‹ Une voix d'en basChapitre 39 sur 96 · L'UTOPISTE · texte numérisé non relu

L'UTOPISTE

Une utopie est un berceau .

Victor Hugo.

La nuit tombe , de loin , la touchante hirondelle , Vers son nid fécondé revient à tire-d'aile ; D'autres petits oiseaux , abrégeant leurs chansons , En hâte, avec amour, plongent dans les buissons, S'abattent dans les blés , glissent sous les feuillées Pleines en ce moment de voix émerveillées ; La chercheuse de miel , qui va de ileurs en Heurs,

Le soyeux papillon , aux fraj^iles couleurs.

Accourent s'enfouir, avec même délice.

L'une dans un rayon , l'autre dans un calice;

Tandis que l'alouette, au solitaire accent ,

D'un ciel tout de saphir joyeuse, redescend.

L'ombre gagne. Soudain , le faneur brun et leste,

Ramasse au bout du champ ses sabots et sa veste ,

La fourche sur l'épaule il longe les halliers ,

Et traversant les prés bordés de peupliers ,

Le fi*ont tout en sueur, fatigué, hors d'haleipe ,

Enfile le sentier qui sillonne la plaine ;

Puis arrive harassé d'un travail sans profit

Jusqu'au mince grabat que son maître lui fit.

Déjà du fond du val le blanc troupeau qui broute

Remonte , bouc en tête , et s'épand sur la route

Qui conduit au bercail ; par différents détours,

Ce n'est qu'encombrement , que clameurs, que retours ,

Bruit de voix , bruit de pas , gestes , cris , à la ferme

Grand mouvement de porte et (jui s'ouvre et se ferme.

Dans les pâles rayons du soleil aux abois

On voit se condenser, a^ix lisières des bois,

Tout un monde soudain de jaunes éphémères;

Les branches des forêts se tordent en chimères

Au-dessus du passant pris dans l'obscurité.

Et lui , croyant ouïr une divinité , Dans la brise qui souflle en agitant les chênes, Regagne avec terreur les cabanes prochaines. Mais voici le zéphyr, sylphe embaumé du soir. Sur les fleurs qu'il agite ainsi qu'un encensoir, Et, riche des trésors pris à chacune d'elles, Parfume l'atmosphère en secouant les ailes; Mille émanations par lui peuplent les airs ; Plus de soleil! partant plus de joyeux concerts : L'ombre eniplit la campagne , et du fond des ténèbres Où rampent inquiets quelques monstres funèbres, On entend vaguement et comme un triste bruit De feuilles des forêts tressaillir dans la nuit.

Deux hommes , fatigués d'une pénible course , Cherchant l'ombre des bois, la fraîcheur de la source Et le calme des nuits, poudreux, vinrent s'asseoir Sur l'herbe verdoyante , à cette heure du soir, Près d'un petit ruisseau, qui sur ses bords fertiles Arrosait en fuyant quelques plantes tranquilles.

My.\

Le premier qui marchait, et dans l'ombre à tûtoii,

Comme le pèlerin courbé sur son bâton ,

Était un doux vieillard, voûté, grand et robuste;

L'autre , son compagnon , sous un regard auguste ,

Contemplait tristement, à la clarté des nuits,

La grave majesté du vieux chargé d'ennuis.

Un large vêtement d'une toile grossière.

Guêtres et lourds souliers surchargés de poussière,

Tel était leur costume. On voyait le vieillard

Soulever vers le ciel sa tète et son regard;

Des soupirs étouffés, des plaintes orageuses.

Jetés de loin en loin aux brises voyageuses ;

Trahissaient le secret et la morne langueur

Qui remuaient au fond dépeuplé de son<:œur.

Puis un sourire errant sur sa lèvre muette ,

Il laissait retomber son regard et sa tète.

Le jeune homme debout, près du vieux en souci.

Teint pâle, cheveux blonds, prit la parole ainsi :

— Père, consolez- vous, les cieux ne sont pas vides;

Je sens qu'il est dans l'air de généreux fluides

Qui nous portent à Dieu , dont l'immense bonté ,

Aspire en souriant toute l'humanité.

