FLAMEL, ISMAEL
FLAMEL
Bernard, Son valet et complice ici m'en a fait part. II m'a tout dévoilé moyennant une somme. Ta Sara , ton enfant , est livrée à cet homme.
ISMAEL
L'infâme ! il me ravit mon bien et mon honneur; Ne pouvant m'égorg^er, il m'arrache le cœur. Malheur, malheur à toi si ma fille est flétrie ; Comte, je punirai ta lâche barbarie.
Crains toVit de ma vengeance
(à Flamel.) oh ! viens , guide mes pas ; Ma fureur veut du sang. Il me faut son trépas!
FLAMEL
La colère , toujours , conseillère inhabile , Nous conduit en aveugle et d'une main débile Frappe ; un moment , crois-moi , laissons-là se calmer ; Dans ton cœur, Ismaël, il la faut renfermer. Une froide raison que conduit la prudence Prépare beaucoup mieux les coups de la vengeance ; Rappelle ta raison
ISMAEL
Mon enfant ! mon enfant !
C'est elle que je veux ; je la vois vainement Implorer le bourreau qui goûte dans ses larmes
LU bonheur dont lui seul peut comprendre les charmes... Oh viens! viens, hûtons-nous!..
Malheureux ! malheureux !
Arn^le ici les pas; que pourrons-nous tous deux , Sans armes, sans appui, contre des gens en nombre, Qui le poignard levé nous attendent dans l'ombre? Car l'enfer a vomi le crime à l'œil sanglant Pour immoler le père et flétrir son enfant ; Et que pourront nos cris étouffés par leur rage^ Comment les faire entendre à travers cet orage?
{coup de tonnerre.) Une voix d assassins seule nous répondra , Et pour trancher tes jours le poignard t'atteindra. Après, poussant plus loin leur fureur inhumaine, Ils lanceront ton corps aux vagues de la Seine. Eh bien , veux-tu mourir, mourir sans te venger, Sans aucun résultat affronter le danger? Dis, veux- tu que demain, étendu sur la grève, Ton cadavre brisé se montre comme un rêve Aux regards des bourgeois , des bourgeois, qui riront Sur le sort du maudit , lâche et dernier affront Que te garde l'erreur! mais, j'en frémis d'avance, Le criminel vivrait... est-ce là ta 'vengeance , Ismaël? où vas-tu?
ISMAEL
Mourir ou la sauver!
FLA3IEL.
Et si tu meurs, >ieillard, au moment d'arriver^
Que lui restera-t-il pour supporter la vie? Rien !
ISMAEL
Le ciel et sa mère \
FLAMEL
Ah ! ta fille affaiblie Sous un double malheur peut descendre au tombeau !
ISMAEL
C'est un chemin vers Dieu î
FLAMEL
Mais ce faible roseau Implorant ton appui , tu lui dois comme père...
ISMAEL
Laisse-moi donc alors ; ta voix me désespère
Sans pouvoir m'arrêter ; au cercueil , dans les flots
Du corps également se détachent les maux ;
Mais l'affreux déshonneur s'imprime à la poussière
Qui nous ensevelit; sa voix, perçant la pierre,
Cherche encore un écho qui fasse tressaillir
Le spectre du damné; son cri vient l'assaillir
Jusqu'au fond de la tombe , et comme un ver qui ronge,
Déchire le linceul , glisse au cœur, et s'y plonge...
La mort sans déshonneur, Flamel , la mort ! la mort !
FLAMEL
Il nous reste un moyen qu'il faut tenter d'abord ; Céder au désespoir serait une faiblesse.
{Il va frapper à la porte d' Âmarilla.) Quelqu'un ! holà ! quelqu'un !
(à un valet, qui seprésenle)
Va dire à i» maîtresse Qu'un malheureux est là, désirant lui parler. Qu'il attend; hàte-toi {à Ismaè'l) Cesse donc de trembler, Espère...
ISMAËL
Eh {iu'es|)érer, partons !
FLAMEL
Onvient, demeure.