‹ Une voix d'en basChapitre 61 sur 96 · SCÈNE IX · texte numérisé non relu

SCÈNE IX

LES MÊMES, AMARILLA , suivie de valets portant des flambeaux.

AMAIULLA.

Que me demandez-vous?

FLAMEL

Aide et secours sur l'heure , Contre un forfait infâme! infâme, voyez-vous; D'aider un malheureux je vous prie à genoux , Femme , que votre cœur comprenne ma demande ; Secourez un proscrit...

AMARILLA.

Qui me le recommande?

FLAMEL

Son malheur !

AMARILLA.

Quel est-il?

11 avait une enfant Qu'on vient de lui ravir !

AMARILLA.

C'est un crime...

FLAMEL

Et pourtant D'un noble c'est le fait.

AMAlllLtA.

Que faut-il que je fasse?

FLAMEL

Joindre à nous vos valets ; que le nombre à l'audace Vienne opposer la force ; et malgré cette nuit, Vers lui , vers son hôtel, nous dirigeant sans bruit, Nous irons réclamer cette enfant qu'il outrage ; Seuls , on nous chasserait , ou le tfgre avec rage , Voyant qu'on veut ravir la victime à ses coups , Nous trouvant sans appui, s'élancerait sur nous ; Vos gens nous protégeant, c'est donc à lui de craindre De nous la rendre alors nous saurons le contraindre. . Des valets , des flambeaux , vous avez tout cela , Donnez-nous les, madame.

AMARILLA , à part.

Envoyer mes gens là . . .

FLAMEL

N'attendez pas plus tard , ne laissez point au crime Le temps de dévorer le cœur de sa victime ; Au vieillard désolé faites rendre l'enfant ; Pitié! pitié! madame...

0 Seigneur tout puissant

Voiliez sur ma Sara.

FLAMEL

Soyez-nous secourable , En sauvant l'innocent vous sauvez un coupable. AMARiLLA, à Ismaèl qui s approche.

Ce juif, que me veut-il ?

ISMAEL

Femme, (jue le Seigneur Te tieime dans sa paix ; puisse le déshonneur Qui plane sur mon front et qui me désespère Ne profaner jamais les cheveux de ton père.

AMARILLA, reciûant, Va-t-en î

ISMAEL

Pitié !

AMARILL/V.

Va-t-cn ! L'as-tu donc oublié?

Les Juifs ont repoussé le Christ humilié Marchant au Golgotha : de mon seuil je te chasse; Fuis, car le feu du ciel peut tomber sur la place Où se traînent tes pas ; si Dieu t'a condamné, C'est au monde à punir, retire-toi, damné.

FLA3IEL.

Impitoyable femme , insensée et colère , Que ta raison aveugle en m'éco'utant s'éclaire; L'homme que le ciel voue à tous les châtiments, Que tu pouvais sauver, va porter ses serments Et son crime à l'autel...

AMARILLA, à pai'l,

Quedib-il?

FLAMEL

C'est étrange, Présenter au Seigneur un front couvert de fange, Presser la blanche main qu'on vient de recevoir D'une main qui reflète un forfait aussi noir,

AMARTLLA.

Son nom?

FLAMEL

Son nom, dis-tu? Crains de trop tat l'apprendre, Ce nom devient fatal seulement de l'entendre.

AMARILLA.

Son rang ?

FLAMEL

Jl est noble !

AMARILLA.

Et son titre, dis-moi ?. . .

FLAMEL

Il est comte et seigneur.

AMARILLA, à part.

Mon cœur est plein d'efl'roi ; Si c'était... Oh! non, non... lui!... non, c'est impossible.

Au malheur, ici-bas, nul n'est inaccessible.

AMARILLA,

Son nom? dis -moi son nom?...

FLAMEL

Eh bien ! ce nom fatal . . .

AMARILLA.

C'est,..

FLAAIEL.

C'e^t Lamorlière ..

AMAllILLA.

Ah ! mensonge infernal !

Il vous sied bien, à vous, d'accuser Lamorlière, Vous qui portez au front la fange de l'ornière Dont vous êtes sortis ; ces crimes inconnus Sont inventés par vous; oui, les discours tenus Contre mon bien- aimé marquent votre mérite. Lâches , retirez-vous !

ISMAEL

Eh bien ! sois donc maudite.

Toi qui viens ajouter à l'excès de mes maux. Par un cruel mépris; toi qui sers mes bourreaux , Sois maudite avec eux et les tiens dans ta race!

AMARILLA.

Maudite par un juif, oh ! tout mon sang se glace, Juif, ne m'apjjrochez pas.

Sois maudite à jamais !

Que tes jours sans plaisirs t'accablent sous leur faix, Que la stérilité desséchant tes entrailles, Change tes jours d'hymen en longues funérailles; Que la honte te suive, et, lambeau par lambeau , Qu'un désespoir sans iin te conduise au tombeau.

AMARILLA.

Assez! mais (est horrible! Ah! quel affreux blasphème!

ISMAEL

Le vieillard te l'a dit : anathèmeî anathèmc!

Opprobre à ta maison, honte à tes derniers jours !

(.4 Flamel, en V entraînant.) Viens sauver mon enfant !

AMARiLLA, épuisée , sur les degrés de son hôtel et d'une çoix faible,

Dii secours ! du secours !

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