‹ Une voix d'en basChapitre 63 sur 96 · SCÈNE n · texte numérisé non relu

SCÈNE n

ISMAEL, seul, pâle et défait.

Tout espoir est détruit.

Le jour est insensible aux crimes de la nuit : Il ne dévoile rien, tout est calme, immobile ;

Si j'entendais un cri,... mais non, tout est tranquille : Les vents ont dispersé l'orage et sa fureur ; Tout est calme h présent, tout, excepté mon cœur: C'est un feu dévorant qui brûle ma poitrine, L'orage est resté là, son fardeau m'assassine... Je tremble, j'ai grand froid... Ob! si j'allais mourir. Du courage, Ismaël ! si ton dernier soupir, Si ton ame s'enfuit sous le feu de la fièvre, Retiens-là dans ta boucbe en fermant bien la lèvre. Si tu meurs sans la voir, qui donc la bénira? Si ton cœur est llétri , qui donc la vengera? Allons, reste debout, oh ! vieillard, du courage! Ne livre point ta vie aux efforts de la rage , Garde-là pour ta fille; eh bien, non; plus d'eft'roi

{Il s'assied,) Je vais l'attendre là. Sara! j'ai froid! j'ai froid ! Et Flamel ne vient pas, et Ruth n'est point rentrée ; Mais dans leur piège aussi serait-elle tombée? Malheureux! qu'ai-je dit... Ruth ! oh! ne rien savoir. Et tout avoir à craindre, horrible désespoir ! Je ne quitterai plus maintenant cette place, Et malheur au valet dont je verrai la face!

{Apercevant Sara étendue sur un banc à gauche.) Mais que vois-je? Sara! seule ici, sans secours! On a tué ma fille, on m'a volé ses jours. Les infâmes bourreaux!... Oh! mon Dieu, comment faire. Comment la ranimer? Enfant, c'est votre père Qui vous tient dans ses bras, c'est lui faible et tremblant Qui veut vous voir sourire; oh ! répondez, enfant.

Ne lui direz-vous rien?... Voyons, parlez plus vite; Vous aviez de beaux mots quand vous étiez petite. Parlez; et cette main dont j'étais orgueilleux, Quand ces doigts délicats erraient dans mes cheveux ; Je veux la voir encor cette main enfantine, La sentir, la baiser... {la prenant dans ses bras)

Allons, sur ma poitrine Reposez-vous un peu; c'est bien comme cela Que vous dormiez jadis ; petite, restez là. Aurait-on des chagrins? Pourquoi donc ce visage A-t-il tant de pâleur? Rien, n'est-ce pas? L'orage, Le feu de ses éclairs, son bi-uit, et voilà tout... Je veux baiser ton front et ces yeux là surtout, Ces yeux qui sont les mien$ et qu'un sommeil me voile. Ah ! le méchant nuage, il cache mon étoile!

{Il lui donne un baiser.) Que son visage est froid! ses cheveux sont mouillés ! Ses beaux yeux sont éteints, ses vêtements souillés ! Ce sommeil, c'est la mort... Oh! douleur, oh ! misère! Mon enfant était là, gisante sur la pierre, Et je ne l'ai point vue... et rien ne me l'a dit... Mon enfant , mon enfant! ... Oh ! suis-je assez maudit. . . Sous ma main, qui palpite?... un soupir! c'est la vie... Dieu me remet ses jours ; ma Sara, si jolie. Si pure et si vermeille, oui. Dieu, Dieu me la rend ; Merci, merci, Dieu bon... mon enfant, mon enfant! Je l'ai, moi, la voilà, petite, oh ! c'est bien elle. Oui, c'est bien ma Sara, la voilà pâle et belle Comme un lys incliné sous la brise du soir.

Mil

Oli ! j'ai ma lille, moi, je renais à l'espoir. Je ris... j'ai tant pleuré, moi, que je puis bien rire, J'ai retrouvé ma fille et j'en ai du délire.,. C'est que je l'aime tant. Oh ! que je suis heureux ! Je voudrais qu'il fiit là tout ce peuple orgueilleux Qui toujours me maudit, moi, les miens, ma famille; Que je le braverais... j'ai ma fille! ma fille... Souriez donc, enfant... la vie est dans son cœur Et la mort sur son front; quelle étrange pâleur! Qui va la secourir?... Ma Sara ! quel silence... Réponds, Sara! Sara! n'est-il plus d'espérance? Du secours!... du secours!... qui va la secourir?

: .1 (in bourgeois qui passe^) Bon bourgeois, aide-moi, mon enfant va mourir, Elle est là , regardez. (Le bourgeois se signe et s'éloigne.) (À un vidUard,) Toi, vieillard, je t'en prie.

Viens secourir ma fille...

LE VIEILLARD, ttvec c/froi.

Un juif, vierge Marie!

ISMAEL

Au nom de tes enfants...

LE VIEILLAUD.

Arrière, excommunié.

{Il s éloigne,) [Le peuple entre en foule,) Que vous êtes cruel! {Aupeuple.)\m% tous , pitié , pitié !

(/l une femme.) Toi, femme, écoute-moi, tiens, vois-tu sur la pierre

Cette enfant qu'un forfait ravit à la lumière. Dis. Eh bien , c'est ma fille! Oh! fais leur honte à tous... Tu le vois, moi je pleure; au nom de ton époux Aide-moi... secours-la.

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