LE CITOYEN TAILLEFER
De l'œil des rois on a compté les larmes ; Les yeux du peuple en ont trop pour cela. Déranger.
Quoi ! s'écrie au peuple assemblé Taillefer, dit Sans haine; Gais enfants de la Seine
Quel deuil soudain vous a troublé?
* Tout le monde sait que le deuil royal, absorbant le deuil populaire , on oublia les morts des héros de juillet pour ne s'occuper que des funéraillesdu prince. La mort accidentelle du duc d'Orléans ût oublier celledes nis du peuple, de ceux qui volontairement s'étaient offerts en holocauste pour conquérir l'iiidépcndauce nationale. Quelle fut l'opinion des journaux à cette époque , je ne sais ; mais voici celle du citoyen Taillefer, \v ?0 juillet 1842.
Est-ce un délire !
Fils, j'entends dire, Que vous pleurez parce qu'un prince expire ! Sensible jusques à l'excès, Je te retrouve à son décès , Cœur généreux de l'artisan français.
Aux jours d'anniversaires Quoi vos pleurs funéraires Dans leurs tombeaux ont oublié nos frères!
Ah! dites-vous .-jeune et soldat, 11 finit sa carrière ; Du plus haut de son aire Il tombe et meurt sur un grabat !
— Je vous écoute Mes fils , sans doute , Plaignons celui qui tombe dans sa route , Mais ceux qui trois jours dans nos bras Revenaient frappés des combats Ne sont-ils pas tous morts sur des grabats? Aux jours d'anniversaires, Quoi vos pleurs funéraires.
Dans leurs tombeaux ont oublié nos frères !
Aux deux orphelins, dites-vous, En deuil autour du trône La tristesse, front jaune, Va porter de terribles coups.
— J'aime vos craintes.
Mes fils, les plaintes Sous le palais, sous le chaume sont saintes. Mais nos orphelins des trois jours , Pauvres habitants des faubourg».
Nus et sans pain , pleurent aux carrefours. Aux jours d'anniversaires , Quoi vos pleurs funéraires Dans leurs tombeaux ont oublié nos frères !
Ah ! dites-vous : sa veuve en pleur A bien droit qu'on la plaigne , Père, notre cœur saigne.
Nous qui croyons à la douleur ; — Je le proclame , Mes fils , sans blâme ,.
Les cœurs ainrants pleurent avec la femme^ Mais sur les tombeaux de juillet Hier, quand le soleil brillait Plus d'une en deuil , hélas ! s'agenouillait.
Aux jours d'anniversaires ,
Quoi vos pleurs funéraires,
Dans leurs tombeaux ont oublié nos frères !
Ah ! dites-vous : tout est atteint ; Frères, sœur, père et mère, Sur les grands de la terre Le manteau de la mort déteint!
— Vaine remarque , Mes fils , la parque Chez nous, chez eux , fait louvoyer sa barque. Rappelons nous que dans Paris, Pendant trois jours elle a surpris , Naguère encor, nos moissonneurs de lys.
Aux jours d'anniversaires.
Quoi vos pleurs funéraires , Dans leurs tombeaux ont oublié nos frères!
Ah ! dites-vous : de l'avenir
Que prépare la France
Il était l'espérance.
Par lui nos maux devaient finir.
— Enfants crédules!
Sous ces formules ,
Des rois naissants on cache les férules :
Le glaive de la royauté ,
De l'arbre de la liberté Abat toujours les feuillage agité.
Aux jours d'anniversaires.
Quoi vos pleurs funéraires Dans leurs tombeaux ont oublié nos frères !