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Plus favorisés qu'Israël,
Nous avions la Victime pure
A Ja place de la figure
Qui fumait sur l’ancien autel!!!
Aussi courbés dans le silence
Nos fronts, sur l’océan immense, S'illuminaient des doux rayons Que sur nous projetait l'Hostie.
Nous adorions le pain de vie
Que chaque matin nous mangions !
à Le sang de la Victime et le nom de Marie,
4 C'était plus qu’il n’en faut pour assurer la paix :
x. Aussi, pendant dix jours, le ciel retint sa pluie
‘1 Et nous versa sans cesse un vent suave et frais.
ges, Î L'océan dérida sa face courroucée ;
: L'Orégon se jouait sur des flots souriants ;
: Les matelots disaient que notre traversée
î N'avait pas eu d’égale, au moins depuis vingt ans. Bien loin de se gonfler, comme aux jours de tempête, Et de glacer nos cœurs par ses mugissements,
So La mer aux pèlerins préparait une fête
Ha Et mettait sous leurs yeux ses fiers amusements.
# Les baleines, sortant du fond de ses abîimes,
À Caressaïient en passant les flancs de l’'Orégon ;
! Des montagnes de l’onde escaladant les cimes
Ki Les marsouins approchaient et nous fuyaient d’un bond.
| Des rivages lointains de l’océan polaire
:| Des glaçons détachés par le courant des eaux,
à Montagnes de cristal, s’imbibant de lumière,
î Naviguaient près de nous, formidables vaisseaux !
% A leur vue éclatait le transport de notre âme,
+ Et, chantant du Seigneur l’auguste majesté,
Nous mêlions à son nom le nom de Notre-Dame : Jésus a la grandeur, la Vierge la bonté.
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Jésus conduit vers nous ces montagnes de glace Et nous dit: redoutez mon terrible courroux, Et Marie aux glaçons dit: Masse énorme, passe, Et laisse mes enfants chanter mon nom si doux. Bientôt la vaste mer s’étendit sans limite ; Les goëlands nous suivaient d'un vol impétueux. Nous courrions sur les flots...Quand nous vint la visite De la mort, messager sombre et majestueux.
Un ange de six mois avait pris son passage A bord de l'Orégon. Tout petit passager, Aux bras de sa maman, il riait de l'orage : Sur le cœur d’une mère il n’est pas de danger. Il n’est pas de danger... ! Cependant pauvre mère, Te souvient-il du jour où l’ange s’envola ?
Il partit, te laissant bien seule sur la terre ; Mais notre sympathie pour toi, te consola.
Et puis de l'océan nous touchions le rivage ; L’Irlande nous montrait ses ch mps verts et fleuris, La mer, pour nous garder, fit ua instant tapage, Mais Liverpool parut à nos yeux attendris.
Salut à toi, noble Angleterre !
Nous sommes tes sujets : reçois
Tes fils qui, du bout de la terre, Viennent te saluer pour la première fois.
L'Angleterre à ses fils se montre favorable : Des douanes pour nous l’investigation Fut bien douce.....On sentait la Vierge secourable Couvrant ses pèlerins de sa protection.
Londres, pendant deux jours, nous vit courir ses rues. La soutane du prêtre étonnait en chemin ; Mais les foules sans nombre en Londres répandues Laissaient, en l’admirant, passer le pèlerin. Nous passions en effet d’une course rapide De l’église au palais, des monuments aux fleurs ; Mais nous sentions nos cœurs sous l’étreinte rigide D'un culte faux et froid...et nous versions des pleurs.
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De tes ténèbres séculaires,
De tes errements volontaires,
Londres, pourquoi ne pas sortir !
La lumière est enfin venue,
Suis-la ; car du sein de la nue
L'orage pourrait retentir.
Couvert de la pourpre romaine,
Ton Pasteur, que ta main enchaîne,
Ne demande qu'à te bénir.
Il nous l’a confessé lui-même,
Saint vieillard !...AÀ ce cœur qui t'aime,
Londres, presse-toi d'accourir.
On partit, traversant les riantes campagnes Qui font de l'Angleterre un splendide jardin. Douvres nous apparaît..…..Adieu, vallons, montagnes ! De la mer reprenons le liquide chemin.
Entre les bords voisins, qui de trop près les gênent, De la Manche les flots trop souvent se démènent. Nous le savions déjà : mais, grâce à Dieu, la peur Nous avait fait d'avance un tableau bien trompeur. La Manche, se montrant souriante et civile, Nous porta vers Calais, comme un coursier docile, Mais Calais, c'est la France!!! Au soleil de midi, Aux rivages français nos mains ont applaudi.
Oui, c’est la France!
Mon cœur s’élance ; Et du vaisseau gourmandant la lenteur,
Comme en un rêve,
Vers cette grève Je veux voler: laissez passer mon cœur !
Ton diadème,
France que j'aime, A disparu sous un hideux bandeau ;
Mais, noble Mère, ‘
Tu m'es si chère, Que, pour ton fils, ton front est toujours beau.
Faites vitesse, Tournez sans cesse, Rames sans fin qu’agite la vapeur:
Voici la rive; Enfin j'arrive.
O France, enfin, c’est toi! C’est le bonheur!!!