‹ Une voix d'en basChapitre 25 sur 96 · L'ABEILLE · texte numérisé non relu

L'ABEILLE

Non pour nous seul , mais pour tous nous naissons. Hkrangkh.

Combien son vol est lourd ! comme elle est lan*»uissante ! Son aile pend , llétrie , et n'est plus transparente : Sa robe est terne et sale, et son œil suppliant;

— Tu te plains? la pitié dans mon âme s'éveille; Qui t'a traitée ainsi , pauvre petite abeille,

Toi dont le corps naguère éclatait si brillant?

— Mon égoïsme ayant, aux jours de la récolte

Fait un ample butin , je sonnai la révolte !

Déclarant liautement à la communauté

ns

Que je gardais ma part , en tout plus abondante Que celle de mes sœurs ; dans ma joie, imprudente! Dans mon orgueil , j'osai rêver l'oisiveté.

Mais voilà que soudain , m'arrachant à ce rêve , Un sourd bourdonnement autour de moi s'élève : « Qui n'est point avec nous , dit-il , est contre nous : f< Et qui n'amasse avec et pour chacun, disperse. « Les biens sont les trésors que l'Eternel nous verse; f< Rien pour un seul : les fleurs et le miel sont à tous !

(c Dieu te fit grande et forte , intelligente , agile ,

« En te créant ainsi , Dieu t'a dit : Sois utile !

« Ces dons sont pour tes sœurs, ma fille, et non pour toi :

(( Ne les asservis pas , mais travaille pour elles ;

« et sois humble , en songeant que tu n'as pas quatre ailes.

« Que fais- tu donc ici , toi qui trahis sa loi !

« Sors de la république , enfant , elle te chasse ; « Au foyer des vertus l'orgueil n'a point de place. « Va traîner dans l'exil tes misérables jours; « Tu vieilliras, peut-être, et pauvre, et vagabonde, « Alors tu comprendras que , pour qui pèse au monde « Sur ses derniers degrés il n'est point de secours !

« Toi qui troubles notre air de ta morne arrogance ,

a Apprends, lorsqu'au tombeau jour par jour on s'avance

« Qu'on aime à s'appuyer sur un bon souvenir ;

« Il se répète au ciel, cet écho de la terre ;

« Quand tu l'appelleras , et triste, et solitaire ,

'< Rien ne te répondant , tu craindras de mourir !

« Va-t-enî » Et je partis. Mais voilà que l'automne

Flétrit jusqu'au chardon qui dans le val boutonne;

La famine s'attache à mon corps amaigri.

Moi , seule , je n'ai pu conserver ma richesse !

Tout a fui, fleurs, miel, ruche, et l'aquilon me presse.

Comment m'y dérober? je n'ai pas un abri !

.l'humiliai mes sœurs par mon langage étrange ; Ah! combien aujourd'hui mon dénùment les venge! — Point de droit pour un seul , envers tous le devoir. — Je voulus m'affranchir de ce lien; il m'accable. Moi , qui ne peux porter le moindre grain de sable, Comment me construirai-je un abri pour ce soir?

Ainsi qu'à ces frelons, famille meurtrière, Toute communauté m'a fermé sa barrière ; Lorsque je butinai dans son champ , sur ses fleurs,

Un essaim glorieux devant moi vint s'abattre; Et quand , dans ma fierté , je voulus le combattre L'union me brisa! Dieu se venge, et je meurs!....

A LYO\.

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