Oui , lorsque d'ici-bas les âmes par volées

S'en vont frapper de l'aile aux voûtes constellées ,

Dans l'infini des cieux s'ouvre l'éternité.

— Ah ! mon fils , répondait le vieillard attristé ;

Dans l'œuvre du Très-Haut il est plus d'une énigme ;

Non , rien n est expliqué de ce thème sublime.

Hélas ! plus d'un docteur, la tête dans la main ,

Dit , croyant l'entrevoir, attendons à demain !

Mais demain le mot fuit, et las de le poursuivre

Le penseur désolé sanglotte sur son livre ,

Et sur les pas du temps se flétrissent ses jours ,

Ses jours usés sans fruit , mais il rêve toujours ;

Ainsi que le vieux Faust , avide de science ,

Il creuse, il fouille , il cherche , avec impatience ,

Dans toutes les splendeurs de la création

Des sujets éternels de méditation.

Eh! qu'en retire-t-il? déjà le ciel se couvre:

L'horizon s'obscurcit , le sépulcre s'entr'ouvre ,

Et seul il va, le soir, sous de nouveaux cyprès,

De la mort qui l'attend épier les secrets ;

Hélas ! pas une voix ne trahit le mystère

Qui repose muet sous quelques pieds de terre !

La science jamais ne percera l'ennui

Des ténèbres que Dieu mit entre l'homme et lui.

Les hommes, oh mon fils ! de la sphère oii nous sommes.

Sont-ils faits pour l'erreur, ou l'erreurpour les hommes?

Je ne sais , je &uis vieux, je vois dans la cité '^'

Des actes effrayants de monstruosité

Se commettre en plein jour, et traîner sur nos dalles

Dans un infâme éclat leurs infâmes scandales;

Je suis vieux, je m'en vais; oui, mon fils, je m'en vais.

Tristement convaincu que ce monde est mauvais.

C'est notre infirmité; notre race indocile

Se rejette toujours hors du chemin facile.

En vain le soleil luit sous un ciel vaste et heau :

Frères, se disent-ils, nous manquons de flambeau;

Nargue du sort ! voguons, qu'importe la boussole

Sur cette mer immense où chacun se désole.

Alors comme un follet, sur le bord des étangs,

L'homme passe et n'est plus qu'un fantôme du temps;

Qu'un atome égaré , brisé dans un orage ,

Porté fatalement de naufrage en naufrage ;

Qui , reployant son aile ouverte le matin ,

Naît et meurt emporté sous les vents du destin ,

Pensant que pour la perdre au sein de la nature

Le Seigneur éternel a mis sa créature.

Ah! mon fils, que de maux pour moi, triste vicillani. De nous voir engourdis comme dans un brouillard!

On dirait que la France , infidèle à sa gloire ,

MHi

De ses jours de grandeur a perdu la mémoire.

A quoi nous ont servi tant de brillants exploits?

A nous qui refaisions nos mœurs, nos arts, nos lois,

Aux sinistres lueurs de ces guerres civiles

Qui semblaient dévorer nos hameaux et nos villes.

Tant d'efforts devaient-ils, sous un astre bourgeois ,

Pour dernières douleurs aboutir à des rois ;

Et devions-nous revoir l'opprobre de tels maîtres

Presque sanctifié dans le temple des prêtres.

— Pourquoi vous désoler, père? N'ajoutons pas Le désespoir aux maux qui pèsent ici-bas , Répondit l'utopiste au vieillard triste et blême ; Haïr l'humanité c'est se haïr soi-même ; Nous souffrons bien c'est vrai ; mais le premier effort De consolation nous vient de l'homme fort , Sensible, généreux, qui porte haut la tête , Quand le faible abattu tremble dans la tempête. Gémir ce n'est pas vaincre ! Eh ! que sert de gémir Dans un monde où l'on doit combattre et raffermir? L'homme se transfigure; en vain la vieille Europe, Sous quelques oripeaux, dans les cours s'enveloppe. Ses prêtres et ses rois, mirages éclatants, Aujourd'hui ne sont plus que. les représentants

D'une foi qui s'en va, d'un pouvoir qui chancelle , Sous les éruptions d'une Europe nouvelle.

