‹ Une voix d'en basChapitre 58 sur 96 · SCÈNE V · texte numérisé non relu

SCÈNE V

FLÂMEL, BERNARD.

FLAMEL

Serait-il vrai, Bernard, tu quittes Lamorlière?

BERNARD

Le métier de valet commence à me déplaire ; Oui , maître, j'en suis las; toujours faire le mal Est un vilain partage , un métier d'animal Qui se nourrit de sang.

FLAMEL

Alors?

BERNARD

Je veux paisible

Vivre dans le repos.

Je le crois...

FLAMEL

Crois-tu cela possible?

FLAMEL

De par Dieu ! Bernard , explique-toi ; As-tu la rage au corps, pour m'avoir de chez moi Fait sortir par ce temps, voyons, parle au plus vite, L'orage approche, enfin?

BERNARD

Souvent ce qu'on évite Est ce qui nous arrive. Hier, je me disais : Va, mon ami Bernard , crois-moi , ne sois jamais

Uien de plus qu'un fripon. Eh bien, voilà qu'en somme Il me passe à l'esprit de me faire lionnôte homme.

FLAMEL

Toi , Bernard !

BEUNARU.

Moi, Flamel.

FLAMEL

Comment ?

BERNARD

Nous y voilà.

Je me suis dit alors : va sois sûr pour cela Que Flamel peut t'aider, si tu lui rends service ; Comme un saint tu pourras vivre heureux loin du vice. Je veux vous être utile.

FLAMEL

Et moi je veux t'aider ; Parle donc, que veux-tu?

De Tor sans marchander :

Je vous livre un secret que vous allez connaître , Il sauve un malheureux...

FLAMEL

Et qui perd-il?

BERNARD

Mon maître !

FLAMEL

De par saint Nicolas, à toi ces écus d'or, Si tu dis vrai , Bernard !

BERNARD

Donnez-moi ce trésor, Le secret est à vous.

FLAMEL, offrant sa bourse.

Prends.

BERNARD, Jul rcmeUanl les tablettes que lai a confiées Lamorlière.

A vous ces tablettes.

FLAMEL

Comment?

BERNARD

Sans l'ouragan qui gronde sur nos têtes Et qui fait le ciel noir,

[Indiquant les tablettes.) Là, vous liriez ces mots :

« Bernard , tue Ismaël ; ensuite dans les flots « Précipite son corps, surtout songe à te taire ; Exécute sur l'heure » et signé...

FLAMEL, lisant aux feux des éclairs.

Lamorlière !

BERNARD

Oui , Lamorlière , eh bien ! c'en est assez , je croi , Pour le perdre à jamais en l'apprenant au roi.

FLAMEL

Comte, c'est ton arrêt que le Seigneur m'envoie. Merci, Bernard ! j'ai peine à contenir ma joie... Mais comment te parvint un tel ordre de sang?

BERNARD

J'étais chez Dumoulin , lorsque diligemment

Carnut me le remit en grande confidence. Comme en moi monseignenr a toute confiance. 11 m'a chargé du coup, avet un autre enfin Qu'on vient d'exécuter. Que pour votre dessein Le ciel vous soit en aide; adieu..,

FLAMEL

Quel nouveau crime Vient donc de se commettre, et qui donc est victime?

BERNARD

Une femme ; adieu. . .

IVkis son nom ! son nom !

BERNARD

Sara!

FLA3IEL,

La fille d'Ismaëll ô! Dieu nous la rendra.

BERNARD

Bonsoir, Flamel.

FLAMEL

Bernard, où l'a-t-il entraînée?

BERNARD

Dans son antre, pardieu !

flamel:

Vers cette infortunée Tu vas guider mes pas.

BERNARD, ïenfuyaut.

Je crains mon maître, adieu !

FLAMEI . •

Que Satan t'accompagne!... où la trouver, mon Dieu! Pitié pour cette enfant, mon Dieu, fais-nous la rendre. Malheureux Ismaël, ah! que vais-je t'apprendre! {Il sort mec précipitation. L orage approche de plus en plus.)

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