons; le serpent dans les herbes; C'est le ver dans le fruit; l'insecte dans la ileur; Dans le nid suspendu, c'est l'œil de l'oiseleur. Il faut au brusque enfant les ailes de la mouche ; La douleur vient faner les ris sur notre bouche ; Telle est la grande loi : le naufrage est au port. La vie à son foyer voit accourir la mort ; Enfin, joie et douleur composent la balance, Qu'au-dessus de nous tient la suprême puissance. Et, toutes deux enfants de la divinité , Sont debout sur le seuil de notre éternité !...
L'envie! oh ! la voilà, hâtive dans sa règle, Qui passe, jalousant l'envergure de l'aigle
Q:ii déploie un long vol ; Elle se pend après les rayons de la gloire , Mais, quand l'amour de tous les dicte à la mémoire.
Dieu l'abat sur le sol.
TransjK)rte-nous toujours, grand mouleur de pensées, Dissipe le limon des haines amassées
Sous tes coups imprévus ; Que nous battions des mains autour de ta lumière. Quand la routine eneor, barbotte dans l'ornière
D'un siècle qui n'est plus!
O merci pour l'enfant rêvant dans la mansarde, Où l'un de tes rayons bienveillamment s'attarde,
Et dans tout son éclat ; Pour cet enfant qui n'a pour trésor, pour famille. Le matin , pour sourire à son réveil de fille,
Que la croix du soldat !
Pour cet enfant qui n'a, sous le feu de sa lampe. Qu'un peu de poésie oii son cœur se retrempe
Le soir, en te lisant.
Près du livre infernal, honte de la mémoire*.
* 11 est bien entendu qu'ici nous voulons signaler la Pucelle. Au point de vue révolutionnaire, nous admirons Voltaire; mais notre admiration doit s'arrêter devant cette bourbe dont le vieillard de Fernay éclaboussa Jeanne; Jeanne à qui les Anglais, de complicité avec quelques nobles envieux de la maison de France, ont élevé le bûcher du martyre.
C'était une pauvre fille qui , à elle seule, portait dans le tabernacle de son ('(ciir loul l'amour et les douleurs d'une patrie que des princes
Passc^port de reiifer, oublie sur f armoire. Par quelque vil passant.
Adieu, reflet d'en haut, lumière qui m'élève. Le flot me ressaisit sur la stérile grève.
Où je chantais aussi.
Le phalène bénit ton luth qu'envain on souille. Et tombant dans la vague, où son aile se mouille,
Te crie encor : merci !
Févner 1841.
ne .%avc'iient plus défendre, et qui fut deux fois niaityic : martyre comme femme et martyre comme patriote!
Voltaire n'a vu dans Jeanne qu'une fimatique. Lui, l'homme de la raison, n'a pas su découvrir sous la cuirasse de la vierge, la grande, la noble, la sainte inspirée de la piilr'ie. Voilà son tort. Les Anglais ne s'y trompèrent pas, eux. Aussi se hàtèrent-ils de jeter aux flammes, comnife sorcière, celle que, dans notre reconnaissance, nous nommons aujourd'hui l'ange de notre nation. Voltaire n'avait pas le sentiment de la nationalité : il aimait les Anglais. Il a consacré leur cruauté par une Infamie, j'en suis fâché pour sa gloire. C'est une tache déplorable ; mais nous n'en persistons pas moins à regarder cet homme comme le premier révolutionnaire du monde. Loin d'élre un singe de génie, comme le qualifie improprement M. Victor Hugo, Voltaire est, et sera toujours pour nous, l'invincible génie de la révolution.