— Rêves, illusions, poétiques erreurs , Purs, mais derniers reflets du foyer des grands cœurs î S'écria le vieillard, d'une voix sourde et lente. Jetant aux vents des nuits sa plainte désolante. Non, non, rien ne tressaille, et le monde assoupi Dans les champs de la paix laisse pourrir l'épi. Dans nos temples, la foi languit , s'aiïaisse, tombe , Et ses enfantements n'engraissent que la tombe. Aveuglément soumis , énervés, en torpeur. Nous suons sous le faix écrasant de la peur. De la peur qui rejette en 'dehors de nos âmes Les éclairs pénétrants de fraternelles flammes. Oui, les peuples frappés d'accablements mortels. En proie à la douleur, lui votent des autels, Même à l'heure où sa voix à peine traduisible Décrète en s'éteignant l'avenir impossible. Nous avons cent fripons pour un homme de bien. Des sbires, des valets, mais pas un citoyen! Sous le guichet des rois la trahison s'escompte, Mon (ils, Iscariote ouvre un cours à la honte; Hideux reptile éclos de la stagnation

Qu'on pare du vain mot de résignation.

Ah ! malheur à celui qui délaisse sa tâche, L'esclave résigné ne fut souvent qu'un lâche! Se soumettre à son sort, c'est l'avoir mérité ; Mais qui lutte est absous de son adversité. Dans nos bras réchauffons ce cadavre-royaume, Qui bientôt ne sera qu'un immense fantôme Perdu dans l'univers si l'on n'éveille pas Les agitations dans les brumes d'en bas. Il est temps d'achever nos œuvres commencées, D'illuminer les fronts aux rayons des pensées, De jeter à la fois dans les plateaux d'airain, Suspendus aux bras forts du peuple souverain, Cet arsenal rouillé de chaînes Tet de sceptres Qui des siècles passés nous ramènent les spectres.

— Si le peuple français, mon père, est engourdi,

Pour renaître il attend le soleil de midi ,

Répondit l'utopiste avec sagesse et force.

Toute sève l'hiver se fige sous l'écorce ;

La terre sur le grain referme ses sillons ;

L'enfant perd sa gaîté sous de mornes haillons.

Plus de chants, plus d'amours : les campagnes désertes,

Comme d'un linceul blanc de neige sont couvertes;

L'oiseau frileux se tait ou jette tristement

Un faible cri, timide écho de sou tourment;

Et l'affreux vent du nord, courbant l'homme qui tremble,

Abat, brise, balaie et le chône et le tremble,

Fend la pierre et le sol, glace les fleuves ; mais

Il ne peut qu'engourdir; anéantir, jamais!

Dieu le regarde, il fyit, tout se fond, et la sève

Bouillonnante du sol au plus haut lût s'élève.

De nos sillons rouverts sortent des flots de blés;

L'arbre voit dans ses fleurs mille oiseaux rassemblés;

Puis les étangs, les lacs qui soulèvent leur voile

Les déchirant soudain réfléchissent l'étoile.

Ainsi que l'Univers, pour fleurir à propos,

Les peuples fatigués ont besoin de repos.

Qui va trop vite tombe ; et qui ne sait attendre

Vient se briser au but qu'il ne peut plus défendre.

Vivre ou mourir, bon dieu ! le peuple n'y tient pas ;

Non , car on sent dans l'air une odeur de trépas

Quand, entre les pavés gras d'une étrange empreinte.

S'élève jusqu'au ciel une héroïque plainte.

Celle des citoyens qui, jaloux de nos droits.

Tombèrent, doux martyrs, sous le canon des rois.

Le peuple ne dort pas,- il médite, mon père;

Car, sous la glace épaisse et qui vous désespère.

