‹ Une voix d'en basChapitre 33 sur 96 · DEUX PRÉTENDANTS · texte numérisé non relu

DEUX PRÉTENDANTS

Olons rombrc h l'intrigue, et le masque, aux fripons. Victor Hugo.

Viens, monâpreté, viens, pointilleuse ou mordante; Gorgone qui se tord dans ma phrase stridente : Ta sauvage énergie a bien compris ma voix , Courons au lazaret car le mal est grand; vois! De la lèpre publique allons palper la croûte; Vers cette autre Jaiïa , suis moi , voici la route ; Viens ! si dans le chemin nous rencontrons des pleurs , Ne nous arrêtons pas; il est d'autres douleurs. Sur un fait isolé , marche , il faut que tu passes

Pour plonger ton regard dans la brume des masses.

Point de ces vers musqués, que le mol abandon, En suant de langueur lit sur un édredon ; De ces vers du boudoir, pleins de l'odeur de l'ambre, Qui se glissent, furtifs, au coin de l'antichambre; Qui , sur un gazon vert , et sous l'ombrage épais , Dans le cœur de l'oisif vont infiltrer la paix. Sur son lit satiné , qu'un ciel de fleurs abrite , Faisons bouillir la fièvre au sang du sybarite ; N'usons pas notre langue aux sandales des rois : Implorer leur pitié, c'est renier ses droits! Pleurons sur nos débris : des ruines de Sparte, Ne faisons pas surgir un nouveau Bonaparte ; 11 logerait la gloire aux haillons d'un drapeau Et pour cible toujours il prendrait notre peau. Aux vieux soldats courbés , qui dirigent le socle. Rendons la cendre , enfin , de leur grand Thémistocle, Mais rien de plus. Assez de ces flasques pédants Qui , pour jouer aux rois , se disent prétendants ; Pâles collégiens qui , tous se croient athlètes , Et que n'a pas bruni le feu de nos tempêtes; Enfants dégénérés, qu'un orgueilleux transport, Pousse vers le vaisseau qui sombre dans le port; Enfants de nos erreurs, qui toujours nous consternent. Qui depuis cinquante ans à nos portes alternent.

A l'ouest, l'un d'entre eux fourra nos journaliers,

Un fusil à la main dans l'ombre des halliers,

Les faisant s'égarer dans les blés, dans les landes,

Et, sur tous les chemins s'échelonner par bandes;

A tout angle embusquant, s'assurant le succès,

Un citoyen français pour tuer un Français ,

Ou le justiciant avec un œil de marbre,

11 dressait le gibet aux branches de chaque arbre.

C'était là du vieux temps, où nos Tristan fatal ,

De cadavres semaient les champs du sol natal :

Digne enfant de nos rois ! — Et toi , mère superbe ,

Soldat en cotillons , qui de sang teignis l'herbe ;

Toi qui jetas ta robe aux ronces, quand tu vins,

Cavale bourbonienne, enjamber les ravins;

Quand, les naseaux en feu, tu cherchais ton royaume

Sous des murs enflammés , sous des débris de chaume,

Tâchant de réveiller, piatï'ant dans le chemin ,

Les échos endormis du faubourg Saint-Germain.

Henri, si tu reviens semer des funérailles.

Prends garde ! la Bretagne ouvrira ses entrailles ;

Le présent , l'avenir, se resserrant sur toi ,

Comme entre deux pavés t'écraseront, 6 roi !

Car la guerre civile est tôt ou tard un vase

Où l'oing des méchants rois promptement s'extravase.

Et toi , Louis, et toi , nocturne aventurier. Ton fait accuse-t-il un courage guerrier ? Les obscurs conjurés que tu poussas dans l'ombre Allumant le sinistre au quartier le plus sombre , Constituent-ils un peuple , une armée , un pouvoir? Un droit qui par le fait puisse nous émouvoir? Est-ce en faisant traîner, par tes pâles recrues Le nom de l'empereur sur le pavé des rues , Que ta gloire obtiendra la vénération Que lui garde toujours la grande nation? Quand il se présentait , ce César magnifique , (]e puissant égorgeur de notre république , C'était front découvert , le jour, en plein soleil , Non dans l'ombre des nuits où ronfle le sommeil. Cinq cent mille géants , mesurés à sa taille , Avec lui saluaient l'aube d'une bataille ; Trois cents boucbes d'airain , qui tonnaient à la fois Au vivat des héros mêlaient aussi leurs voix. C'était un beau spectacle , à voir ces fortes âmes

Se tremper aux lueurs de huit cent mille flammes;

A voir nos escadrons en ligne , glaives nus,

Par l'adroite tactique un moment retenus,

Bondissant tout à coup, et déployant chaque aile

Ramener une armée attachée à leur selle ;

A voir nos vieux soldats brûlés sous les brandons,

Se mouvoir dans la plaine aux cris de leurs guidons ;

Les clairons , les tambours , le choc et le tumulte.

Où chacun à la mort semble vouer un culte ,^

L'artillerie en feu , fondant dans son brasier

Des cuirasses d'airain et des casques d'acier ;

De lourds grêlons de plomb criblant les rangs , la bombe

Aux pieds de nos soldats , qui leur creuse une tombe ;

La mêlée infernale , un ouragan de fer.

