‹ Une voix d'en basChapitre 60 sur 96 · FLAMEL, ISMAEL · texte numérisé non relu

FLAMEL, ISMAEL

FLAMEL

Bernard, Son valet et complice ici m'en a fait part. II m'a tout dévoilé moyennant une somme. Ta Sara , ton enfant , est livrée à cet homme.

ISMAEL

L'infâme ! il me ravit mon bien et mon honneur; Ne pouvant m'égorg^er, il m'arrache le cœur. Malheur, malheur à toi si ma fille est flétrie ; Comte, je punirai ta lâche barbarie.

Crains toVit de ma vengeance

(à Flamel.) oh ! viens , guide mes pas ; Ma fureur veut du sang. Il me faut son trépas!

FLAMEL

La colère , toujours , conseillère inhabile , Nous conduit en aveugle et d'une main débile Frappe ; un moment , crois-moi , laissons-là se calmer ; Dans ton cœur, Ismaël, il la faut renfermer. Une froide raison que conduit la prudence Prépare beaucoup mieux les coups de la vengeance ; Rappelle ta raison

ISMAEL

Mon enfant ! mon enfant !

C'est elle que je veux ; je la vois vainement Implorer le bourreau qui goûte dans ses larmes

LU bonheur dont lui seul peut comprendre les charmes... Oh viens! viens, hûtons-nous!..

Malheureux ! malheureux !

Arn^le ici les pas; que pourrons-nous tous deux , Sans armes, sans appui, contre des gens en nombre, Qui le poignard levé nous attendent dans l'ombre? Car l'enfer a vomi le crime à l'œil sanglant Pour immoler le père et flétrir son enfant ; Et que pourront nos cris étouffés par leur rage^ Comment les faire entendre à travers cet orage?

{coup de tonnerre.) Une voix d assassins seule nous répondra , Et pour trancher tes jours le poignard t'atteindra. Après, poussant plus loin leur fureur inhumaine, Ils lanceront ton corps aux vagues de la Seine. Eh bien , veux-tu mourir, mourir sans te venger, Sans aucun résultat affronter le danger? Dis, veux- tu que demain, étendu sur la grève, Ton cadavre brisé se montre comme un rêve Aux regards des bourgeois , des bourgeois, qui riront Sur le sort du maudit , lâche et dernier affront Que te garde l'erreur! mais, j'en frémis d'avance, Le criminel vivrait... est-ce là ta 'vengeance , Ismaël? où vas-tu?

ISMAEL

Mourir ou la sauver!

FLA3IEL.

Et si tu meurs, >ieillard, au moment d'arriver^

Que lui restera-t-il pour supporter la vie? Rien !

ISMAEL

Le ciel et sa mère \

FLAMEL

Ah ! ta fille affaiblie Sous un double malheur peut descendre au tombeau !

ISMAEL

C'est un chemin vers Dieu î

FLAMEL

Mais ce faible roseau Implorant ton appui , tu lui dois comme père...

ISMAEL

Laisse-moi donc alors ; ta voix me désespère

Sans pouvoir m'arrêter ; au cercueil , dans les flots

Du corps également se détachent les maux ;

Mais l'affreux déshonneur s'imprime à la poussière

Qui nous ensevelit; sa voix, perçant la pierre,

Cherche encore un écho qui fasse tressaillir

Le spectre du damné; son cri vient l'assaillir

Jusqu'au fond de la tombe , et comme un ver qui ronge,

Déchire le linceul , glisse au cœur, et s'y plonge...

La mort sans déshonneur, Flamel , la mort ! la mort !

FLAMEL

Il nous reste un moyen qu'il faut tenter d'abord ; Céder au désespoir serait une faiblesse.

{Il va frapper à la porte d' Âmarilla.) Quelqu'un ! holà ! quelqu'un !

(à un valet, qui seprésenle)

Va dire à i» maîtresse Qu'un malheureux est là, désirant lui parler. Qu'il attend; hàte-toi {à Ismaè'l) Cesse donc de trembler, Espère...

ISMAËL

Eh {iu'es|)érer, partons !

FLAMEL

Onvient, demeure.

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