Le grain tressaille et croît. Bientôt l'humanité Va de lourds épis d'or couronner son été. Le soleil de la foi faisant fondre la neige, Que du haut du palais jette le sacrilège. Vous souriez ! C'est vrai , toujours l'adversité Au fond des cœurs blessés met l'incrédulité, Dernier fléau du siècle ; aux mains de la souffrance 11 brise le bâton et dit : plus d'espérance! Faut-il, autres Samson , faire crouler sur nous Le temple de la paix et nous écraser tous; Travail de désespoir aveugle et de ténèbres Qui ne laisse après lui que fantômes funèbres. Minons mais construisons, et que dans notre main L'outil saint du labeur soit pur de sang humain , A celle fin qu'un jour de lointaines familles , Rieuses dans l'été sous l'ombre des charmilles ; S'interrompant soudain, tristes, ne disent pas : « Frères, ici l'on sent une odeur de trépas ! » D'un siècle ensanglanté naît la tristesse amère , Ne léguons pas cette ombre au soleil d'une autre ère.

— Mais où donc allons-nous, fit le vieux citoyen, Pour \aincre, l'action est le plus sûr moyen ; Dans sa course jelle entraîne, et détruit, et féconde.

Et dégage le bien du linceul du vieux monde !

— Qui vante l'action ou qui veut la hûter Doit du fait à la cause avant tout remonter; Mon père, il faut attendre, et rélléchir encore; Par la réllexion toute œuvre s'élabore ;

Qui s'expose au hasard d'un combat inégal, Devant Dieu, devant tous fait un acte illégal.

— Quand sous les feux du jour s'aiïaisse la ramée, O mon fils! quand la plaine immense est enllammée, Quand de mornes vapeurs qui traînent sous le ciel Engorgent nos poumons d'air pestilentiel , Quand le vieux défricheur qui gerbe ses lavandes Kespire tout en eau la poussière des landes, Lorsque tordus, enfin, sous l'haleine des vents, S'agitent avec bruit les peupliers mouvants.

On dirait que le Temps, qui plane sur les âmes.

Pour tout réduire en cendre a des ailes de llammes;

Mais à l'horizon noir brille et brille l'éclair;

Le nuage répand à Ilots la pluie et l'air;

Et la terre, ô mon fils, qui semblait se dissoudre.

Plus belle reverdit sous un coup de la foudre!

— Quoi! nous retournerions au coup brutal du fait?

— L'orage fut toujours précurseur d'un bienfait.

— Hier il a détruit du pauvre le refuge.

— Celui qui veut le bien n'aura que Dieu pour juge. L'avenir, c'est Lazare, et ce monde d'ennui

C'est la tombe qu'il faut foudroyer aujourd'hui!

lit

Et le vieillard laissa tomber sur sa poitrine

Ce cri de désespoir et sa tète chagrine.

Un silence terrible, effrayant, désolé,

Se fit alors au bord du chemin isolé ;

C'était l'enfantement d'une dernière crise,

Un de ces courts instants qui vous sauve ou vous biise.

Qui dans le sein d'un Dieu nous fait chercher la paix.

Ou qui sur le néant nous rejette à jamais,

Ne nous laissant pas même, au milieu de la route,

Ce mobile écriteau qu'on appelle le doute.

Les branches du bouleau tremblaient de plus en plus.

Les feuilles chuchotaient; des petits cris confus

S'élevaient par instants du fond de l'herbe haute.

Puis on entrevoyait un insecte qui saute ;

Tandis que loin du cep quelques lièvres peureux.

lri(|uiets, s'eiifoi»vaiciit dans les liiillis ombreux.

Alors mêlant sa voix à ces mille murmures

Qui s'élèvent la nuit des lianes verts des ramures,

L'utopiste reprit : Sur vos dieuv abattus,

Vous expiez, c'est vrai, le tort de leurs vertus;

Mais quand le peuple voit, comme une âme nocturne,

Le vieillard soulever le voile noir d'une urne,

Et recueillir en deuil la cendre de ses dieux ,

Dans l'extase du cœur chacun le suit des yeux ,

Et les partis hâtifs maîtrisant leur tumulte

A la foi du vieillard improvisent un culte,

Le culte du respect , puis , le dernier venu

D'entre les citoyens l'aborde le front nu.