Des tubes embrasés d'où vient jaillir l'éclair;

Les yeux cherchant un cœur, quand la main et la bouche

Avec convulsion déchirent la cartouche ;

Le râle des mourants ; et , pour tableau dernier,

L'aigle ardent qui s'abat sur ce vaste charnier.

Dis, sont-ce là des faits qu'on jette dans la boue ,

Pour s'en faire un trépied où ton espoir se cloue?

Va , cache ton stilet , triste allié du czaf.

Et laisse en son fourreau le glaive de César..

Avides prétendants , fades traîneurs de sabre, Laissez (leurir le sol que votre orgueil délabre, Vous qui , dans le sentier de nos divisions, Engoufl'rez l'ouragan de vos ambitions.

Ah ! la vertu civique avec raison s'effraie Lorsque vos cris de sang, comme ceux de l'orfraie. S'élèvent dans la nuit , et passent plein d'horreur, Sur l'habitation qu'ils couvrent de terreur ; Car la France , bien loin de vous être sacrée De ses chastes lambeaux vous en faites curée ; Car c'est toujours au nom de l'intérêt public Que vous fixez sur elle un œil de basilic. Est-ce pour l'arracher aux tourments qu'elle endure, Qu'autour de votre poing, roulant sa chevelure^ Vous traînez son cadavre à travers les chemins? Est-ce pour la venger que vous mordez ses seins? Les peuples et les rois ont pleuré sur la Loire ; Que voulez-vous de plus pour la France et sa gloire ? Les limons des partis ne peuvent que souiller

Le front respleiidissiUit où l'hoiuieur vient briller. Cessez donc de traiter votre mère en esclave , De verser sur son front vos longs ruisseaux de bave Serpents qui vous tordez , Bonaparte et Bourbon , Autour du corps social , cet autre Laocoon!

Novembre 184Û.

tttMjdé^ V>X

3^' E.TJIîrTTAlKK ,

L'EVK^TAIRE

L'ÉYENTAIRE.

La voix de l'éveilleur, en notes gutturales,

Chante aux bas des maisons, dans le quartier des halles.

Le gardien rentre, armé de son rotin, Remet paisiblement le vieux dogue à l'attache. Debout ! gens des marchés ; l'horloge à Saint-Eustache,

Vient de sonner quatre heures du matin.

Quatre heures! voyez-vous, dans tout le voisinag<>

Et partout , au premier comme au dernier étage,

Cette clarté qui soudainement luit Colorer un moment la vitre, et disparaître. Et tourner tremblotante, entre la main d'un maître. L'escalier noir qu'il descend avec bruit.

Puis encore , entendez , dans les brises troublées , Retomber lourdement la porte des allées;

Ces longs appels qui vont donnant l'éveil , Ce tumulte , ces cris , ces paroles accrues ,

Et tout ce qui se fait dans ces- étroites rues, De mouvement à l'heure du réveil.

Coi (Té du chapeau rond à gigantesque marge , Le fort , visage frais et la poitrine large , S'avance carrément dans ses souliers ferrés , Avec le coletin , médaille et reins serrés.

Puis autour des piliers , d'agiles écosseuses Le mouchoir sur les yeux , revêches ou rieuses. Ouvrent habilement fèves et petits pois Et dans l'aube du jour font éclater leurs voix.

Triste tableau! Voyez, à l'angle de la rue,

Cette femme au teint hâve et pauvrement vêtue.

Qui , sur son évcntaire, oii brille maint bouquet,

Porte un enfant, et rit à son joli caquet.

Elle rit ! Et pourtant ses pieds sont dans la boue.

Et ses beaux cheveux blonds s'égarent sur sa joue ;

Sa robe est en lambeaux ; et , dans cet air malsain ,

A peine un chàle étroit enveloppe son seini

Pâle et triste elle rit, car son enfant l'égaie;

Car, mère, elle comprend ce que son fils bégaie;

Son geste est un discours , son regard est un mot ;

Quel poète en dit plus que le cri d'un marmot?...

Tendre femme ! Et la foule et la heurte et la pousse ,

Et le pauvre petit tête son petit pouce ;

Car il il n'a plus de lait, hélas! il a tout bu!

Oui, sans s'inquiéter de l'alguazil barbu

Qui poursuivait sa mère et tâchait de lui prendre

Le bouquet que, pour vivre, elle cherchait à vendre;

Sans que l'affreux sergent troublât son ciel d'azur.

L'enfant avait tari deux sources He lait pur;

Et maintenant il pleure , à la voix des gendarmes-,

Qui chassent devant eux sa bonne mère en larmes.

Passants, sur le pauvre éventaire, Allons! déposez quelques sous; Et , pour enorgueillir la mère , Caressez l'enfant triste et doux; Un sou pour le bouquet de roses, Un mot d'espoir pour la maman , Mère, enfant , Heurs, ces belles choses. Sont tout un monde, croyez-m'en!

LOitSQlË VOUS MARCHEREZ.

Page 1