Mais ici le vieillard, dans son doute inflexible, Fixant à l'horizon un regard indicible.

Et de toute sa taille aussi se redressant , La parole enflammée et le geste imposant, Reprit : Mon (ils, là-bas, sur le fronton des temples, Dans les panthéons môme on bille les exemples. C'est ainsi que chez nous, les vendeurs des trois jours , Colporteurs mensongers prostitués aux cours , Sims pudeur ont livré l'Égalité nubile

Au roi des Pharisiens, acquéreur plus qu'habile; Et la vierge liée au socle du veau d'or, Après avoir subi Nabuchodonosor, Profanée aux regards de la mère patrie, Succombe, et de ce viol naquit la bourgeoisie! A quoi bon invoquer devant les maux d'hier, Qu'on oublie à cette heure, un passé riche et fier ; Paix aux morts ! que nous sert de remuer leur cendre? Au cerceuil des Gracchus on ne peut plus descendre. La chaux a dévoré ces tribuns généreux , Le siècle lézardé s'est écroulé sur eux.

L'empire qui jetait une lueur profonde.

Astre qui s'élevait du fond d'un autre monde,

Des bras de la victoire arrivée au zénith ,

Sous un grand coup de vent s'abat, tourne, Huit ,

Et tout sanglant encor d'une longue épopée ,

Superbe, s'engloutit avec sa lourde épée,

Tandis que s'abattant sur nos murs renversés

A son nid revenait l'autour des temps passés ,

Insultant du revers de ses funestes ailes

Sous nos yeux consternés, ces deux tombes jumelles,

Celles de la Victoire et de la Liberté,

Qui n'ont pas vu doj)uis leur autel déserté.

Hélas! les jeunes gens, dont l'àme est amoindrie, Ne portent plus d'amour aux dieux de ma patrie!

Et voulant consoler cette grande douleur. Faisons, dit l'utopiste, un rêve de bonheur, Rêve que, dès demain, au monde on puisse dire. J'écoute, fit le vieux, essayant de sourire. Et son fils commença : Toujours la Liberté Fut la fille du ciel chère à l'humanité ! Oui, je vois s'élever, à l'ombre de ses aiFes, Des populations les phalanges nouvelles, Les ténèbres d'en bas, sous son soutle puissant. Pour des astres prochains s'en vont s'éclaircissant, L homme triomphe, sort d'une sanglante lutte. Lit, cherche, et comprenant sa primitive chute. Pénètre dans l'Éden, commente l'avenir Que le fer des tyrans ne peut plus contenir.

Mon père, plongeons-nous dans cette nuit profonde Sous laquelle est caché le mystère du monde.

Pour ressaisir le lil de la tradition

Que le temps oublieux mêle à son tourbillon.

A lui-même inconnu , le premier né des hommes,

Sous des flots de rayons , dans une mer d'arômes ,

Recevait sans gaîté, réduit au seul instinct,

Le prisme radieux qu'étale le matin.

Isolé dans l'Éden , pour lui tout est stérile,

Le soleil est sans feu, la nature immobile.

Fait pour Adam les jours plus sombres que les nuits

Car le temps inutile ajoute à ses ennuis.

Vaguement tourmenté, sans douleur et sans joie,

Dans l'immense gazon qui sous les vents ondoie,

11 cueille pour sa Taim le beau fruit mûr qui pend

A l'arbre au pied duquel glisse un aflVeux serpent,

Monstre qui dessécha sous sa bave funeste

Et les fleurs et les fruits de l'asile céleste.

— Plus tard j'expliquerai ce symbole cfl'rayant.-—

Or, Adam s'ennuyait de son séjour, n'ayant ,

Et pour tout idéal qui dore l'existence ,

Que les pâles soucis enfants de l'ignorance.

Dieu le voit , et soudain prenant l'homme en pitié: « Adam , reçois de moi ta plus sainte moitié, »

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